Après l’amputation d’un lycéen de 15 ans, Laurent Nuñez suspend l’usage des grenades assourdissantes dans les manifestations
Le ministre français de l’Intérieur suspend l’utilisation des grenades assourdissantes contre le mouvement lycéen après qu’un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée à Lens. Dix-huit enquêtes de l’IGPN ont désormais été ouvertes sur de possibles violences policières depuis le début de la mobilisation.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Laurent Nuñez suspend l'utilisation des grenades assourdissantes lors des manifestations lycéennes après l'amputation d'un adolescent de 15 ans à Lens. Dix-huit enquêtes de l'IGPN ont été ouvertes depuis le début du mouvement.
Les policiers français n'utiliseront plus, pour l'instant, de grenades assourdissantes lors des manifestations liées au mouvement lycéen.
Laurent Nuñez en a annoncé la suspension mercredi, deux jours après qu'un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée par l'explosion d'une grenade à Lens, dans le Pas-de-Calais. « Je suspends leur utilisation pour le mouvement lycéen », a annoncé le ministre de l'Intérieur sur RTL.
La décision concerne les grenades assourdissantes ASSD utilisées par les forces de l'ordre comme armes intermédiaires pour disperser les manifestants. La suspension restera en vigueur dans l'attente de davantage d'éléments sur les circonstances de l'accident de Lens.
Une enquête doit déterminer comment le lycéen a été blessé
L'adolescent de 15 ans a dû être amputé après avoir été grièvement blessé à la main lundi. Les circonstances précises de l'explosion ne sont toutefois pas encore établies. Une enquête de l'Inspection générale de la Police nationale (IGPN) doit notamment déterminer si le jeune homme a ramassé la grenade après son lancement ou si celle-ci a directement atterri sur lui.
Les enquêteurs devront également établir si son utilisation par les forces de l'ordre respectait les règles en vigueur.
La grenade ASSD, fabriquée par Alsetex, produit un flash lumineux accompagné d'une détonation pouvant atteindre environ 160 décibels. Son objectif est de désorienter et de disperser une foule tout en permettant aux policiers de maintenir une certaine distance avec les manifestants.
Ces grenades sont tirées à l'aide d'un lanceur et leur utilisation est encadrée. Les policiers et gendarmes doivent disposer d'une habilitation individuelle et ne peuvent normalement y recourir qu'après des sommations de dispersion restées sans effet. Ces sommations ne sont toutefois pas nécessaires lorsque les forces de l'ordre subissent elles-mêmes des violences.
Le Code de la sécurité intérieure prévoit plus généralement que l'usage de la force doit être « absolument nécessaire » et proportionné.
Dix-huit enquêtes de l'IGPN depuis le début du mouvement
L'accident de Lens intervient alors que les méthodes employées par les forces de l'ordre face aux manifestations lycéennes font l'objet d'une controverse croissante.
Laurent Nuñez a indiqué mercredi que 18 enquêtes de l'IGPN avaient désormais été ouvertes concernant de possibles comportements fautifs de policiers depuis le début du mouvement.
Une autre affaire concerne notamment un élève de 14 ans atteint au visage par une grenade lacrymogène tirée à courte distance. L'adolescent a perdu plusieurs dents et un policier a été mis en cause dans cette affaire.
Emmanuel Macron a lui-même demandé aux forces de l'ordre de faire preuve de davantage d'« empathie » et de « pédagogie » face aux jeunes manifestants, tout en continuant à assurer le maintien de l'ordre.
Une pétition déposée le 5 octobre sur le site de l'Assemblée nationale demandant « l'interdiction des armes mutilantes et des techniques d'immobilisation létales dans les manifestations lycéennes » a par ailleurs dépassé les 50.000 signatures.
Lecornu refuse de parler de « répression policière »
Le gouvernement refuse cependant l'accusation plus générale de « répression » portée notamment par La France insoumise. Mardi à l'Assemblée nationale, le Premier ministre Sébastien Lecornu a vivement répondu à Mathilde Panot, présidente du groupe LFI, qui accusait le gouvernement d'avoir déclenché une « répression sans précédent » contre les lycéens.
« L'ultra-violence a frappé aux portes de nos lycées. Elle doit être condamnée sans aucune réserve, a déclaré le Premier ministre. Brûler un lycée n'améliore pas l'état des bâtiments scolaires. Lyncher un enseignant n'améliore pas le taux de remplacement des professeurs absents », a-t-il ajouté.
Il a également accusé LFI d'entretenir une « ambiguïté » vis-à-vis des violences et de chercher à alimenter le désordre, ce que le mouvement de Jean-Luc Mélenchon conteste.
Plus de 260.000 manifestants mardi
La suspension des grenades assourdissantes arrive au lendemain d'une nouvelle journée de mobilisation particulièrement suivie. Selon le ministère de l'Intérieur, 266.000 personnes ont manifesté mardi à travers la France. Au total, 488 personnes ont été interpellées et 891 des quelque 3.700 lycées français ont vu leurs cours totalement ou partiellement suspendus.
La mobilisation s'est poursuivie mercredi, mais à un niveau inférieur : 528 établissements étaient totalement ou partiellement perturbés, soit une baisse de 41 % par rapport à la veille. Le campus parisien de Sciences Po a également été bloqué.
Les revendications portent notamment sur le manque d'enseignants, les classes surchargées, l'état de certains bâtiments scolaires et le fonctionnement de Parcoursup.
Le gouvernement a demandé aux établissements de réserver jusqu'à vendredi des périodes de discussion aux élèves et au personnel afin de permettre l'expression de ces revendications. Les organisations étudiantes restent toutefois mobilisées et appellent à une nouvelle journée nationale jeudi.
Une mobilisation plus large est également annoncée pour le 17 octobre autour du coût de la vie et de la hausse des prix des carburants.
La suspension annoncée par Laurent Nuñez constitue ainsi un premier changement concret dans la doctrine de maintien de l'ordre depuis le début du mouvement. Elle ne concerne toutefois que les grenades assourdissantes ASSD et leur emploi dans le cadre de la mobilisation lycéenne, et non l'ensemble des armes intermédiaires utilisées par les forces de l'ordre.