« C'est un dommage collatéral » : la réponse glaçante d'une enseignante de Rennes 2 à une mère menacée de viol
Une mère raconte avoir été menacée de viol alors qu'elle protégeait son nourrisson et tentait d'empêcher le pillage d'un commerce. Face à elle, Bettina Zourli, enseignante en sociologie à Rennes 2, défend la violence révolutionnaire et parle de « dommage collatéral ». Une confrontation filmée par Brut qui soulève de graves questions.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Une mère raconte avoir été menacée de viol avec son nourrisson pendant les émeutes. Face à elle, Bettina Zourli parle de « dommage collatéral » et défend la révolution.
Sommaire
- « Ils disaient qu'ils allaient me violer parce que j'étais une sale bourgeoise »
- « La révolution, ce n'est pas calme »
- Un cantonnier nettoie les dégâts pendant que l'on débat de révolution
- Féministe contre les violences sexuelles, mais prête à accepter les « dommages collatéraux » de la révolution ?
Une jeune mère raconte avoir dû se barricader avec son nourrisson pour échapper à des hommes qui menaçaient de la violer. Face à elle, une femme lui parle de propriété privée, de néolibéralisme et de révolution. Quelques instants plus tard, cette dernière emploie une expression qui provoque l'indignation de son interlocutrice : « C'est un dommage collatéral. »
La scène se déroule place de la République, à Paris, au lendemain des violences du 17 octobre. Filmée par Brut, elle met aux prises une femme affirmant avoir été directement confrontée aux émeutiers et Bettina Zourli, auteur et enseignante en sociologie à l'université Rennes 2. À leurs côtés, un cantonnier intervient pour exprimer son exaspération devant les destructions.
🚨📹 IDENTIFICATION : Elle a qualifié de « dommage collatéral » la menace de viol proférée par des émeutiers contre une mère accompagnée de son nourrisson. Dans la même vidéo tournée place de la République par @brutofficiel, elle appelle à la révolution et se réjouit des… pic.twitter.com/9VSHW5jkwM
— SwordOfSalomon (@SwordOfSalomon) October 18, 2026
Ce qui aurait pu n'être qu'un échange sur les débordements des manifestations prend une tout autre dimension lorsque le témoignage d'une menace de viol se heurte à un discours défendant la nécessité de la violence révolutionnaire.
« Ils disaient qu'ils allaient me violer parce que j'étais une sale bourgeoise »
Tout commence par une explication politique des violences. Un jeune homme présent dans la séquence les présente comme « le reflet de la violence de l'État et du néolibéralisme ».
Bettina Zourli intervient alors au sujet des destructions matérielles : « Mais c'est la propriété privée, c'est pas grave ! C'est pas grave ! »
La jeune mère réagit immédiatement. « C'est pas grave ? Moi j'étais avec mon nourrisson. J'étais avec mon nourrisson, j'étais dans un appartement, ils essayaient de rentrer parce qu'ils disaient qu'ils allaient me violer parce que j'étais une sale bourgeoise, parce que je les empêchais de piller le petit commerce d'en bas. »
J'étais avec mon nourrisson, j'étais dans un appartement, ils essayaient de rentrer parce qu'ils disaient qu'ils allaient me violer parce que j'étais une sale bourgeoise, parce que je les empêchais de piller le petit commerce d'en bas.
Son récit est précis. Elle affirme s'être opposée au pillage d'un commerce de proximité et avoir été prise pour cible en conséquence. Avec son bébé, elle aurait dû se réfugier dans un appartement tandis que des hommes tentaient d'y pénétrer en proférant des menaces sexuelles.
C'est dans cet échange que Bettina Zourli prononce les mots : « C'est un dommage collatéral. » — « Ah ! Génial ! », rétorque la mère, manifestement indignée.
La portée de cette formule est au cœur de la controverse. Dans une conversation où viennent d'être évoquées des menaces de viol, parler de « dommage collatéral » donne le sentiment de réduire une violence grave à une conséquence secondaire d'un combat politique.
« La révolution, ce n'est pas calme »
L'échange ne s'arrête pas là. Bettina Zourli développe sa conception de l'action militante. « Le militantisme pacifiste ne marche pas », affirme-t-elle, avant d'invoquer… Nelson Mandela et son recours à la lutte armée contre l'apartheid.
La jeune mère l'interrompt : « Ah d'accord, je vous remercie de clarifier, vous n'êtes pas pacifiste. » Elle revient alors à ce qu'elle dit avoir vécu : « Hier, j'ai été barricadée avec mon nourrisson, avec des mecs qui me menaçaient de me violer. Vous justifiez cette violence. »
Bettina Zourli répond : « Mais non, pas du tout. » Ce démenti est important : l'enseignante conteste explicitement l'idée qu'elle justifierait les menaces de viol. Mais ses déclarations suivantes entretiennent la confrontation sur la place de la violence dans la révolution qu'elle appelle de ses vœux.
« Mais c'est normal ! La révolution, ce n'est pas calme ! Ce n'est pas dans le calme que ça se fait. Mais je suis pour la révolution, évidemment que oui, mais bien sûr ! »
La révolution, ce n'est pas calme ! Ce n'est pas dans le calme que ça se fait. Je suis pour la révolution, évidemment que oui, mais bien sûr !
Bettina Zourli
Elle prend ensuite l'exemple d'une banque : « Saccager la BNP Paribas, c'est normal, c'est la source de nos problèmes, en fait ! »
Saccager la BNP Paribas, c'est normal, c'est la source de nos problèmes, en fait !
Bettina Zourli
La jeune mère parle de sa sécurité et de celle de son enfant. Bettina Zourli défend la légitimité d'une rupture révolutionnaire qui ne serait pas nécessairement pacifique.
Et le témoignage auquel elle répond ne concerne pas seulement une vitrine brisée ou une banque vandalisée. Il porte sur des menaces de viol qu'une femme affirme avoir subies alors qu'elle cherchait à protéger un petit commerce.
Un cantonnier nettoie les dégâts pendant que l'on débat de révolution
Au milieu de cette confrontation intervient un troisième personnage, moins disert mais révélateur d'une autre réalité des émeutes. « On en a marre de tout ça, nous, regardez ! », lance un cantonnier qui participe au nettoyage. Plus tard, il explique : « Nous, on aide Madame, on est là pour aider, pour débarrasser. »
Son intervention évidente tranche avec le vocabulaire idéologique jargonnant qui domine le reste de l'échange. Il ne développe aucune théorie sur le néolibéralisme ou la nécessité de la révolution. Il parle simplement du travail de remise en état et de l'aide apportée aux personnes présentes.
Féministe contre les violences sexuelles, mais prête à accepter les « dommages collatéraux » de la révolution ?
Le paradoxe est saisissant. Bettina Zourli, qui consacre une partie de ses activités à dénoncer les violences sexuelles et à faire entendre la parole des victimes, se retrouve face à une femme racontant avoir été menacée de viol avec son nourrisson.
Mais lorsque cette violence surgit au milieu d'un débat sur la révolution qu'elle défend, le vocabulaire change : il est question de « dommage collatéral ». Si l'enseignante nie explicitement justifier les menaces, ses propos soulèvent une question embarrassante : comment concilier la défense inconditionnelle des victimes de violences sexuelles avec un discours politique qui paraît soudain en relativiser la gravité ?