Violences à Liège : Thomas Dermine, premier ténor du PS à appeler les jeunes au calme
Les débordements qui secouent depuis plusieurs jours des écoles liégeoises font réagir le monde politique. Après Valérie Glatigny et Yvan Verougstraete, Thomas Dermine prend à son tour position. Le bourgmestre PS de Charleroi défend le droit des jeunes à se mobiliser, mais leur demande de rompre avec la violence.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Des groupes de jeunes ont une nouvelle fois provoqué d'importantes tensions vendredi matin dans le centre de Liège.
- Valérie Glatigny condamne les violences et appelle les élèves à retourner en classe.
- Thomas Dermine défend le droit des jeunes à se mobiliser, mais leur demande de bannir toute violence.
La tension est encore montée d’un cran ce vendredi matin à Liège. Dans le centre-ville, nous avons pu constater des scènes qui s’apparentaient davantage, par moments, à de véritables violences urbaines qu'à une manifestation étudiante classique.
Des centaines de jeunes ont déferlé dans plusieurs artères du centre, certains le visage dissimulé. Leur arrivée a provoqué des mouvements de panique. Des passants ont couru se réfugier dans des commerces tandis que plusieurs enseignes fermaient précipitamment leurs portes ou leurs volets.
Dans un commerce du centre, place Saint-Lambert, des clients se sont ainsi retrouvés bloqués durant de longues minutes avant de pouvoir quitter les lieux par une porte dérobée. Des groupes se sont ensuite dirigés vers la place Saint-Lambert, où un important dispositif policier avait été déployé.
Les perturbations se sont également multipliées dans la ville. Le média local Qu4tre faisait état vendredi matin d'environ 400 jeunes rassemblés devant Liège Atlas avant leur départ vers la place Saint-Lambert, ainsi que de groupes présents à différents endroits du centre et de vitres brisées à l'Athénée Liège 1. Les lignes du tram de Liège et de plusieurs bus du TEC ont également été sérieusement pertubées, notamment toutes les lignes, nombreuses, qui passent par la place Saint-Lambert. Par ailleurs, des écoles liégeoises qui avaient décidé de donner cours normalement ce vendredi ont dû, pour éviter lles mauvaises surprises, fermer tous les accès et interdire toute sortie de l'école.
Glatigny : « Rien ne peut justifier la violence »
Ces événements surviennent après plusieurs jours de tensions dans et autour d'établissements scolaires liégeois. La ministre de l'Éducation, Valérie Glatigny (MR), a une nouvelle fois condamné fermement les violences, citant notamment les entraves à l'accès aux écoles, les jets de projectiles sur les policiers et les dégradations de bâtiments ou de matériel scolaire.
La ministre estime que certains élèves sont « instrumentalisés par des mouvements radicaux et des personnes extérieures aux établissements » et affirme que des modes d'action violents observés en France chercheraient à être importés en Belgique. Elle a demandé aux équipes mobiles de soutenir les établissements concernés.
Son message aux élèves est sans ambiguïté : « retournez en classe, apprenez, formez-vous ». Valérie Glatigny insiste toutefois sur le droit des jeunes à contester les décisions politiques et à faire entendre leurs revendications, mais dans le cadre du débat et sans violence.
Dermine, première voix forte du PS à appeler au calme
Mais la réaction politiquement la plus notable est peut-être venue ce vendredi matin de Thomas Dermine. À notre connaissance, le bourgmestre de Charleroi est le premier ténor du PS et l'une des premières personnalités importantes de la gauche francophone à condamner aussi clairement les violences et à appeler les jeunes au calme depuis le début de ces débordements.
Il le fait toutefois avec une tonalité sensiblement différente de celle de Valérie Glatigny. Thomas Dermine commence par légitimer l'engagement des jeunes et les invite même à continuer à défendre les causes qu'ils considèrent comme justes, citant « une école inclusive » et « des conditions de travail décentes » pour leurs professeurs.
Mais le socialiste fixe ensuite une limite très claire : « Faites-le sans violence ».
« La violence, un, elle n'apporte rien, et deux, elle permet à ceux qui vous critiquent de délégitimer votre action », explique-t-il.
Et le bourgmestre adresse également un avertissement aux jeunes de sa propre ville : « À Charleroi, aujourd'hui, comme hier et demain, faisons preuve qu'on est capable de porter des revendications, mais de le faire de façon apaisée et structurée. »
La prise de position n'est pas anodine. Thomas Dermine cherche à incarner une ligne sociale-démocrate au sein du PS : soutien aux revendications sociales et au droit de manifester, mais refus des violences qui risquent de décrédibiliser la contestation. Son intervention montre en tout cas que le risque de voir le mouvement échapper à ses revendications initiales est désormais pris au sérieux jusque dans les rangs socialistes.
Verougstraete appelle chacun à « prendre ses responsabilités »
La veille, le président des Engagés, Yvan Verougstraete, avait adopté un ton encore plus offensif. Il avait directement mis en cause les collectifs Parents Attacks et Mars Attacks, leur reprochant de relayer sur les réseaux sociaux des messages qui, selon lui, « s'apparentent à des appels à l'affrontement ou qui banalisent la violence ».
« Mais où va-t-on ? C'est totalement irresponsable et indigne », avait-il réagi, avant de rappeler que « la liberté de contester et de manifester est fondamentale » mais que, selon lui, les limites avaient été dépassées. Sa conclusion sonnait comme un avertissement : « Tout le monde doit revenir à la raison et prendre ses responsabilités. »
Son message s'adressait explicitement aux collectifs qu'il citait. Mais politiquement, difficile de ne pas y voir aussi une pression exercée sur ceux qui soutiennent sous toutes ses formes, même les plus radicales, la contestation contre les réformes de l'enseignement : jusqu'où peut-on accompagner un mouvement lorsque certains de ses modes d'action basculent dans la violence ?
Mars Attacks se définit comme un collectif interréseaux réunissant des acteurs de l'enseignement et revendique le retrait des réformes du gouvernement MR-Engagés. Le mouvement affirme aujourd'hui être présent dans plusieurs centaines d'écoles et groupes d'acteurs de l'enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles.