Vers des pénuries de pétrole ? Pas en Europe, mais l'Asie n'est pas à l'abri
Trois semaines après le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran, le marché pétrolier mondial traverse une zone de turbulence inédite. Alors que l’Europe parvient pour l’instant à éviter la rupture d’approvisionnement, l’Asie commence déjà à ressentir les effets d’une crise qui pourrait s’aggraver dans les mois à venir. Hausse des prix, tension sur les stocks et réorganisation des flux mondiaux : la planète énergétique est confrontée à un défi majeur.
Publié par J.PE
Résumé de l'article
- Le conflit qui s'enlise en Iran et autour du Golfe persique risque-t-il de causer des pénuries de pétrole ?
- L'Europe reste à l'abri, mais l'Asie peut commencer à s'inquiéter.
Jusqu’ici, pas de rationnements à la pompe ni de coupures d’usine en Europe. Mais le prix du carburant s’est envolé : le litre de diesel dépasse désormais les 2 euros. Cette résistance relative s’explique par la diversification des fournisseurs européens : Norvège, États-Unis, Kazakhstan, Libye. L’Union européenne dispose d’approvisionnements relativement diversifiés, ce qui limite mécaniquement son exposition directe au Golfe. Avant le blocage d’Ormuz, à peine 20 % du pétrole importé par l’Europe transitaient par ce détroit stratégique, contre plus de 80 % pour plusieurs pays asiatiques.
Pour autant, la situation reste fragile. Sur les 20 millions de barils par jour transitant habituellement par Ormuz, seulement 7 à 8 millions parviennent à rejoindre le marché mondial via la mer Rouge et des oléoducs. Parallèlement, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a décidé de mobiliser ses réserves stratégiques — 420 millions de barils — pour stabiliser les marchés. Le temps est compté. Il faut en moyenne trois semaines pour qu’une cargaison de brut partie d’Ormuz arrive à destination. Ainsi, l’interruption du flux commence à se faire sentir dès maintenant, et l’Europe reste suspendue à l’évolution du conflit au Moyen-Orient. Les Etats-Unis ont levé les sanctions sur le pétrole russe mais la production ne suffit pas a satisfaire la demande du marché mondial.
L’Asie face à l’urgence : une dépendance critique
En Asie, la situation est nettement plus préoccupante. La région concentre plus de la moitié de la population mondiale et près d’un tiers du PIB global, mais elle dépend largement des importations de pétrole via Ormuz. Plus de 80 % du pétrole importé par le Japon, 75 % pour la Corée du Sud, 55 % pour l’Inde et 40 % pour la Chine passent par ce détroit stratégique. Les conséquences sont déjà visibles : au Vietnam : réduction des vols intérieurs pour limiter la consommation de carburant, au Laos : semaine scolaire ramenée à trois jours. En Birmanie et en Thaïlande : pénuries à la pompe et flambée des prix qui paralysent les déplacements quotidiens. Même si les grandes puissances asiatiques disposent de leviers — achat de pétrole russe, importations partielles depuis l’Iran —, la tension sur le marché s’intensifie et les prix flambent. Le scénario d’une pénurie partielle devient tangible, notamment dans les économies à faibles réserves stratégiques et budgets limités.
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