Tarif capacitaire à Bruxelles : après les primes à l’électrique, voilà la taxe à la recharge ! (Carte blanche)
Le développement du tarif capacitaire à Bruxelles alimente les critiques sur le coût de la transition vers la voiture électrique. Après avoir encouragé son adoption, les pouvoirs publics sont accusés dans cette carte blanche de faire supporter aux automobilistes une nouvelle charge liée à la recharge.
Publié par Contribution Externe
Résumé de l'article
Une carte blanche signée André Marchand, consultant. Il critique le développement du tarif capacitaire à Bruxelles et estime que cette évolution pénalise les propriétaires de véhicules électriques, après des années de politiques destinées à favoriser leur adoption.
On vous l’a seriné pendant des années : « Achetez une voiture électrique, c’est l’avenir, c’est vert, c’est subventionné, c’est moderne. » Primes à l’achat (quand elles existaient encore), zones à faibles émissions qui chassent les diesels, discours triomphalistes sur la transition écologique… Et maintenant ?
Bienvenue dans la réalité bruxelloise de 2026
Après vous avoir gentiment incités à brancher votre ID.3, votre Model Y ou votre e-208 tous les soirs, on vous annonce discrètement que la puissance que vous allez mobiliser pour la recharger va vous coûter plus cher. Pas seulement les kilowattheures. La puissance. Le « tarif capacitaire ».
De quoi parle-t-on exactement ?
Depuis 2020, Sibelga applique déjà une composante capacitaire dans les tarifs de distribution d’électricité à Bruxelles. Ce n’est pas (encore) un tarif sur les pics mesurés comme en Flandre, mais un forfait annuel fixe qui dépend de la puissance de votre raccordement (la « puissance mise à disposition » inscrite sur votre compteur) :
- Moins de 13 kVA → 47,24 €/an (HTVA, tarif 2026)
- Plus de 13 kVA → 94,48 €/an
Et ce n’est que le début
La méthodologie tarifaire 2025-2029 validée par Brugel prévoit une tarification évoluée qui entrera pleinement en vigueur à partir de 2028 : une composante capacitaire plus granulaire (par paliers de kVA), toujours basée sur la puissance que vous « réservez » au réseau. Et à partir de 2030, on y ajoutera même des plages horaires différenciées.
Traduction simple : plus vous avez (ou plus vous demandez) de puissance disponible pour charger vite votre voiture électrique le soir en rentrant du boulot, plus vous payez. Point.
Une taxe sur les bons élèves, ni plus ni moins.
Le plus beau dans l’histoire ? On vous a vendu la voiture électrique comme LA solution vertueuse, individuelle et collective. On a culpabilisé les réfractaires. On a fait des plans massifs de bornes publiques (22.000 d’ici 2035 à Bruxelles, paraît-il). Et maintenant que des milliers de Bruxellois ont sauté le pas — souvent avec des aides publiques ou sous la pression réglementaire —, on leur explique que leur consommation simultanée risque de « congestionner » le réseau.
Alors on crée un tarif qui pénalise précisément ceux qui ont suivi les consignes.
C’est magnifique. On subventionne (ou on force) l’électrification des usages, puis on répercute les coûts d’adaptation du réseau sur les premiers qui l’ont fait. C’est le principe du « après moi le déluge » version transition écologique.
Et ne venez pas nous dire que « c’est pour inciter à la flexibilité » et aux recharges intelligentes. La plupart des ménages n’ont ni batterie domestique à 10.000 €, ni envie de programmer leur recharge à 3 h du matin tous les soirs, ni la possibilité technique de le faire facilement sur leur installation existante. Sans compter ceux qui ont aussi une pompe à chaleur.
Un aveu d’échec déguisé en « justice tarifaire »
En réalité, ce tarif capacitaire (et sa version future plus sophistiquée) est surtout l’aveu que le réseau n’était pas prêt pour la massification de l’électromobilité et de l’électrification des bâtiments. Au lieu d’investir massivement et rapidement dans le renforcement des infrastructures (ce qui aurait dû être financé par l’ensemble de la collectivité, on préfère faire payer à l’usage ceux qui branchent leur voiture.
C’est plus simple politiquement. Ça passe dans la facture d’électricité, ça ne se voit pas tout de suite, et on peut toujours habiller ça de beaux mots : « responsabilisation », « signal prix », « équité entre usagers ».
Sauf que l’équité, quand on a d’abord poussé tout le monde vers l’électrique sans avoir dimensionné le réseau en conséquence, ça ressemble furieusement à une double peine.
Et après ?
Dans quelques années, on nous expliquera sans doute qu’il faut aussi taxer plus lourdement les recharges rapides publiques parce qu’elles « sollicitent trop le réseau ». Ou qu’il faut limiter la puissance des bornes domestiques. Ou qu’il faut rendre les compteurs intelligents obligatoires pour « optimiser » tout ça.
Pendant ce temps, les constructeurs continuent de sortir des voitures électriques de plus en plus puissantes, les bornes domestiques de 7,4 kW ou 11 kW se banalisent, et les Bruxellois qui ont joué le jeu se retrouvent avec une facture qui grimpe… même quand ils consomment « vert ».
Décidément, la transition écologique à la mode bruxelloise a tout du parcours du combattant : on vous tend la carotte électrique avec le sourire, et dès que vous mordez dedans, on vous envoie la note capacitaire.
Bienvenue dans le club des « écolos taxés ». Vous avez cru aux promesses ? Eh bien, payez maintenant.