Bpost : cinq semaines pour ne rien décider (carte blanche)
La grève chez Bpost aura duré cinq semaines, bloquant des centaines de milliers de colis et des millions de lettres. Au-delà du conflit social, ce mouvement met en lumière une fracture profonde entre Wallonie et Flandre, et pose la question du coût réel de l’immobilisme face à la transformation du secteur postal. Carte blanche de Xavier Corman, entrepreneur dans la Fintech.
Publié par Contribution Externe
Résumé de l'article
Cinq semaines de grève chez Bpost, 700.000 colis bloqués et 10 millions de lettres en retard. Une mobilisation massive en Wallonie, quasi inexistante en Flandre. Une analyse qui dénonce le coût économique et social d’un conflit qui illustre la fracture belge.
Cinq semaines. 700.000 colis bloqués. 10 millions de lettres en retard. Et au bout du compte : des négociations prolongées jusqu'au 28 mai. Voilà le bilan de la grève chez Bpost. Une performance syndicale remarquable, dans le mauvais sens du terme.
Le 27 mars, les facteurs de Mouscron déposent leurs outils. En quelques jours, le mouvement s'embrase en Wallonie. Le 15 avril, 87 % des facteurs wallons sont en grève. Le chiffre mérite qu'on s'y arrête : 87 %. Pendant ce temps, en Flandre ? À peine une poignée de grévistes. Dans la même entreprise, avec le même plan de transformation, face aux mêmes changements d'horaires.
Comment expliquer un tel fossé ? La direction de Bpost voulait adapter les tournées à la réalité du marché : moins de lettres, plus de colis, des horaires décalés pour livrer quand les gens sont chez eux. C'est du bon sens logistique. Amazon et DHL l'ont compris depuis des années. Mais en Wallonie, adapter les horaires, c'est toucher à l'ordre établi. Et l'ordre établi a des piquets de grève.
Le CEO Chris Peeters l'a dit sans ambages : « Il y a eu énormément de fausses informations. ». Les syndicats ont agité le spectre de journées de 10 heures, d'une flexibilité imposée, d'un démantèlement social. La réalité était plus prosaïque : décaler une heure de début de tournée pour correspondre aux fenêtres de livraison des colis. Mais peu importe les faits quand on a des mégaphones.
Le résultat ? Des indépendants et des PME qui n'ont plus reçu de courrier pendant des semaines. Des librairies-presse en survie. Des points colis qui perdent des milliers d'euros. La Libre alerte : « Certains risquent de ne pas survivre à cette situation. » Ce ne sont pas des multinationales qui absorbent les chocs. Ce sont des petits commerces, des entrepreneurs, des travailleurs indépendants. Ceux que personne ne défend dans les négociations.
Le paradoxe belge en pleine lumière
Ce qu'illustre la grève de Bpost, c'est moins un conflit social qu'une fracture géographique. En Flandre, la transformation passe. Les travailleurs négocient, s'adaptent, avancent. En Wallonie, on bloque. Pas parce que les conditions sont objectivement différentes : elles sont identiques. Mais parce que la culture syndicale y est différente. Plus combative. Plus défensive. Et, disons-le, plus coûteuse pour tout le monde.
Bpost est une entreprise cotée en bourse, dont l'État belge détient encore 51 %. Elle opère dans un marché en mutation radicale : le volume de lettres s'effondre depuis dix ans tandis que les colis explosent. Ne pas s'adapter, c'est mourir lentement. Les exemples ne manquent pas : La Poste française, Deutsche Post, Royal Mail au Royaume-Uni. Tous ont négocié des transformations profondes, parfois douloureuses, mais nécessaires.
En Belgique, on préfère prolonger les discussions jusqu'au 28 mai. C'est-à-dire deux mois après le début du mouvement. Deux mois pendant lesquels les clients ont migré vers les concurrents. Deux mois de revenus perdus pour Bpost. Deux mois de préjudice pour des dizaines de milliers d'indépendants.
Qui paie la facture ?
La réponse est simple : nous tous. Le contribuable belge qui détient Bpost via l'État. Le client qui a commandé en ligne et attend son colis. L'entrepreneur qui ne reçoit plus ses factures. La grève ne coûte pas à ceux qui la font ; ils sont indemnisés par leur syndicat et, in fine, par leur prochaine négociation salariale. Elle coûte à ceux qui n'ont pas le droit de grève : les clients, les PME, les actionnaires... et l'économie belge dans son ensemble.
Ce 1er mai, la FGTB festoie au Mont des Arts à Bruxelles, forte de ses « victoires ». L'une d'elles : avoir bloqué la modernisation de Bpost pendant cinq semaines. Une victoire ? Pour qui, exactement ?
Pendant ce temps, en Suède, DHL a réduit ses délais de livraison de 30 % en adaptant ses tournées aux flux réels. Sans une seule journée de grève !