Cuba : les coupures d’électricité attisent la colère populaire
Des manifestations nocturnes se multiplient à travers l’île, alimentées par les pannes d’électricité et la dégradation rapide des conditions de vie. Dans la ville de Morón, des protestataires ont même saccagé un bureau local du Parti communiste, signe d’une tension sociale qui gagne du terrain.
Publié par Harrison du Bus
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Résumé de l'article
— Des protestations nocturnes se multiplient à Cuba sur fond de pannes d’électricité
— À Morón, des manifestants ont saccagé un bureau local du Parti communiste
— La crise énergétique et économique accentue les tensions sociales sur l’île
La crise économique qui frappe Cuba depuis plusieurs années semble désormais se traduire par une montée visible de la contestation. Dans plusieurs villes de l’île, des habitants descendent dans la rue à la tombée de la nuit pour dénoncer les coupures d’électricité et l’effondrement des conditions de vie.
La forme la plus répandue de ces protestations reste le « cacerolazo », une pratique héritée d’autres pays d’Amérique latine : les habitants frappent sur des casseroles et des poêles pour manifester leur colère lorsque les pannes d’électricité se prolongent trop longtemps. Mais dans certains endroits, la tension a franchi un seuil plus spectaculaire.
Un siège du Parti communiste pris pour cible
Dans la ville de Morón, située dans le centre de l’île et peuplée d’environ 70 000 habitants, des manifestants se sont rassemblés tard dans la soirée en criant « Libertad ». Le rassemblement s’est ensuite déplacé vers le siège local du Parti communiste, qui a été vandalisé.
Des pierres ont été lancées contre le bâtiment avant que certains manifestants n’y pénètrent. Des meubles et des documents ont été jetés dans la rue puis incendiés dans un brasier improvisé. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des protestataires approcher du bâtiment avec des objets enflammés, tandis que d’autres appellent à « tout brûler ».
Ces vidéos ont très probablement été tournées dans la nuit de vendredi à samedi. Selon plusieurs témoignages, la ville était alors privée d’électricité depuis plus de trente heures.
Pour plusieurs spécialistes de Cuba, l’épisode est inhabituel. Les manifestations de ces dernières années visaient surtout la police ou les conditions de vie. S’en prendre directement à un bâtiment du Parti communiste, cœur du pouvoir politique sur l’île, constitue une escalade rare dans la contestation.
Les autorités cubaines ont reconnu les incidents tout en promettant des poursuites. Le président Miguel Díaz-Canel a déclaré comprendre la frustration des habitants face aux difficultés économiques, mais a averti qu’aucune tolérance ne serait accordée aux actes de violence ou de vandalisme.
Une crise énergétique qui paralyse l’île
Cette flambée de colère intervient dans un contexte d’aggravation rapide de la crise énergétique. Le réseau électrique cubain, vieillissant et sous-investi depuis des décennies, peine à répondre à la demande. Les pannes se multiplient et plongent régulièrement des quartiers entiers dans l’obscurité pendant de longues heures.
La situation s’est encore détériorée ces derniers mois avec la raréfaction des approvisionnements en pétrole qui alimentaient traditionnellement les centrales thermiques de l’île. Le gouvernement cubain reconnaît lui-même que la pénurie de carburant provoque des perturbations majeures dans tout le pays.
Face à cette situation, les autorités ont suspendu certains cours universitaires, réduit les transports publics et limité plusieurs activités économiques. Dans certaines régions, la distribution alimentaire et la collecte des déchets ont également été perturbées.
Les conséquences se font sentir dans toute la société. Les hôpitaux ont dû reporter des opérations non urgentes, les agriculteurs rencontrent des difficultés pour acheminer leurs produits vers les marchés et plusieurs compagnies aériennes ont suspendu des liaisons faute de carburant.
Une contestation encore limitée mais en progression
Dans ce contexte, les manifestations restent pour l’instant sporadiques et souvent brèves. Mais leur fréquence augmente nettement. Des organisations de défense des droits humains recensent environ trente actions de protestation en janvier, une soixantaine en février et plus de cent trente dans la première moitié du mois de mars.
Ces chiffres témoignent d’un mécontentement social qui s’exprime de plus en plus ouvertement malgré les risques encourus. Lors des grandes manifestations de 2021, les plus importantes depuis la révolution de 1959, des centaines de personnes avaient été arrêtées et condamnées à de lourdes peines.
Les autorités ont déjà procédé à plusieurs arrestations à la suite des incidents de Morón. Les personnes interpellées pourraient être poursuivies pour des infractions graves telles que l’insurrection ou la trahison, accusations régulièrement utilisées par le régime pour réprimer les mouvements de contestation.
Si ces événements ne constituent pas encore une remise en cause frontale du pouvoir en place, ils témoignent d’un climat de tension croissante dans un pays où la crise économique et énergétique ne cesse de s’aggraver. Pour de nombreux Cubains, la question immédiate n’est plus idéologique mais simplement matérielle : comment vivre dans un pays qui, chaque soir, s’enfonce un peu plus dans l’obscurité.