Theo Francken répond à Paul Magnette: «La fraude sociale coûte plus cher que les dépenses militaires»
La polémique enfle entre Paul Magnette et Theo Francken. Le président du PS dénonce les milliards consacrés à la Défense, tandis que le ministre N-VA défend des investissements qu'il juge indispensables et renvoie la gauche à la question de la fraude sociale.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Paul Magnette accuse Theo Francken de consacrer des milliards à l'armement au détriment des pensions et des soins de santé.
- Le ministre de la Défense dénonce des « mensonges » et affirme que ces investissements répondent aux engagements de la Belgique.
- Francken estime que la fraude sociale et les abus coûtent davantage aux finances publiques que les dépenses militaires critiquées par le PS.
La bataille budgétaire se déplace sur le terrain militaire. Après une vidéo particulièrement offensive de Paul Magnette, qui accuse le ministre de la Défense de multiplier les achats d’armement au détriment des pensions et des soins de santé, Theo Francken a répliqué en dénonçant des « mensonges éhontés » et un discours qui dépasserait même celui du PTB.
Le ministre de la "Dépense nationale"
Tout est parti d’une vidéo publiée par le président du PS sur les réseaux sociaux. Paul Magnette y présente Theo Francken comme un ministre qui « passe sa vie dans les salons de l’armement à acheter des armes avec la carte Visa du gouvernement ». Dans un post sur le réseau X le président du PS ironise même sur le Le Ministre de la « dépense nationale »...
C’est démentiel ! Le Ministre de la « dépense nationale » continue son œuvre et propose d’augmenter encore les achats en armes : + 3,5% soit 12 milliards de dépenses pour les prochaines années.
— Paul Magnette (@PaulMagnette) July 10, 2026
C’est 3 fois les économies faites sur le dos des pensionnés et des travailleurs !…
Le socialiste lui reproche notamment d’avoir récemment engagé trois milliards d’euros pour l’achat d’avions et de vouloir désormais consacrer douze milliards d’euros supplémentaires aux dépenses militaires. Dans le message accompagnant la vidéo, il évoque plus précisément une hausse des dépenses de Défense jusqu’à 3,5 % du produit intérieur brut.
Magnette oppose les armes aux pensions et aux soins de santé
Pour Paul Magnette, le débat ne porte pas seulement sur l’utilité des équipements achetés, mais sur les choix budgétaires posés par le gouvernement fédéral.
« Le même euro, on ne peut pas le dépenser deux fois », insiste-t-il. Selon le président du PS, les milliards consacrés aux avions, aux armes et au matériel militaire ne pourront plus être utilisés pour financer les pensions, les soins de santé, les services publics ou encore les mesures nécessaires pour faire face aux épisodes de canicule.
Il compare les douze milliards évoqués à « trois fois les économies qui ont déjà été faites sur le dos des pensionnés ». Paul Magnette estime dès lors que la hausse du budget militaire ne peut pas être présentée comme une dépense sans conséquence pour le reste de la population.
Le président socialiste termine sa vidéo en appelant directement les citoyens à interpeller Theo Francken sur ses comptes sociaux et à lui demander d’« arrêter de gaspiller l’argent des Belges ».
Cette prise de position s’inscrit dans la ligne défendue depuis plusieurs mois par le PS : l’Europe doit pouvoir assurer sa sécurité, mais le réarmement ne peut, selon les socialistes, se faire au prix d’un affaiblissement de la protection sociale. Paul Magnette conteste également une politique de Défense qui se résumerait, à ses yeux, à multiplier rapidement les commandes de matériel sans stratégie européenne suffisamment claire.
Francken accuse Magnette de « surpasser même Raoul Hedebouw »
Le président du PS, Magnette, tombe de plus en plus bas. Dans une vidéo FB, il surpasse même Raoul Hedebouw dans l’art d’attiser ses partisans avec un populisme mensonger. Et voilà qu’il va jusqu’à les inciter à inonder mes réseaux sociaux de messages haineux.
— Theo Francken (@FranckenTheo) July 14, 2026
Quels 12… pic.twitter.com/vMifsBN7Pn
La réponse de Theo Francken est tout aussi directe. Le ministre de la Défense accuse Paul Magnette de « tomber de plus en plus bas » et de diffuser un discours populiste destiné à mobiliser sa base électorale.
Selon le ministre N-VA, le président du PS « surpasse même Raoul Hedebouw dans l’art d’attiser ses partisans avec un populisme mensonger ». Une comparaison destinée à renvoyer Paul Magnette vers la ligne du PTB, particulièrement critique à l’égard de la hausse des dépenses militaires.
Theo Francken rejette surtout la présentation selon laquelle il aurait personnellement décidé de dépenser douze milliards d’euros supplémentaires avec la « carte Visa du gouvernement ».
« Quels douze milliards ? », demande-t-il, avant de dénoncer « des mensonges éhontés ». Le ministre soutient que les montants évoqués mélangent des investissements, des engagements étalés sur plusieurs années et l’objectif politique de porter progressivement les dépenses de Défense à un niveau plus élevé.
Des achats jugés indispensables par le ministre
Dans son raisonnement, la Belgique ne peut plus continuer à dépendre presque entièrement de ses alliés pour assurer sa sécurité. Le retour de la guerre sur le continent européen, la menace russe, les tensions internationales et les exigences de l’OTAN imposeraient de moderniser l’armée, ses avions, ses véhicules, sa défense aérienne et ses infrastructures.
Le ministre refuse donc de présenter ces achats comme de simples dépenses de prestige ou comme le résultat de ses visites dans les salons de l’armement. Il les décrit au contraire comme des choix nécessaires pour protéger la population, les infrastructures et le territoire.
Theo Francken souligne également que les commandes militaires ne concernent pas uniquement du matériel produit à l’étranger. Une partie des investissements doit, selon lui, bénéficier aux entreprises belges, à la recherche, aux nouvelles technologies et à l’emploi industriel.
« La fraude sociale nous coûte plus cher »
Le ministre retourne enfin l’argument budgétaire contre le président du PS. Plutôt que de présenter la Défense comme la principale menace pesant sur les finances publiques, Theo Francken invite à regarder du côté du coût de la fraude et des abus sociaux.
« La fraude sociale nous coûte plus cher », affirme-t-il dans sa réponse. Il reproche à Paul Magnette de s’indigner des investissements militaires nécessaires à la sécurité du pays tout en étant, selon lui, beaucoup moins offensif lorsqu’il s’agit de lutter contre les détournements d’allocations ou les abus au sein du système social.
Cet argument est toutefois contesté à gauche, où l’on rappelle régulièrement que la fraude sociale et la fraude fiscale doivent toutes deux être combattues et que leurs montants font l’objet d’estimations variables. Paul Magnette considère, pour sa part, que la lutte contre la fraude ne répond pas à la question centrale : celle de savoir comment financer simultanément le réarmement, les pensions, la santé et les autres missions de l’État.