La capture de Nicolás Maduro par les États-Unis au terme d’une opération nocturne à Caracas n’est pas seulement un événement vénézuélien. Elle vaut dans le langage de Washington comme une proclamation. Donald Trump l’a assumée comme telle en la rattachant explicitement à une doctrine vieille de deux siècles, conçue pour tenir l’Europe à distance du Nouveau Monde, puis progressivement transformée en outil de domination continentale. Au point que le président américain, fidèle à son goût du slogan, dit désormais l’avoir dépassée et rebaptisée « Donroe ». Derrière la formule, l’idée simple et lourde de conséquences est que l’hémisphère occidental lui redevient une zone réservée, au sein de laquelle les États-Unis s’arrogent un droit d’intervention, y compris pour renverser un régime.
La séquence vénézuélienne a été présentée par la Maison-Blanche comme une démonstration de « suprématie incontestée » sur l’ensemble des Amériques. Le récit officiel insiste sur une restauration d’ordre et de contrôle en lien avec une stratégie de sécurité nationale rendue publique il y a quelques semaines et qui place l’hémisphère occidental au rang des « intérêts vitaux » prioritaires. Dans ce cadre, l’Amérique latine n’est plus un théâtre périphérique mais un espace dont l’accès, la stabilité politique et la sécurité doivent être garantis au bénéfice direct des États-Unis.
Le raisonnement est explicitement utilitariste. Il s’agit d’abord d’assurer l’accès aux ressources, au premier rang desquelles figure le pétrole vénézuélien. Il s’agit ensuite d’exiger des gouvernements stables et bien gouvernés, dans une perspective affichée de prévention des migrations massives vers le territoire américain. Enfin, il s’agit de refuser à toute puissance non hémisphérique la possibilité de positionner des forces, des capacités menaçantes, ou de contrôler des actifs stratégiques dans la région, la Chine étant citée en creux comme principal acheteur du pétrole vénézuélien et comme acteur dont l’influence doit être contenue. Autrement dit Maduro n’est pas seulement un dirigeant ciblé ; il est le symbole commode d’une reprise en main plus large. Et l’opération au Venezuela devient par sa mise en scène une déclaration de doctrine autant qu’un acte militaire.
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