« Profonation de tombe, apologie du terrorisme » : Bardella accuse le journaliste de Médiapart et le fondateur Plenel.
Jordan Bardella maintient son démenti face aux nouveaux éléments publiés par Mediapart pour authentifier des écrits antisémites qui lui sont attribués lorsqu’il était adolescent. Le président du RN a annoncé envisager de nouvelles poursuites judiciaires et vivement attaqué les méthodes et le passé de ses accusateurs.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Jordan Bardella maintient son démenti sur les écrits antisémites que lui attribue Mediapart, annonce de possibles nouvelles poursuites et contre-attaque vivement le média.
Jordan Bardella ne change pas de ligne. Interrogé par un journaliste de Mediapart sur BFMTV au sujet des écrits antisémites que le média d’investigation lui attribue lorsqu’il avait 17 et 18 ans, le président du Rassemblement national a maintenu mardi ses dénégations et annoncé préparer une nouvelle riposte judiciaire. La séquence se déroulait lors de la conférence budgétaire du RN, ce matin, menée par Jordan Bardella et Marine Le Pen.
Le journaliste l'interrogeait notamment sur une conversation Messenger datant de 2013 que Mediapart affirme avoir authentifiée à partir de données provenant des serveurs de Meta, maison mère de Facebook.
💬 "Nous examinons de nouvelles suites judiciaires à donner à votre second article"
— BFM (@BFMTV) October 6, 2026
Interrogé par un journaliste de Mediapart sur les dernières révélations concernant des écrits antisémites, Jordan Bardella s'est défendu#BFM2 pic.twitter.com/0Ahr35pQte
« Qu’est-ce qui est faux dans les révélations de Mediapart ? », lui a-t-il demandé. Jordan Bardella a d'abord mis en cause les sources utilisées par le journal. « Si j’en crois les confidences de l’une d’entre elles hier soir, qui, je cite, a expliqué avoir été manipulée par Mediapart et vous a accusé d’être des menteurs, il faudra naturellement vous justifier de cela devant la justice », a-t-il répondu.
« Je conteste d’abord formellement vos accusations, je conteste vos preuves et je conteste vos sources. Nous aurons l’occasion d’en discuter devant les tribunaux », a-t-il poursuivi.
Mediapart avait révélé fin septembre une série de messages antisémites qu'il attribue à Jordan Bardella, alors jeune militant du Front national. Le président du RN avait immédiatement dénoncé des « faux grossiers ».
Le média d'investigation a depuis publié de nouveaux éléments destinés à établir l'authenticité de ces échanges. Il affirme notamment avoir obtenu auprès de Meta deux conversations Messenger et avoir fait constater leur contenu par un huissier. Mediapart dit également avoir recueilli de nombreux e-mails et interrogé 18 personnes dans le cadre de son enquête. Jordan Bardella continue de contester formellement être l'auteur des propos qui lui sont attribués.
De nouvelles poursuites judiciaires envisagées
Le président du RN, qui a déjà engagé une procédure en diffamation contre Mediapart après les premières révélations, affirme désormais que ses avocats étudient une nouvelle action contre le média. « Nous examinons de nouvelles suites judiciaires à donner à votre second article, qui est en train d’être préparé par Maître Garbarini, par ma défense », a-t-il déclaré.
Jordan Bardella a également dénoncé les méthodes employées par les journalistes pour reconstituer ses échanges privés remontant à son adolescence. « Vous êtes ces dernières heures en train de contacter un à un les amis avec qui j’étais au collège et au lycée, pour certains d’entre eux entre mes 12 et 16 ans, pour leur demander de vous restituer les conversations privées et les copies d’écran des échanges que j’ai pu avoir entre 12 et 16 ans », a-t-il accusé.
« Je ne vais pas accuser ces méthodes de perversité, même si je pense que les Français seront juges », a-t-il ajouté, avant de railler l'impact politique des révélations : « La petite opération que vous avez montée il y a quelques jours n’a pas l’air de beaucoup imprimer dans le pays. Donc je suis désolé pour vous. »
« J’imagine que vous auriez adoré me voir poser le genou à terre, mais c’est très mal me connaître », a encore lancé le président du RN.
Bardella attaque à son tour Mediapart
La prise de parole s'est ensuite transformée en violente contre-attaque contre le journal et certains de ses collaborateurs. Jordan Bardella a notamment pris pour cible Antton Rouget, coauteur de l'enquête.
Le journaliste de Mediapart a reconnu ces derniers jours avoir été condamné en 2010 pour « vol en réunion », après avoir décroché avec plusieurs personnes un oriflamme tricolore lors des commémorations du 11-Novembre 2009 à Ustaritz, au Pays basque. Antton Rouget, alors âgé de 19 ans, explique avoir voulu protester contre l'absence de la mémoire des déserteurs basques de la Première Guerre mondiale sur le monument aux morts de sa commune.
Jordan Bardella s'en est également pris à Edwy Plenel, cofondateur de Mediapart. En 1972, alors âgé de 20 ans et militant trotskiste, celui-ci avait écrit sous le pseudonyme de Joseph Krasny dans l'hebdomadaire Rouge un texte de soutien à l'organisation palestinienne Septembre noir après l'attentat des Jeux olympiques de Munich, qui avait coûté la vie à onze membres de la délégation israélienne. Interrogé des décennies plus tard sur ce texte, Edwy Plenel avait déclaré récuser « fermement » cette position.
« À la veille du 7-Octobre, je n’ai aucune leçon à recevoir sur la lutte contre l’antisémitisme de la part d’un journal dont le fondateur a fait dans des écrits sous pseudonyme l’apologie d’actes terroristes contre des sportifs israéliens », a lancé Jordan Bardella.
Il a enfin évoqué la condamnation en 2024 de deux journalistes de Médiapart "pour avoir financé des djihadistes de l'état islamique".
La confrontation judiciaire annoncée entre Jordan Bardella et Mediapart devrait désormais se poursuivre parallèlement à la bataille politique. Le président du RN maintient qu'il n'est pas l'auteur des écrits qui lui sont attribués ; Mediapart affirme de son côté disposer désormais d'éléments techniques permettant d'en établir l'authenticité.
Enfin, Jordan Bardella a assuré «ne pas avoir Facebook» actuellement et être lui-même par conséquent dans l’incapacité de «demander l’extraction de conversations» sur ce réseau social. «Je n’utilise plus Facebook depuis très longtemps», a-t-il expliqué. «J’ai une page qui est gérée par le service de communication du parti, mais je n’ai pas de compte Facebook»