Antisémitisme : le wake-up call de Bill White (Édito)
Au-delà de la méthode utilisée, l'ambassadeur des États-Unis Bill White a le mérite de nous rappeler, sans prendre de gants, que l'antisémitisme prolifère dans notre pays. (Édito)
Publié par Nicolas de Pape
Résumé de l'article
L'ambassadeur des États-Unis Bill White, dans son style direct, nous rappelle que la Belgique est un terreau fertile pour l'antisémitisme.
Comme souvent, la classe politico-médiatique belge a réagi d’un seul réflexe, pavlovien et indigné, aux déclarations de l’ambassadeur des États-Unis en Belgique, Bill White. Le personnage, ancien militaire, proche de Donald Trump dont il a cofinancé la campagne, n’est certes ni diplomate de carrière ni adepte de la langue feutrée. Il parle dru, parfois trop.
Nonobstant, que lui reproche-t-on vraiment ? D’avoir osé pointer l’antisémitisme en Belgique. Crime de lèse-conformisme.
Il aura donc fallu l’irruption d’un ancien militaire, peu sensible aux nuances byzantines de notre débat public, pour nous infliger un électrochoc salutaire, un wake-up call en somme.
Pensez donc. Il dénonce une législation qui encadre la circoncision de façon perçue comme intrusive par une partie de la communauté juive. Il rappelle les casseroles judiciaires de Frank Vandenbroucke, ancien ministre impliqué dans l’affaire Agusta – une affaire de corruption avérée, dont l’intéressé a reconnu avoir détruit de l’argent liquide. Il qualifie enfin de racistes les propos de Conner Rousseau sur les Roms.
Sur ce dernier point, l’indignation sélective est savoureuse. Les déclarations de Rousseau contre les Roms étaient d’une brutalité telle que, si elles avaient été tenues par (au hasard) Georges-Louis Bouchez, l’aréopage habituel de sociologues, politologues et éditorialistes l’aurait aussitôt voué aux gémonies, entre extrême droite et néofascisme. Il n’est même pas certain que le Vlaams Belang aurait osé aller aussi loin.
Soyons clairs toutefois : sur un point précis, l’ambassadeur américain a franchi une ligne. Un diplomate, même mandaté par Washington, n’a pas à menacer d’exclure des responsables politiques belges du territoire des États-Unis, ni à agiter l’arme des visas comme levier idéologique. Cette sortie relevait moins de la franchise que de l’ingérence, et elle ne pouvait que provoquer une réaction institutionnelle.
De fait, Bill White a dû rétropédaler. Le message a été recadré, adouci, corrigé. Preuve que, même à l’ère Trump, il existe encore des garde-fous diplomatiques, et que la Belgique n’est pas une république bananière que l’on sermonne à coups de sanctions symboliques.
Mais l’essentiel n’est pas là.
Au-delà d’une certaine outrance sur la forme, Bill White parle depuis un autre monde. Depuis un pays où l’antisémitisme n’est ni relativisé, ni dilué, ni maquillé sous des atours humanitaires ou géopolitiques. Citoyen d’un pays situé à 10.000 km de Bruxelles, il raisonne dans un paradigme simple, presque naïf aux yeux de nos élites sophistiquées : l’antisémitisme est un poison. Point.
Il aura donc fallu l’irruption d’un ancien militaire, peu sensible aux nuances byzantines de notre débat public, pour nous infliger un électrochoc salutaire, un wake-up call en somme. Oui, la Belgique peut et doit faire beaucoup mieux dans la lutte contre l’antisémitisme. À commencer par ce que réclament depuis des années les communautés concernées : la mise en place d’un véritable observatoire de l’antijudaïsme, comme il en existe dans de nombreux pays européens (en Allemagne notamment l’Antisemitismusbeauftragter – Commissaire fédéral à la lutte contre l’antisémitisme).
Cette inertie n’est pas un hasard. Elle s’explique - nous le répétons à 21News - par une combinaison toxique de paresse intellectuelle, de clientélisme électoral et d’une empathie devenue aveugle pour la cause palestinienne. Une empathie si exclusive qu’elle conduit une partie de nos responsables à s’émouvoir davantage du sort de populations vivant à 3.000 km qu’à celui de citoyens juifs belges, relégués de facto au rang de sous-citoyens, alors même que certains vivent sur ce territoire depuis le Moyen Âge, voire depuis l’Antiquité.
Bill White n’a pas été diplomate. Il a été utile. Et parfois, c’est exactement ce dont un pays a besoin pour se regarder enfin dans le miroir.