Argentine – Angleterre : des Malouines à la Main de Dieu, l’histoire d’une rivalité unique
À l’occasion de la demi-finale de la Coupe du monde, retour sur l’une des plus grandes rivalités du sport. De Wembley 1966 à la Main de Dieu de Maradona, en passant par la guerre des Malouines, Argentine – Angleterre raconte bien plus qu’un match de football.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- La rivalité Argentine – Angleterre trouve ses origines dans le quart de finale controversé du Mondial 1966 à Wembley.
- Les Malouines et le quart de finale de 1986 avec la Main de Dieu de Maradona ont transformé cette opposition en mythe.
- Malgré les tensions, les deux pays partagent aussi plus d’un siècle d’histoire commune à travers le football, le rugby, le polo et la culture.
Il existe des affiches qui dépassent le cadre du sport. Des rencontres qui ne se résument ni à un ballon, ni à un score, ni même à une qualification. Argentine – Angleterre est de celles-là.
Ce mercredi, une place en finale de la Coupe du monde est en jeu. Mais lorsque l’Albiceleste croise la route des Three Lions, il y a toujours autre chose qui flotte dans l’air. Un mélange de mémoire, de politique, de culture, de blessures anciennes et d’admiration réciproque. Une odeur de soufre, une rivalité qui traverse les générations et qui continue de fasciner bien au-delà du football.
1966: les fantômes de Wembley
Son premier grand épisode remonte à 1966, bien avant la guerre des Malouines et la Main de Dieu. L’Angleterre accueille alors la Coupe du monde et affronte l’Argentine en quart de finale à Wembley. La rencontre est tendue, brutale et marquée par l’expulsion controversée du capitaine argentin Antonio Rattín par l’arbitre allemand Rudolf Kreitlein.
Rattín, qui affirme ne pas comprendre la décision, refuse de quitter le terrain. Le match est interrompu pendant plusieurs minutes avant que le capitaine argentin ne soit finalement escorté vers la sortie. L’Angleterre s’impose 1-0 grâce à un but de Geoff Hurst, mais la polémique ne s’arrête pas au coup de sifflet final.
Le sélectionneur anglais Alf Ramsey empêche ses joueurs d’échanger leur maillot avec leurs adversaires et qualifie ensuite les Argentins d’« animaux ». En Argentine, cette élimination est vécue comme une injustice et un symbole de l’arrogance anglaise. La rivalité footballistique entre les deux pays vient de trouver son acte fondateur. L’incident et les difficultés de communication entre l’arbitre et les joueurs contribueront également à la création des cartons jaunes et rouges, introduits lors de la Coupe du monde suivante.
Mais l’histoire va bientôt dépasser le football.
La Main de Dieu et le but du siècle
Tout le monde pense évidemment à la guerre des Malouines de 1982. Un conflit bref mais meurtrier qui a laissé des traces profondes de part et d’autre de l’Atlantique. Quatre ans plus tard, à Mexico, le football allait offrir une forme de prolongation symbolique à cette confrontation lorsque Diego Maradona élimina l’Angleterre en quart de finale du Mondial 1986.
Ce jour-là, Maradona inscrivit deux buts entrés dans la légende du football.
Le premier, de la main, devint la célèbre « Main de Dieu », sans doute le geste le plus controversé de l’histoire de la Coupe du monde. Le second appartient au patrimoine universel du football : une chevauchée de plus de cinquante mètres au cours de laquelle le génie argentin effaça la moitié de l’équipe anglaise avant de tromper Peter Shilton. En 2002, la FIFA le désigna comme le plus beau but de l’histoire des Coupes du monde.
Pour les Anglais, ce match demeure une blessure. Pour beaucoup d’Argentins, il fut vécu comme une revanche symbolique après les Malouines. Maradona lui-même l’avait reconnu : battre l’Angleterre représentait bien davantage qu’une simple victoire sportive.
Deux pays liés par plus d’un siècle d’histoire
Mais réduire la relation entre les deux pays à la guerre et au football serait une erreur.
Car avant la rivalité, il y eut aussi une longue histoire commune. Au XIXe siècle, des milliers de Britanniques s’installèrent en Argentine. Ils apportèrent avec eux leurs capitaux, leurs chemins de fer, leurs écoles… et leurs sports. Le football, bien sûr, mais aussi le rugby et le polo, disciplines dans lesquelles l’Argentine est devenue l’une des grandes puissances mondiales. Les racines britanniques demeurent visibles jusque dans les noms de clubs mythiques comme Newell’s Old Boys ou River Plate.
L’histoire entre les deux nations est donc faite autant d’influences réciproques que d’oppositions.
Et parfois même d’amitié.
Quand Queen et Maradona symbolisaient l’amitié
L’une des images les plus étonnantes date de 1981, un an avant la guerre des Malouines. On y voit Diego Maradona poser aux côtés des membres de Queen à Buenos Aires. Sur la photo, Maradona porte un tee-shirt aux couleurs de l’Union Jack tandis que Freddie Mercury arbore le maillot de la sélection argentine. Brian May, Roger Taylor et John Deacon complètent ce cliché devenu mythique. Une image presque irréelle quand on sait ce que l’histoire allait réserver aux deux pays quelques mois plus tard.
Cette photo raconte peut-être mieux que n’importe quel discours la complexité de la relation entre l’Argentine et l’Angleterre : une rivalité féroce, parfois passionnelle, mais aussi une fascination mutuelle qui traverse la musique, le sport et la culture populaire.
Voilà pourquoi Argentine – Angleterre n’est jamais un match comme les autres.
C’est un duel où résonnent les fantômes de Wembley, les échos des Malouines, les souvenirs de Maradona, les dribbles de l’Azteca, les chants des supporters, les accords de Queen et plus d’un siècle d’histoire commune.
Ce mercredi, un nouveau chapitre s’écrira.
Avec, au bout du chemin, une place en finale de la Coupe du monde. Alors ce soir, Argentine ou Angleterre?