« Alors Bardella pourra dire la même chose » : Olivier Faure utilise l’enquête de Mediapart pour coincer Glucksmann
Les propos de Raphaël Glucksmann enregistrés à son insu continuent d'empoisonner la primaire à gauche. Olivier Faure refuse l'argument du « cadre privé » et convoque désormais... Jordan Bardella et les messages exhumés par Mediapart pour demander à son rival de s'excuser.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Olivier Faure demande à Raphaël Glucksmann de s'excuser pour ses propos enregistrés à son insu et invoque l'affaire Bardella : si le « cadre privé » excusait Glucksmann, estime-t-il, le président du RN pourrait utiliser le même argument face aux révélations de Mediapart.
Il suffisait de quelques vidéos captées furtivement pour ajouter un nouveau sujet de discorde à une gauche qui n'en manquait déjà pas. Après les propos peu amènes de Raphaël Glucksmann sur Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Ségolène Royal révélés par Le Média, une partie du débat s'était déplacée vers la méthode : peut-on reprocher à un responsable politique des propos enregistrés à son insu ?
Sur Franceinfo, plusieurs intervenants avaient ainsi dénoncé une « violation de la vie privée » et estimé que des propos tenus « en off » n'avaient pas la même portée que des déclarations publiques. Amine Snoussi, le journaliste du Média à l'origine de la révélation, avait immédiatement contesté cette présentation : selon lui, Glucksmann ne discutait pas dans l'intimité, mais participait à une réunion politique du courant de Boris Vallaud devant une trentaine de cadres socialistes et accessible à distance par Zoom.
.@franceinfo, je suis le journaliste qui a révélé la vidéo de Raphaël Glucksmann pour @LeMediaTV. Pendant plus de deux minutes, votre plateau s'est interrogé sur le "contexte" de ces propos. Vu que personne n'a pensé à demander au Média TV, je vous réponds ici :
— Amine Snoussi (@amin_snoussi) October 4, 2026
Ce n'était pas… pic.twitter.com/Y08Ekrm7ov
Olivier Faure vient désormais lui donner raison sur ce point.
« Ce n'était pas un cadre privé »
Lors du débat de la primaire de la gauche, le premier secrétaire du PS a directement interpellé Raphaël Glucksmann. « Le plus simple, c'est de s'excuser », lui a-t-il lancé.
Et pour Olivier Faure, inutile de chercher refuge derrière les conditions dans lesquelles la vidéo a été enregistrée : « Ce n'était pas un cadre privé, c'était une réunion militante. »
Le Monde confirme que les images montrent Raphaël Glucksmann s'exprimant devant des militants, avec Boris Vallaud, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, assis à ses côtés.
Mais Olivier Faure est allé plus loin en faisant entrer dans cette querelle interne à la gauche un personnage inattendu : Jordan Bardella.
Et si Jordan Bardella invoquait lui aussi la vie privée ?
« Si on commence à dire que le cadre privé ne compte pas, alors dans ce cas-là, j'imagine que demain Jordan Bardella nous dira que les messages qui ont été captés par Mediapart étaient des messages d'ordre privé et qu'ils n'avaient pas à être placés sur la place publique », a lancé Olivier Faure.
La comparaison n'est pas anodine. Mediapart a publié fin septembre des conversations privées sur Messenger datant de 2013 et 2014, attribuées à Jordan Bardella et contenant notamment des propos antisémites. Le média affirme avoir fait authentifier les données obtenues auprès de Meta et certifier leur extraction par un commissaire de justice. Jordan Bardella conteste leur paternité, parle de « faux grossiers » et a annoncé une plainte en diffamation.
Autrement dit, pour Faure, la gauche peut difficilement considérer comme dépourvus d'intérêt public les propos non destinés à être rendus publics lorsqu'ils concernent Glucksmann tout en jugeant légitime leur publication lorsqu'ils concernent Bardella.
« Quand on est un homme ou une femme public, quel que soit le lieu, on doit se tenir à une certaine forme de rigueur », a-t-il insisté.
Il a repris le même raisonnement sur X : « Quand on est une personne publique, la rigueur est un devoir, en toute circonstance. Si l'on considère que le "cadre privé" ne compte pas, certains comme Jordan Bardella pourraient se servir de cet argument pour leur défense. »
Quand on est une personne publique, la rigueur est un devoir, en toute circonstance.
— Olivier Faure (@faureolivier) October 4, 2026
Si l’on considère que le « cadre privé » ne compte pas, certains comme Jordan Bardella, pourraient se servir de cet argument pour leur défense.
👉 Pour voter à la primaire, inscrivez-vous… pic.twitter.com/qQDepKl5er
À gauche, la comparaison Bardella-Glucksmann ne passe pas partout
L'argument a immédiatement ouvert un nouveau front. Aurélien Rousseau, proche de Raphaël Glucksmann, a accusé Olivier Faure sur X d'avoir franchi « une énorme ligne rouge » en établissant cette comparaison. Ségolène Royal, elle, a profité de la séquence pour qualifier de « sexistes » les propos tenus par Glucksmann à son sujet.
Mettre en parallèle les propos de Raphaël Glucksmann avec ceux de Jordan Bardella, voilà qui constitue pour moi le franchissement d’une énorme ligne rouge.
— Aurélien Rousseau (@aur_rousseau) October 4, 2026
C’est comme cela que l’on abîme une primaire en la transformant en machine à se dégommer.
Pas à la hauteur selon moi. https://t.co/8cAcWI9PDr
La querelle portait initialement sur quelques phrases prononcées loin des caméras. Elle oppose désormais les candidats sur la frontière entre vie privée et responsabilité politique, la légitimité des révélations journalistiques et jusqu'à la comparaison avec le président du RN.
Raphaël Glucksmann a finalement choisi de mettre un terme à la séquence en se disant « désolé » pour ses propos « inélégants ».