« Vous avez baigné dans le sentiment d’être du bon côté » : Sarah Maria Sander étrille trois ans de mobilisations pro-palestiniennes
Trois ans jour pour jour après les massacres du 7 octobre 2023 en Israël, la journaliste allemande Sarah Maria Sander interpelle ceux qui ont participé aux mobilisations pro-palestiniennes depuis l'attaque du Hamas. « Je ne pardonnerai jamais » à ceux qui ont, selon elle, soutenu ou relativisé le « terrorisme islamiste ».
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Trois ans après le 7-Octobre, Sarah Maria Sander interpelle ceux qui ont participé aux manifestations pro-palestiniennes : « Pour quelle idée êtes-vous descendus dans la rue pendant trois ans ? »
Trois ans après le 7-Octobre, Sarah Maria Sander ne veut ni oubli ni relativisation. Dans une vidéo publiée ce mercredi à l'occasion du troisième anniversaire de l'attaque du Hamas contre Israël, l'actrice et journaliste d'investigation allemande adresse un long réquisitoire à ceux qui, depuis trois ans, ont gardé le silence sur les massacres ou participé à ce qu'elle qualifie de « folie pro-palestinienne fanatique ».
Kein Vergessen. Kein Vergeben.#October7 pic.twitter.com/Z3mbI4VT9M
— Sarah Maria Sander (@SarahMSander) October 7, 2026
Son propos tient d'abord en une idée : selon elle, aucune connaissance approfondie du conflit israélo-palestinien n'était nécessaire pour condamner sans ambiguïté les atrocités commises ce jour-là.
« Il n'est pas nécessaire d'être un expert du Moyen-Orient pour comprendre qu'assassiner des enfants est mal. Il n'est pas nécessaire d'avoir étudié cent ans d'histoire pour comprendre que le viol d'une femme n'est pas de la résistance. Il n'est pas nécessaire d'avoir un diplôme universitaire pour comprendre que l'enlèvement d'un bébé n'est pas un acte de libération », lance-t-elle.
« Pour quelle idée êtes-vous descendus dans la rue ? »
Sarah Maria Sander insiste sur le fait que condamner les massacres du 7-Octobre ne suppose, à ses yeux, ni de soutenir le gouvernement israélien ni même d'éprouver une sympathie particulière pour Israël. « Vous n'êtes pas obligés d'aimer Israël, personne ne vous y oblige. Vous n'avez pas à soutenir un gouvernement israélien, à porter un drapeau ou à adopter une position politique », poursuit-elle.
Elle demande en revanche à ceux qui ont manifesté au cours des trois dernières années de regarder les images tournées lors de l'attaque et de s'interroger sur la signification de leur engagement.
Les massacres du 7 octobre 2023 ont fait près de 1.200 morts en Israël et quelque 250 personnes ont été prises en otage par le Hamas et d'autres groupes armés palestiniens.
« Regardez les images et les vidéos, puis demandez-vous honnêtement : pour quelle idée suis-je réellement descendu dans la rue pendant trois ans ? Pour quelle idée ? Pour la libération ? Qui avez-vous libéré ? Pour la résistance ? »
Sander enchaîne alors les questions : « À quoi résistait un homme qui abat une famille dans son abri ? À quoi résistait celui qui a enlevé un bébé ? À quoi résistait celui qui crachait sur un corps pendant que des gens applaudissaient ? »
« Vous vous êtes mutuellement convaincus que vous étiez les gentils »
La journaliste allemande élargit ensuite son attaque au mouvement culturel, universitaire et militant qui s'est constitué autour de la cause palestinienne depuis octobre 2023. Elle cite les « lettres ouvertes », les manifestations, les occupations d'universités, les prises de position du monde culturel, les hashtags et les scènes militantes.
« Vous vous êtes mutuellement convaincus que vous étiez les gentils », accuse-t-elle. Selon Sarah Maria Sander, une partie de cet engagement aurait progressivement transformé la condamnation morale en une forme de mise en scène de soi.
« La bonté qui ne sert qu'à se sentir soi-même quelqu'un de bien n'est pas de la bonté », affirme-t-elle. Elle emploie ensuite des termes particulièrement sévères, parlant d'« hypocrisie », de « mise en scène de soi » et d'une « ignorance impardonnable face à ce mal évident ».
Son accusation ne consiste donc pas à dire que toute critique d'Israël équivaudrait à un soutien au Hamas. Elle reproche plutôt à une partie des militants pro-palestiniens d'avoir, selon elle, construit leur mobilisation sans affronter suffisamment ce qui s'était produit le 7-Octobre.
« Avez-vous demandé si vous n'aviez pas aidé ceux qui voulaient faire d'un massacre une idée ? »
Sarah Maria Sander demande à ceux qui pensaient « lutter contre le mal » s'ils se sont interrogés sur les conséquences de leur propre mobilisation. « Vous êtes-vous jamais demandé si vous n'aviez pas précisément aidé ceux qui voulaient faire d'un massacre une idée, un mouvement ? », interroge-t-elle.
Puis : « Qui avez-vous défendu ? Pour qui êtes-vous descendus dans la rue et qui avez-vous complètement oublié en chemin ? »
La journaliste travaille depuis le 7-Octobre sur Israël, l'antisémitisme et les conséquences du conflit en Allemagne. Son travail en Israël a notamment fait l'objet d'un reportage de la chaîne publique israélienne Kan 11, tandis qu'elle est intervenue dans plusieurs événements consacrés à la vie juive après le 7-Octobre.
Sa prise de parole intervient alors que plusieurs commémorations sont organisées ce mercredi en Allemagne. À Berlin, une cérémonie intitulée « 7 octobre. Ne jamais oublier. Ne jamais se taire » doit notamment réunir le ministre allemand de l'Intérieur Alexander Dobrindt, l'ambassadeur d'Israël Ron Prosor et plusieurs représentants de la communauté juive.
« Je ne le pardonnerai jamais »
Sarah Maria Sander conclut sa vidéo par sa formule la plus radicale. « Je ne pardonnerai jamais aux personnes qui se sont tues et à celles qui ont défilé dans ces manifestations pro-palestiniennes d'avoir ainsi soutenu et relativisé ce mal, ce terrorisme islamiste, déclare-t-elle. Avant de conclure : Nous n'oublierons jamais le 7-Octobre et nous ne pardonnerons jamais. »
Trois ans après l'attaque, son message ne s'adresse donc plus seulement aux auteurs du massacre. Il vise directement une partie des sociétés occidentales et leur réaction aux trois années de guerre, de manifestations et de polarisation qui ont suivi.