Pendant que l’Europe regardait ailleurs — crises financières successives, vagues terroristes, pandémie mondiale, guerre en Ukraine — une autre transformation, plus silencieuse mais tout aussi pénétrante, s’opérait sous ses yeux. En dix ans, le trafic de drogues s’est métamorphosé au point de constituer désormais une menace directe pour la sécurité, les institutions et la cohésion sociale du continent. C’est l’alerte lancée par EU Drugs Agency (EUDA) à l’occasion du départ de son directeur exécutif, Alexis Goosdeel (photo), après une décennie à la tête de l’agence.
Le constat est sans détour : l’Europe est entrée dans une ère de « hyper-disponibilité » des drogues, marquée par une explosion de la cocaïne sud-américaine, une violence désormais endémique et une criminalité organisée devenue transnationale, modulaire et extrêmement adaptable. « Nous avons découvert la pointe de l’iceberg, et nous n’avons aucune idée de ce qu’il y a en dessous », résume Goosdeel. Une formule qui, au-delà de l’image, traduit une perte de maîtrise progressive sur un phénomène qui ne relève plus seulement du maintien de l’ordre, mais de la stabilité même des États européens.
La cocaïne, carburant d’une nouvelle criminalité
Le tournant majeur des dernières années tient à l’essor fulgurant du marché de la cocaïne. Depuis six à sept ans, sa disponibilité en Europe a crû exponentiellement grâce à des prix stables, une pureté toujours meilleure et des quantités inégalées. Cette abondance n’est pas un épiphénomène ; elle résulte d’un rééquilibrage profond des routes mondiales du narcotrafic, avec l’Europe devenue un marché central, et non plus périphérique.
Produite principalement en Colombie, au Pérou et en Bolivie, la cocaïne arrive désormais massivement via les conteneurs maritimes, un mode d’acheminement qui s’est imposé en une décennie. Cette logistique industrielle a bouleversé le travail des douanes, des polices et des magistratures : les ports sont devenus des nœuds stratégiques, et donc des cibles privilégiées pour la corruption. Comme là où les contrôles se durcissent, les réseaux s’adaptent, à mesure que l’accès physique aux docks se sécurise, les organisations criminelles déplacent leur influence vers les échelons décisionnels : gestionnaires de flux, planificateurs logistiques, intermédiaires invisibles mais essentiels.
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