Et si le vrai courage politique était d’exiger et non d’offrir ? (Carte blanche)
Une carte blanche de Marcela Gori, vice-présidente (MR) du CPAS d'Anderlecht.
Publié par Contribution Externe
Résumé de l'article
" L’exigence n’est pas seulement demander aux autres. C’est d’abord s’imposer à soi-même une hauteur morale. " (Carte blanche)
Vous avez vu ? Les sorties récentes du PTB, de la gauche ou d’Ecolo ressemblent de plus en plus à un catalogue de promesses. On va « raser gratis ». Avec eux « les chômeurs n’auraient pas été exclus ». « Vive la semaine de 3 jours sans perte de salaire »… Et toujours la même musique : plus pour tout le monde. Le catalogue des bonnes intentions est aussi long que la déconnexion à la réalité.
Dans la vraie vie, celle où il n’y a pas d’argent gratuit qui pousse sur les arbres imaginaires de la gauche, il y a une réalité toute simple : la réciprocité de la demande. En clair : que demande-t-on en retour ?
Et c’est là, je pense, que le vrai courage politique n’est peut-être pas d’offrir toujours plus, mais d’oser exiger. Exiger de l’État une gestion rigoureuse. Exiger de chacun un effort. Exiger de nous-mêmes une hauteur de vue. Exiger d’être contredit pour mieux aiguiser ses arguments. La récente expulsion du Centre Jean Gol de la Foire du livre de Bruxelles en est le contre-exemple parfait.
Tout commence à l’école
Je suis l’heureuse (parfois fatiguée) maman de trois jeunes enfants. À l’école, j’entends parler d’épanouissement, d’inclusion, de bienveillance. Et c’est une bonne chose. Il y a par contre des mots que je n’entends pas alors qu’ils ont bercé ma scolarité, en Moldavie : effort, discipline, dépassement. On a l’impression que ce sont devenus des gros mots, alors que nous savons tous que la récompense vient de l’effort. Il suffit de regarder les sportifs de haut niveau. Combien de pistes avalées durant des années pour courir un 100 mètres en moins de 10 secondes ?
À force de vouloir protéger nos enfants de la difficulté, nous sommes peut-être en train de les priver de la réussite. C’est sur les bancs de l’école que se construit le rapport à l’effort. C’est là que l’on apprend qu’un devoir se fait, même quand on n’en a pas envie. Que l’on progresse parce qu’on répète. Que l’on comprend parce qu’on s’applique. Que l’on réussit parce qu’on travaille.
Lorsque Jules Ferry a rendu l’école gratuite et obligatoire en France, elle était exigeante. Dictées quotidiennes, calcul mental, maîtrise du français, rigueur.
Ce n’était pas une école qui abaissait la barre pour être plus inclusive. C’était une école qui considérait que les enfants du peuple étaient capables d’excellence.
L’égalité des chances ne consiste pas à baisser la barre. Elle consiste à donner à chacun les moyens de la franchir. Et c’est cette exigence qui a permis à des générations issues de milieux modestes de s’élever. Une société qui refuse d’exiger finit toujours par affaiblir ceux qu’elle prétend défendre. Et le véritable abandon social, ce n’est pas de demander un effort. C’est de ne plus rien attendre de personne.
La solidarité n’est pas un distributeur automatique
Nous vivons dans une société ouverte, démocratique, sociale. Et nous pouvons en être fiers. Mais cette société, elle est un contrat moral et social. Oui, nous aidons. Mais aider ne signifiepas remplacer l’effort. Accompagner ne signifie pas déresponsabiliser.
À force de transformer les droits en acquis automatiques, on oublie que la liberté a toujours un prix : la responsabilité. En tant que vice-présidente de CPAS, je le répète au quotidien : ilne peut pas y avoir de droits sans devoirs. Il ne peut pas y avoir de soutien sans engagement. Il ne peut pas y avoir de redistribution durable sans création de richesse.
Après 1945, l’Europe est détruite. Pourtant, en une génération, elle se reconstruit. En Allemagne, en France, en Angleterre, en Belgique. Pourquoi ?
Parce que nos grands-parents savaient que rien n’était gratuit. Parce qu’ils ont accepté l’exigence. Parce qu’ils ont travaillé, appris, investi, bâti.
Ils n’ont pas reconstruit parce que c’était facile. Ils ont reconstruit parce qu’ils savaient que la dignité passe par le travail et la responsabilité. Une attitude qui fait écho à la célèbre phrase de John F. Kennedy le résume parfaitement : “Ask not what your country can do for you — ask what you can do for your country.”
L’exigence vaut pour les individus. Et contrairement à ce que certains à gauche laissent entendre, elle n’est pas réactionnaire. Elle est profondément moderne. Dans un monde instable où une guerre éclate en une nuit à nos portes, la seule protection durable, ce sont les compétences. Et les compétences naissent du travail.
Au fond, l’exigence n’est pas seulement demander aux autres. C’est d’abord s’imposer à soi-même une hauteur morale. Comme l’a incarné Simone Veil, dont la vie fut une leçon de rigueur et de dignité.
L’exigence a longtemps été l’outil d’émancipation des plus modestes.
Elle peut encore l’être. À condition d’avoir le courage politique de ne pas seulement offrir… mais d’oser demander. Et c’est dans ce monde-là que je souhaite voir grandir mes 3 filles.