« Considérez-vous déjà en Grande-Bretagne » : l'enquête qui révèle comment les passeurs narguent l'Europe
Une enquête du Telegraph met au jour le fonctionnement d'un vaste réseau de passeurs reliant l'Irak, la Turquie, la France et le Royaume-Uni.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Une enquête du Telegraph révèle comment un réseau de passeurs irakiens exploite les failles du système migratoire européen pour acheminer des clandestins vers le Royaume-Uni.
« Ne vous inquiétez pas, considérez-vous déjà en Grande-Bretagne. » Cette phrase n'est ni d'un militant associatif, ni d'un avocat spécialisé dans le droit d'asile, ni d'un responsable politique britannique. Elle est prononcée par Abu Hussein al-Iraqi, un passeur irakien que le Telegraph présente comme l'un des principaux acteurs des filières migratoires clandestines reliant le Moyen-Orient au Royaume-Uni.
Après plusieurs semaines d'enquête sous couverture, le quotidien britannique affirme avoir remonté les rouages d'un réseau qui s'étend de l'Irak jusqu'aux côtes anglaises, en passant par la Turquie, la Grèce, les Balkans et la France. Son enquête met en lumière un trafic structuré, professionnalisé et assumé au grand jour sur les réseaux sociaux.
Mais plus encore que l'ampleur de l'organisation, c'est l'état d'esprit de ses responsables qui est étonnant. À lire les échanges recueillis, les passeurs ne semblent plus considérer les autorités européennes comme un obstacle sérieux. Ils les présentent plutôt comme un élément du décor avec lequel il suffit de composer.
Une entreprise migratoire à l'échelle continentale
Abu Hussein ne serait pas un simple intermédiaire local opérant depuis Dunkerque. Son réseau fonctionnerait comme une véritable entreprise transnationale.
Autour de lui graviterait une équipe chargée des différentes étapes du voyage. Certains recruteraient les candidats au départ au Moyen-Orient, d'autres organiseraient les passages en Turquie ou en Grèce, tandis que des complices se chargeraient d'obtenir ou de fabriquer les documents nécessaires à la poursuite du voyage.
L'un des responsables du réseau explique ainsi aux journalistes infiltrés qu'il est possible de fournir de faux contrats de location, de faux titres de propriété ou encore de faux relevés bancaires destinés à convaincre les autorités consulaires de délivrer un visa Schengen.
Le prix varie selon l'itinéraire choisi. Pour les candidats disposant de moyens financiers suffisants, la filière promet un acheminement relativement rapide vers l'Europe occidentale. Pour les autres, des routes terrestres plus longues et plus risquées sont proposées à travers les Balkans. La dernière étape reste toutefois toujours la même : le nord de la France et la traversée de la Manche.
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