Léon Marchand traité de « sale blanc » : Rokhaya Diallo assure que ce n’est « pas raciste »
Léon Marchand a été traité de « sale blanc » après avoir refusé de s’engager politiquement. Interrogée sur BFMTV, Rokhaya Diallo reconnaît une insulte, mais refuse le qualificatif de raciste : « Le racisme, c’est un système. » Une définition qui aboutit à un singulier paradoxe et ne correspond pas à l’approche du droit français.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Interrogée après les insultes visant Léon Marchand, Rokhaya Diallo estime que « sale blanc » est une insulte mais n’est « pas raciste », au nom d’une conception systémique du racisme.
« Sale blanc ». C’est une insulte. Elle vise explicitement la couleur de peau de celui qui la reçoit. Mais elle ne serait pas raciste. C’est la distinction défendue mercredi sur BFMTV par Rokhaya Diallo, au cours d’un débat provoqué par les attaques reçues sur les réseaux sociaux par Léon Marchand.
Interrogée directement sur la nature de l’expression, la polémiste n’hésite pas. « Non, pas raciste », répond-elle. Pourquoi ? « Le racisme, c’est un système. »
En quelques mots, le problème est posé. Une personne peut donc être insultée explicitement en raison de sa couleur de peau sans que l’insulte puisse être qualifiée de raciste. Tout dépend de la personne qui la reçoit.
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— GDams (@Gdams70) September 3, 2026
« Sale Blanc » ? Une simple insulte.
« Sale Noir » ? Un trauma qui traverse toute une vie.
C’est Rokhaya Diallo, en direct sur BFMTV, qui pose le dogme.
Le racisme anti-Blancs n’existerait pas. Il ne « ferait pas écho ».
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Léon Marchand ne voulait pas faire de politique
La controverse commence avec une déclaration autrement moins spectaculaire. Interrogé sur France 2 sur l’engagement politique des sportifs, Léon Marchand explique préférer rester à distance. Le quadruple champion olympique ne se sent pas suffisamment légitime pour intervenir et dit craindre de « dire n’importe quoi ».
Une absence d’engagement qui lui vaut pourtant une série d’attaques sur les réseaux sociaux. Parmi celles-ci : « sale blanc » ou encore « blanc qui vote RN ». Dans Les Grandes Gueules sur RMC, l’éducateur Abel Boyi avait qualifié la première expression d’« insulte raciste » tout en défendant le droit de Léon Marchand à ne pas transformer ses performances sportives en programme politique.
Rokhaya Diallo est d’accord sur l’insulte. Pas sur le racisme.
De « sale blanc » au marché de l’emploi
Pour justifier cette distinction, la chroniqueuse déplace immédiatement le débat vers une autre question. Le racisme serait « un système ». Elle demande ainsi quel Blanc, en France, se serait déjà vu refuser un emploi précisément « parce qu’il était blanc ».
Le raisonnement est révélateur. La question initiale portait sur la qualification d’une injure adressée à un individu. La réponse porte désormais sur l’existence et la fréquence de discriminations structurelles touchant une population entière.
On passe de « pourquoi cet homme est-il insulté ? » à « quelle est la position sociale du groupe auquel cet homme appartient ? ». La différence est considérable.
Que certaines populations soient beaucoup plus exposées que d’autres aux discriminations en France peut parfaitement être établi, mesuré et dénoncé. Mais cela ne répond pas à la question posée. Une différence d’ampleur n’est pas nécessairement une différence de nature.
Si mille personnes d’un groupe sont agressées en raison de leur couleur de peau et dix personnes d’un autre groupe pour le même motif, les deux phénomènes n’ont évidemment pas la même importance sociale. Cela ne transforme pas pour autant le mobile des dix dernières agressions en autre chose.
Le droit français ne demande pas qui domine qui
C’est surtout en quittant le débat idéologique pour celui du droit que la distinction défendue par Rokhaya Diallo rencontre une difficulté majeure.
Le droit français ne réserve pas la protection contre les infractions à caractère raciste aux membres de groupes préalablement identifiés comme « dominés ».
Il ne demande pas au juge d’établir d’abord la position d’une population dans la hiérarchie sociale avant de déterminer si une personne a été prise pour cible en raison de son origine, de son ethnie, de sa nation, de sa religion ou d’une prétendue race.
Il ne prévoit pas davantage d’exception générale selon laquelle une personne blanche ne pourrait pas être victime d’une infraction à caractère raciste.
La logique est autrement plus simple : ce qui importe est notamment le motif pour lequel une personne a été visée.
Le débat n’est d'ailleurs pas nouveau. Dès le début des années 2010, l'expression « racisme anti-Blancs » divisait profondément intellectuels et chercheurs français. Certains soutenaient déjà qu'une population considérée comme dominante ne pouvait subir de « racisme » au même sens qu'une minorité discriminée.
Mais cette définition relève d'une conception particulière du phénomène social. Elle ne suffit pas à modifier la règle juridique en fonction de la couleur de la victime.
Une définition qui change avec la victime
C'est là que la position de Rokhaya Diallo produit son résultat le plus singulier. Prenons l'expression elle-même. « Sale blanc » : « sale » constitue l'insulte, « blanc » désigne la caractéristique de la personne choisie pour donner à cette insulte son contenu. Supprimez le second mot et vous supprimez précisément sa dimension raciale.
Rokhaya Diallo ne conteste pourtant ni que l'expression soit insultante, ni que le mot « blanc » désigne celui qui la reçoit. Elle refuse que la réunion des deux soit appelée raciste parce qu'elle adopte une définition dans laquelle le racisme suppose un système de domination.
La nature de l'acte ne dépend donc plus seulement de ce que fait son auteur et du motif qui l'anime. Elle dépend de l'identité de celui qui le subit. C'est une conception du racisme. Ce n'est pas une évidence.
Le racisme comme « système »
Il faut d'ailleurs distinguer deux propositions que le débat public mélange volontiers. La première consiste à affirmer qu'il existe du racisme systémique : certaines discriminations peuvent dépasser les comportements individuels et s'inscrire dans des mécanismes sociaux, économiques ou institutionnels plus larges. La seconde consiste à affirmer que seul ce phénomène mérite le nom de racisme.
Ce n'est pas la même chose. On peut étudier le racisme systémique sans décider que toute hostilité raciale extérieure à un rapport structurel de domination cesse, par définition, d'être du racisme.
C'est pourtant cette seconde conception qui permet de répondre « non, pas raciste » à la question posée à Rokhaya Diallo. Et elle conduit à une curieuse dissociation : l'élément racial est parfaitement visible dans l'insulte, mais le mot racisme devient inaccessible à celui qui la reçoit.
Ce n'est pas qu'une bataille de mots
On pourrait considérer qu'il ne s'agit après tout que d'une querelle sémantique. Elle ne l'est qu'en partie. Les mots déterminent aussi la manière dont une société hiérarchise et condamne certains comportements.
Dire à quelqu'un qu'il ne peut pas être victime de racisme ne revient certes pas à autoriser les insultes qu'il reçoit. Rokhaya Diallo reconnaît elle-même qu'il s'agit d'une insulte.
Mais cela revient à établir une asymétrie : deux personnes visées en raison de leur couleur de peau ne pourront pas nécessairement employer le même mot pour décrire ce qu'elles ont subi. L'une pourra parler de racisme. L'autre devra trouver autre chose.
Le droit français a choisi une logique différente : il n'est pas nécessaire d'appartenir à la bonne minorité pour être protégé contre une infraction motivée par l'origine ou l'appartenance raciale supposée.
Et c'est peut-être finalement ce que révèle le mieux l'échange sur BFMTV. Rokhaya Diallo ne conteste ni le mot « blanc », ni son emploi comme insulte. Elle conteste que l'association des deux puisse ici recevoir le nom de racisme.
Une différence d'ampleur n'est pourtant pas une différence de nature. Et il faut beaucoup de théorie pour parvenir à expliquer qu'un homme traité de « sale blanc » est bien insulté parce qu'il est blanc, mais que le racisme, lui, n'a rien à voir là-dedans.