Crise des migrants : Pedro Sánchez ne convainc même plus au sein de la gauche socialiste espagnole
Les sondages se suivent et se ressemblent pour Pedro Sanchez. S'il était déjà clair que les espagnols contestaient la politique migratoire du Premier Ministre socialiste, il devient notoire que cette majorité monte même auprès de ses électeurs et de la gauche espagnole.
Publié par J.PE
La crise de Ceuta fragilise Pedro Sánchez jusque dans son propre électorat. Une majorité de sympathisants socialistes désapprouve la gestion du gouvernement, met en cause le rôle du Maroc et estime que Madrid n’a pas réagi avec suffisamment de rapidité. Un désaveu particulièrement embarrassant pour le Premier ministre.
Pedro Sánchez pensait-il pouvoir traverser la crise de Ceuta en conservant intact le soutien de son propre camp ? Les résultats de la dernière enquête GAD3 pour ABC suggèrent le contraire. Alors que le gouvernement espagnol tente de maintenir une ligne prudente à l’égard de Rabat, une partie importante de l’électorat socialiste semble désormais prendre ses distances avec le récit défendu par Moncloa. Les sondages se suivent et se confirment.
Le constat est particulièrement sévère : parmi les électeurs ayant voté pour le PSOE aux dernières élections législatives, seuls 27 % jugent positivement la manière dont le gouvernement a géré la crise. À l’inverse, 35 % la considèrent comme « mauvaise » ou « très mauvaise », tandis qu’une proportion identique la juge « moyenne ». Un résultat qui témoigne d’un malaise inhabituel au sein de la gauche gouvernementale.
Le Maroc au cœur des critiques
L’un des principaux points de rupture concerne l’attitude du Maroc. Alors que Pedro Sánchez s’est montré particulièrement prudent dans ses déclarations concernant la responsabilité de Rabat, 77 % des électeurs socialistes interrogés estiment que le Maroc a joué un rôle actif dans l’afflux massif de migrants vers Ceuta, dans le but de faire pression sur l’Espagne. Ils ne sont que 7 % à adhérer à la thèse consistant à écarter une implication marocaine.
Cette perception place le gouvernement dans une position délicate. Elle montre surtout que la stratégie diplomatique de Sánchez ne convainc pas nécessairement sa propre base électorale.
Le désaveu est encore plus net lorsqu’il s’agit d’évaluer l’action des autorités marocaines : 77 % des électeurs socialistes interrogés portent un jugement négatif sur leur gestion de la crise. La prudence affichée par Madrid à l’égard de Rabat se heurte donc à une opinion publique, y compris à gauche, qui semble réclamer une réponse plus ferme.
Sánchez critiqué pour ses vacances
Autre sujet sensible : l’absence du Premier ministre au plus fort de la crise. Six électeurs socialistes sur dix estiment que Pedro Sánchez aurait dû interrompre ses vacances pour revenir gérer personnellement la situation. Seuls 29 % approuvent son choix de maintenir ses congés.
Cette question a pris une dimension politique particulière après les déclarations du chef du gouvernement, qui a défendu son droit à prendre du repos tout en affirmant qu’un président ne pouvait pas réellement « déconnecter ».
Pour une partie de son propre électorat, l'argument ne suffit visiblement pas. Dans une crise touchant directement une frontière espagnole et européenne, l’image d’un gouvernement absent durant les premières semaines semble avoir laissé des traces. 54 % des électeurs socialistes interrogés partagent ainsi le sentiment que Ceuta a été abandonnée par le gouvernement espagnol.
Une réponse jugée trop lente
Le problème ne se limite pas à la communication politique. Une majorité des électeurs socialistes considère également que le gouvernement n’a pas réagi avec suffisamment de rapidité et de moyens lors des premiers jours de la crise. Ils sont 57 % à partager cette analyse, contre 36 % qui jugent la réaction gouvernementale appropriée.
Ce reproche est d’autant plus embarrassant que le gouvernement tente précisément de présenter son action comme une réponse maîtrisée à une situation complexe, à la fois humanitaire, sécuritaire et diplomatique.
Mais dans l’opinion, la dimension sécuritaire semble prendre le dessus. 53 % des électeurs socialistes considèrent ainsi que la crise constitue avant tout un problème de sécurité, contre 39 % qui la voient principalement comme une crise humanitaire.
Des positions plus fermes sur les migrants
Sur la question de la réponse à apporter aux migrants présents à Ceuta, les électeurs socialistes interrogés se montrent également plus fermes que ce que pourrait laisser penser le discours gouvernemental. 57 % estiment que les personnes entrées sur le territoire devraient être renvoyées au Maroc, tandis que 35 % privilégient le transfert des mineurs non accompagnés vers la péninsule afin qu’ils puissent être pris en charge par d’autres communautés autonomes.
L’enquête révèle donc une attente de contrôle et de fermeté qui traverse également l’électorat de gauche. Ce phénomène est politiquement important pour Pedro Sánchez : le débat sur Ceuta ne semble pas simplement opposer le gouvernement à l’opposition. Il crée également un décalage entre la ligne de Moncloa et une partie de ceux qui constituent traditionnellement son socle électoral.
Sánchez face à un problème qui dépasse l'opposition
La difficulté pour Pedro Sánchez est désormais claire : la contestation de sa gestion de Ceuta ne provient plus uniquement de la droite espagnole. Les chiffres montrent qu’une partie substantielle de l’électorat socialiste partage plusieurs des critiques formulées par l’opposition : rôle présumé du Maroc, manque de réactivité du gouvernement, sentiment d’abandon de Ceuta et nécessité d’une réponse davantage axée sur la sécurité. Ce désaccord est particulièrement sensible pour un Premier ministre qui a jusqu’ici démontré une forte capacité à maintenir la cohésion de son camp, y compris dans des périodes de fortes turbulences politiques.