Affaire Eugénie Bastié, Merwane Benlazar aux Molières : la preuve que le pluralisme n’existe plus à France Télévisions (édito)
Il y a parfois des séquences médiatiques qui tombent au pire moment. Pour France Télévisions, celle-ci a tout d’un désastre symbolique.
Publié par Nicolas de Pape
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Résumé de l'article
-La Société des journalistes de France Télévisions s'insurge qu'une journaliste du Figaro participe à des débats en vue de la présidentielle.
-Le seul tort d'Eugénie Bastié ? Ne pas être dans le moule idéologique qui règne sur le service public français.
Au moment même où le rapport Alloncle met en lumière les déséquilibres idéologiques, les mécanismes d’entre-soi et la difficulté du service public à garantir un véritable pluralisme éditorial, voilà qu’éclate la polémique autour d’Eugénie Bastié. Et, involontairement peut-être, tout semble donner raison à ce diagnostic.
Confrontation des points de vue
Que reproche-t-on exactement à la journaliste du Le Figaro ? Au fond, une seule chose : être de droite. Et pour une partie de la Société des journalistes de France Télévisions, cela semble déjà constituer une ligne rouge.
Son « tort » ? Avoir été invitée par la direction à participer à une future émission politique, aux côtés d’autres journalistes représentant différentes sensibilités dans la perspective de la prochaine présidentielle. Autrement dit, avoir précisément incarné ce que le service public prétend défendre : la confrontation des points de vue, la diversité intellectuelle, le pluralisme. Le tout dans un groupe audiovisuel financé par l’ensemble des Français, à hauteur de plusieurs milliards d’euros par an.
Et pourtant, au sein de la SDJ, certains trouvent cela « scandaleux ». Le problème semble être l’existence même d’une voix qui ne correspond pas au logiciel dominant.
Et c’est là que le timing devient catastrophique pour France Télévisions. Car dans le même temps, la maison ne semble éprouver aucune difficulté à mettre en avant Merwane Benlazar lors des Molières, humoriste aux prises de position régulièrement marquées, volontiers militantes, et jamais vraiment dissimulées.
Deux poids deux mesures
Lors de la cérémonie, les piques adressées à Rachida Dati, les références à l’intégration ou encore certaines provocations communautaristes de l’humoriste n’ont manifestement suscité ni communiqué alarmé, ni crise de conscience interne. Là, aucun problème de neutralité. Aucun débat sur la déontologie. Aucun scandale.
Deux poids, deux mesures.
Les médias publics aujourd’hui ne semblent plus défendre un pluralisme authentique, mais un pluralisme à sens unique. Un pluralisme où toutes les voix sont les bienvenues… à condition de penser globalement la même chose. Un pluralisme qui applaudit la transgression quand elle vient d’un camp, mais s’alarme dès qu’une sensibilité conservatrice, libérale ou simplement dissidente obtient le droit de cité.
Le plus cruel pour France Télévisions, c’est que cette séquence survient précisément au moment où son impartialité est questionnée par le rapport Alloncle. Et, qu’elle le veuille ou non, chaque indignation sélective, chaque scandale à géométrie variable, chaque procès intenté à une journaliste pour le simple fait d’être là, ne fait que renforcer une conclusion devenue difficile à esquiver. Le problème du service public n’est peut-être pas qu’il manque de pluralisme. Le problème, c’est qu’une partie de ses gardiens semble ne plus supporter qu’il existe vraiment.