Youssef Handichi : voici comment distinguer un vrai syndicaliste d’un délégué infiltré du PTB
De la stratégie du PTB à l’évolution du monde syndical, Youssef Handichi élargit son analyse aux enjeux économiques et sociaux, en plaidant pour une réindustrialisation du pays et en alertant sur la politisation de certains mouvements syndicaux.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
— Handichi dénonce une politisation croissante des syndicats, sous influence notamment du PTB
— Il oppose « vrais syndicalistes » et militants idéologisés, appelant à recentrer les revendications sur le travail
— En parallèle, il défend une stratégie économique fondée sur la réindustrialisation et la souveraineté énergétique
21 News : Beaucoup d’observateurs comparent le PTB à LFI en France. Même combat ?
Youssef Handichi : Je fais un parallèle, mais avec une grosse différence. LFI veut passer de la Ve à la VIe République, donc modifier les institutions. Le PTB, lui, est historiquement un parti marxiste-léniniste-maoïste. Son horizon doctrinal, c’est la révolution, l’appropriation des moyens de production, la rupture avec le système.
LFI n’est pas dans cette tradition-là. Le Parti communiste français y était autrefois, mais plus aujourd’hui.
Je dis cela avec prudence parce que, quand j’étais au PTB, cette culture révolutionnaire était encore très présente. Aujourd’hui, quand je regarde les nouveaux militants, je ne suis pas certain qu’on leur donne encore la même formation sur la révolution armée. Je ne les entends pas parler comme nous à l’époque.
Moi, quand j’étais endoctriné, je pensais sincèrement qu’un jour on irait prendre les clés des grandes entreprises et des banques. Aujourd’hui, je ne sens plus cette flamme-là chez les militants.
C’est pour ça que je reviens à cette idée de social-démocratisation du PTB. Je pense qu’il y a encore quelques dirigeants qui gardent ce vieux fond révolutionnaire, mais ils sont peu nombreux. Les anciens sont partis, beaucoup sont décédés ou n’ont plus de responsabilités.
Donc les nouveaux membres ne sont peut-être même plus pleinement conscients de cet héritage-là.
Quand j’étais endoctriné, je pensais sincèrement qu’un jour on irait prendre les clés des grandes entreprises et des banques
21 News : Revenons à Bruxelles. Vous avez pointé la responsabilité d’Ahmed Laaouej dans le blocage des 600 jours en région bruxelloise. Pourquoi lui plus qu’un autre ?
Youssef Handichi : Je pense surtout qu’il a bien joué politiquement et qu’il a préparé sa campagne pour 2029. Toutes les coupes budgétaires, toutes les mesures difficiles à accepter, il pourra dire : “Moi, j’ai tout fait pour convaincre le PTB de monter, j’ai tout fait pour convaincre Écolo, j’ai tout fait, mais ce sont eux qui ont refusé. Et face à la droite, c’est sur moi que vous pouvez compter.”
Donc oui, à mes yeux, c’est une stratégie de préparation de 2029. Tout ce qu’il a fait pendant ces centaines de jours, c’était aussi pour préparer cette échéance-là.
21 News : Aujourd’hui au parlement, l’ex député PTB Handichi est devenu un membre actif de la commission économie. La suite logique de votre passage au MR et de vos projets d’entrepreneur…
Youssef Handichi : Je suis membre effectif de la commission Économie. Et pour ce gouvernement, comme pour le MR, la priorité, c’est la réindustrialisation. C’est un énorme chantier : comment relancer l’industrie dans notre pays, comment restaurer une forme de souveraineté économique, comment faire revenir des secteurs stratégiques.
On parle beaucoup d’une Europe affaiblie, d’une Belgique affaiblie. Donc la réindustrialisation est primordiale. Cela prend du temps, mais on a déjà mené beaucoup de réflexions et d’auditions avec des acteurs prêts à investir ou à relancer des activités dans le pays, dans plusieurs secteurs.
L’énergie est évidemment au cœur de tout cela. La relance du nucléaire, les négociations en cours, le bras de fer engagé sur ce sujet, tout cela me paraît central. J’ai aussi un œil attentif sur tout ce qui se passe en matière d’énergie parce que, pour moi, c’est l’un des premiers facteurs de blocage du développement économique et industriel.
Je suis donc très satisfait qu’on relance ce débat et qu’on revienne à 180 degrés de ce qui s’est passé quand les écologistes étaient au pouvoir. Ça me donne de l’espoir : pas forcément tout de suite, mais à 15, 20 ou 30 ans, la Belgique pourrait disposer d’une énergie décarbonée et souveraine.
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