Enthoven, Muraille, Foire du livre, 21News et Vance. Qui défend encore la liberté d’expression dans ce pays ? (Édito)
Pressions militantes à l’université, exclusion d’acteurs politiques d’événements culturels, sanction d’un média pour avoir publié un discours politique : plusieurs épisodes récents interrogent l’état réel de la liberté d’expression en Belgique. Pris isolément, ils pourraient sembler anecdotiques. Mis bout à bout, ils dessinent pourtant un climat de plus en plus tendu autour du débat public.
Publié par Harrison du Bus
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Résumé de l'article
Une série d’événements récents relance le débat sur l’état de la liberté d’expression en Belgique. Entre les pressions visant le professeur Éric Muraille à l’ULB, l’exclusion du Centre Jean Gol de la Foire du livre de Bruxelles, la sanction infligée à 21News pour avoir publié un discours de J.D. Vance ou encore l’empêchement d’une séance de dédicaces du philosophe Raphaël Enthoven, plusieurs épisodes semblent illustrer un climat de plus en plus restrictif dans certains milieux universitaires, culturels et médiatiques. Pris séparément, ces faits pourraient paraître anecdotiques. Ensemble, ils interrogent la capacité du débat démocratique belge à rester ouvert et pluraliste face à la pression de groupes militants cherchant à définir les limites du dicible.
La Belgique aime à se présenter comme une démocratie libérale exemplaire, patrie du pluralisme et du débat ouvert. Pourtant, ces dernières semaines, une série d’épisodes troublants pose une question que l’on croyait réservée à d’autres latitudes : que devient réellement la liberté d’expression dans notre pays ?
Les faits s’accumulent et dessinent un climat préoccupant.
À l’Université libre de Bruxelles, le professeur Eric Muraille est aujourd’hui la cible de militants d’extrême gauche qui exigent qu’il perde son cours. Non pas pour une faute académique démontrée, mais pour des prises de position jugées « inacceptables » par certains activistes. L’université, lieu par excellence du débat contradictoire, se retrouve ainsi transformée en champ de bataille idéologique où l’on tente de faire taire plutôt que de réfuter.
Dans le même temps, le Centre Jean Gol, centre d’étude du premier parti francophone, s’est vu refuser sa participation à la Foire du livre dite « du Libre ». Les organisateurs invoquent des raisons de sécurité. Un argument commode, devenu presque systématique dès qu’une voix dérange. Mais chacun comprend bien le mécanisme : plutôt que d’assumer un choix politique d’exclusion, on invoque une menace potentielle pour justifier la censure. Malheureusement pour les organisateurs, ce prétexte fallacieux a été démenti par le bourgmestre socialiste de Bruxelles, Philippe Close, qui a déclaré qu’il n’existait aucun risque particulier en matière de sécurité.
À 21News, nous en avons également fait l’expérience directe. Pour avoir simplement retranscrit un discours du vice-président américain J. D. Vance évoquant la question de la liberté d’expression, notre média s’est vu sanctionné par le Conseil de déontologie journalistique. Non pas pour une fausse information, mais pour avoir relayé un texte politique existant. Depuis quand retranscrire un discours dans un média devient-il un acte répréhensible ?
Plus largement, cette atmosphère d’intimidation touche aussi le monde intellectuel. Le philosophe Raphaël Enthoven, pourtant classé à gauche, a lui aussi été empêché de participer à une séance de dédicaces sous la pression de militants hostiles à ses prises de position. Là encore, le principe est le même : empêcher la parole plutôt que permettre le débat.
Un climat tendu pour la liberté d'expression
Pris séparément, chacun de ces épisodes pourrait sembler marginal. Mais mis bout à bout, ils dessinent un paysage inquiétant. Une minorité militante, souvent très active dans certains milieux universitaires, culturels et médiatiques, tend à définir les frontières du dicible.
La liberté d’expression n’a jamais consisté à entendre uniquement des idées agréables ou consensuelles. Elle implique précisément l’inverse : accepter que des opinions dérangent, choquent ou contredisent les nôtres. Dès lors que l’on commence à exclure certains acteurs du débat public pour leurs opinions, on ouvre une pente dangereuse. Nous rendons-nous compte de la dangerosité du principe selon lequel certains pourraient décider quelle parole est légitime et laquelle doit être réduite au silence ?
La Belgique devrait s’inquiéter de ce glissement. Car une démocratie ne meurt pas seulement par la censure officielle d’un État autoritaire. Elle peut aussi s’éroder, lentement, sous la pression de groupes militants qui imposent leurs interdits dans les universités, les médias ou les lieux culturels.
La question mérite d’être posée clairement : voulons-nous encore d’un pays où l’on combat les idées par des arguments, ou glissons-nous vers une société où l’on préfère empêcher ceux qui pensent autrement de parler ?
Que ceux qui se taisent aujourd’hui, de peur d’être ciblés par cette minorité bruyante d’extrême gauche, sachent une chose : à force de laisser faire et de ne rien dire, ce sont eux qui se retrouveront ciblés demain.