Parcours intégration : Beaucoup trop de politiques ont peur d’exiger des choses de ceux qui nous rejoignent (Carte blanche)
Dans cette carte blanche, Marcela Gori plaide pour un parcours d’intégration plus exigeant en Belgique. Elle défend un meilleur apprentissage des langues nationales, une connaissance des valeurs du pays et une responsabilisation accrue des nouveaux arrivants.
Publié par Contribution Externe
Résumé de l'article
Marcela Gori, vice-présidente (MR) du CPAS d'Anderlecht, défend une vision de l'intégration fondée sur des droits, mais aussi sur des devoirs. Elle estime que l'apprentissage d'une langue nationale, le respect des lois et une participation active à la société constituent les conditions d'une intégration réussie et d'une meilleure cohésion sociale.
Vous avez vu qu’en Flandre, le parcours d’intégration existe depuis 2004 ? En Wallonie, il a été créé en 2014 et rendu obligatoire en 2016. Mais à Bruxelles, au cœur de la capitale de l’Europe, il a fallu attendre le 1er juin 2022. Près de vingt ans après la Flandre ! Comment expliquer un tel retard ? Cela porte un nom : le gauchisme.
Pendant des années, une certaine gauche a considéré qu’exiger des personnes qui arrivent chez nous qu’elles apprennent une langue nationale, découvrent notre histoire et comprennent nos règles risquait de les stigmatiser, de les acculturer ou de leur faire perdre leur identité. Comme si transmettre notre culture était une agression. Comme si intégrer signifiait effacer. C’est évidemment faux.
De l’aveu même des asbl qui organisent ce parcours « Rares sont ceux qui disent que ça ne leur a servi à rien » En clair : Les premiers concernés ont compris ce que certains idéologues refusaient de voir : connaître le pays dans lequel on vit, ce n’est pas perdre son identité, c’est gagner en liberté et en autonomie.
Un parcours renforcé
Ce parcours doit être renforcé de plusieurs manières. Tout d’abord, nous pouvons regretter que souvent, il n’est qu’un catalogue des aides sociales que la Belgique peut offrir. Il doit donc aussi expliquer clairement ce que la Belgique attend de chacun.
Je veux un parcours beaucoup plus exigeant, plus solide et réellement évalué. Un parcours qui enseigne l’histoire de notre pays, le fonctionnement de nos institutions, les libertés fondamentales, l’État de droit, l’égalité entre les femmes et les hommes, le respect de l’orientation sexuelle de chacun, la liberté de conscience, mais aussi les lois, les devoirs et les responsabilités de toute personne qui choisit de vivre ici. S’intégrer, ce n’est pas seulement connaître ses droits, c’est aussi comprendre et respecter ses obligations.
On peut également le renforcer en l’élargissant. Aujourd’hui, l’obligation concerne principalement les primo-arrivants, c’est-à-dire les personnes installées récemment en Belgique. Mais que faisons-nous de celles et ceux qui vivent ici depuis dix, quinze ou vingt ans sans parler le français, le néerlandais ou l’allemand ?
Comment peut-on participer pleinement à la vie sociale, trouver un emploi, suivre la scolarité de ses enfants ou accomplir seul ses démarches sans connaître une de nos langues nationales ? Le parcours doit rester accessible à tous, mais il doit aussi pouvoir devenir obligatoire pour les personnes installées depuis longtemps qui ne maîtrisent toujours aucune langue nationale.
Apprendre la langue du pays dans lequel on vit n’est ni une punition ni une humiliation. je pense au contraire que c’est la toute première clé de l’émancipation.
La peur d’exiger
Aujourd’hui, beaucoup trop de politiques sont frileux et ont peur d’exiger des choses de ceux qui nous rejoignent. A titre personnelle, et ayant été ancienne sans-papiers, je peux vous dire d’expérience qu’avoir en face de soi un état qui demande une contribution et une participation doit d’abord être vécu comme une marque de respect.
C’est parce que l’état croit en nous, veut nous apporter ce que nous sommes venu chercher qu’il exige que nous soyons actifs et que nous nous intégrons. Lorsqu’une personne bénéficie de l’aide de la collectivité, il est donc légitime de lui demander, en retour, de prendre des engagements concrets : apprendre le français ou le néerlandais, suivre une formation, rechercher un emploi lorsqu’elle en est capable, scolariser correctement ses enfants et respecter les lois et les valeurs fondamentales de notre pays. C’est la base.
Cela ne signifie évidemment pas qu’il faut sanctionner une personne malade, âgée, handicapée ou qui ne trouve pas de formation accessible. Il faut tenir compte de chaque situation et donner à chacun les moyens de réussir. Des cours gratuits doivent être disponibles, à des horaires compatibles avec la vie familiale et professionnelle, avec des solutions pour la garde des enfants.
Mais lorsque ces moyens existent et qu’une personne refuse systématiquement de participer, sans raison valable, alors oui, certaines aides doivent pouvoir être réévaluées. Une aide publique n’est pas un abonnement sans conditions. Elle repose en effet sur un contrat moral entre la société et celui qui en bénéficie.
Dura lex sed lex
Enfin, le respect de la loi ne peut pas être négociable. Toute personne vivant en Belgique, qu’elle soit née ici ou qu’elle y soit arrivée plus tard, doit respecter les mêmes règles. Lorsque quelqu’un fraude délibérément, commet des violences ou refuse de manière répétée les obligations liées à l’aide qui lui est accordée, la société doit pouvoir réagir et appliquer les sanctions prévues par la loi.
Ce n’est pas stigmatiser une communauté. C’est protéger le principe d’égalité et respecter tous ceux qui travaillent, paient leurs impôts, suivent les règles et font chaque jour des efforts, parfois avec très peu de moyens.
Etre exigeant, ce n’est pas être hostile aux personnes qui arrivent, mais c’est au contraire leur dire qu’elles ont toute leur place parmi nous. L’intégration n’est ni l’effacement de ses origines ni l’abandon de sa culture familiale. C’est du bon sens afin que tous trouvent leur place dans un espace commun qu’on aime tant : la Belgique.