Violences du 17 octobre : des syndicats réclament la démission de Laurent Delahousse après un reportage de France 2
Douze minutes d'images de violences, presque sans commentaires : un reportage du JT de France 2 consacré aux événements du 17 octobre provoque une vive polémique. La CGT réclame notamment la démission de Laurent Delahousse, tandis que la direction de France Télévisions reconnaît un manque de contextualisation.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Après un reportage de douze minutes sur les violences du 17 octobre, la CGT réclame la démission de Laurent Delahousse. France Télévisions reconnaît des erreurs.
Montrer les violences sans suffisamment les commenter peut-il constituer une faute déontologique ? C'est la controverse qui secoue France Télévisions depuis la diffusion, dimanche 18 octobre, d'un reportage consacré aux affrontements survenus la veille en marge des manifestations contre la vie chère.
Présentée par Laurent Delahousse, cette séquence de douze minutes, intitulée « Au cœur des violences », montrait notamment des affrontements avec les forces de l'ordre, des incendies et des dégradations. Sa particularité : laisser largement parler les images, avec très peu de commentaires journalistiques.
« Une ligne rouge déontologique » franchie, selon la CFDT
Cette présentation a provoqué la colère de plusieurs organisations syndicales, qui reprochent à France 2 d'avoir privilégié les scènes de violence au détriment des revendications des manifestants, notamment sur le pouvoir d'achat et les conditions dans les lycées.
La CGT réclame des sanctions allant jusqu'à la démission de l'équipe du journal, Laurent Delahousse compris. Le syndicat estime que « France 2 a franchi un cap que même BFM n'aurait imaginé ».
La CFDT dénonce, pour sa part, le franchissement d'une « ligne rouge déontologique ».
Un reportage préparé dans l'urgence
Selon des informations de Télérama, la séquence aurait été conçue dans des conditions particulièrement précipitées.
Valéry Lerouge, président de la Société des journalistes de France Télévisions, explique que le journal devait initialement se terminer par une interview de la chanteuse Angèle. La décision de produire un reportage sur les violences aurait finalement été prise à 15 heures, quelques heures seulement avant sa diffusion.
Une journaliste aurait été rappelée en urgence et un monteur aurait découvert les images au moment de leur assemblage.
« Lancer la réalisation d'un douze minutes à 15 heures ne peut pas techniquement aboutir à un sujet de qualité », déplore Valéry Lerouge.
Selon lui, ni la rédaction en chef ni le directeur de l'information ne savaient initialement que le reportage serait diffusé pratiquement sans commentaire. Le résultat aurait suscité une profonde incompréhension en interne.
France Télévisions reconnaît des erreurs
Interrogé par TV Mag, Philippe Corbé, directeur de l'information de France Télévisions, a reconnu que le reportage aurait dû être davantage contextualisé.
« Nous aurions dû être plus clairs, en contextualisant davantage », a-t-il déclaré, regrettant notamment un manque de précision dans le montage, les commentaires et les indications affichées à l'écran.
Il défend toutefois l'intention éditoriale de la chaîne : distinguer la manifestation pacifique, consacrée à l'éducation et à la vie chère, des scènes de violences qui l'ont accompagnée. « L'idée n'était pas de mêler les deux, au contraire, mais de bien distinguer ces deux histoires en parallèle », précise-t-il.
Ces explications n'ont pas suffi à éteindre la controverse. Entre les syndicats qui dénoncent le traitement des violences et les journalistes qui critiquent les conditions de réalisation du sujet, c'est désormais la responsabilité éditoriale du 20 Heures de France 2 qui se retrouve au centre du débat.