Fonctionnaires bruxellois : un mois de congé en plus, sur quels critères ? (carte blanche)
Préavis de grève illimitée, grève des services publics le 12 octobre, rassemblement à la tour Iris le 13 : les agents régionaux bruxellois contestent la suppression de deux jours de congé. Avant de bloquer la ville, pourquoi ne pas expliquer aux Bruxellois leur mois de congé supplémentaire ? Carte blanche du député MR Olivier Willocx.
Publié par Contribution Externe
Résumé de l'article
Olivier Willocx questionne les critères justifiant l’écart entre les jours de congé accordés aux fonctionnaires régionaux bruxellois et ceux des salariés du privé. Elle critique le préavis de grève déposé contre la suppression de deux jours libres.
D'habitude, les syndicats se battent pour l'égalité. Égalité des salaires, égalité des droits, égalité devant l'impôt. C'est leur histoire, et souvent leur honneur. Dans le conflit qui oppose aujourd'hui les organisations syndicales au Gouvernement bruxellois, il va pourtant falloir qu'on m'explique où est l'égalité.
Depuis le 1er octobre, la CGSP et la CSC ont déposé un préavis de grève à durée indéterminée dans l'ensemble des services publics de la Région de Bruxelles-Capitale. Le 12 octobre, la grève des services publics a laissé des trams au dépôt et des sacs-poubelle sur les trottoirs. Le 13, une centaine de personnes se sont rassemblées devant la tour Iris, siège du Service public régional de Bruxelles. Au cœur de la colère : le projet du ministre du Budget, Dirk De Smedt, de supprimer deux jours libres, le 2 et le 15 novembre, pour le personnel régional. La CGSP parle de mesure « idéologique ».
Vingt jours de plus, c'est un mois de congé en plus
Regardons les chiffres, ceux du statut lui-même. En 2026, un fonctionnaire régional bruxellois dispose de 35 jours de congé annuel, des jours fériés légaux, du 8 mai, du 2 et du 15 novembre, et d'un congé compensatoire entre Noël et Nouvel An. Au total : 49 jours libres, et même 50 ou 51 avec l'ancienneté.
Un salarié du secteur privé à temps plein a droit, lui, à 20 jours de congé légal et à 10 jours fériés. Soit 30 jours. La caissière de supermarché, l'aide-soignante d'une maison de repos privée, le technicien qui répare les ascenseurs de la tour Iris : 30 jours. Le fonctionnaire régional bruxellois : 49 à 51.
Vingt jours d'écart. Vingt jours ouvrables, ce sont quatre semaines pleines. C'est un mois de travail. Chaque année, un agent régional bruxellois a donc un mois entier de congé de plus que le Bruxellois qui finance son traitement. Sur une carrière de quarante ans, cela représente plus de trois années complètes de travail en moins.
Même entre administrations publiques, Bruxelles est hors normes. Un fonctionnaire flamand a 48 jours. Un fonctionnaire fédéral de moins de 45 ans en a 41. Au Service public de Wallonie, le congé annuel de base est de 27 jours, contre 35 à Bruxelles.
Sur quels critères objectifs ?
Je pose donc une question simple, et j'attends une réponse simple : sur quels critères objectifs ce mois supplémentaire se justifie-t-il ?
La pénibilité ? Un employé de bureau de la tour Iris n'exerce pas un métier plus pénible qu'une aide-soignante qui fait les nuits, qu'un ouvrier de chantier ou qu'un chauffeur-livreur. Les horaires ? L'administration régionale travaille en semaine, en journée, souvent avec du télétravail. La rémunération ? Si les barèmes régionaux étaient à ce point inférieurs à ceux du privé qu'il faille les compenser par un mois de congé, qu'on le démontre, chiffres à l'appui. La sécurité de l'emploi ? Elle est du côté du statut, pas du côté du privé.
Le syndicat socialiste répond que ces jours ont été accordés à la place d'une augmentation salariale. Peut-être. Mais le privé, lui, n'a eu ni l'augmentation ni les jours. Un avantage concédé il y a des années ne devient pas un droit sacré. Et ce n'est pas un critère objectif : c'est un historique de négociation.
Si personne n'est capable de justifier cet écart devant les Bruxellois, alors il n'est pas justifiable. C'est aussi simple que cela.
Deux jours, et c'est la grève
Que propose le Gouvernement ? De retirer deux jours. Pas vingt, pas dix : deux. En 2027, un agent bruxellois avec cinq à dix ans d'ancienneté passera de 50 à 48 jours libres. Un agent flamand en aura 49, un fédéral 40, un salarié du privé 30. Le mois de congé supplémentaire reste presque intact. Ce n'est pas une saignée. C'est un alignement sur la Flandre, qui laisse Bruxelles loin devant le fédéral, la Wallonie et le privé.
Et pour ces deux jours, on dépose un préavis de grève à durée indéterminée. On bloque les trams. On laisse les déchets sur les trottoirs. Ceux qui en paient le prix ne sont pas les ministres. Ce sont les Bruxellois qui prennent le tram pour aller travailler, qui n'ont pas de télétravail, et qui ont 30 jours de congé, pas 50. On bloque ceux qui ont le moins pour défendre ceux qui ont le plus. Appelons ça comme on veut, mais pas solidarité.
On nous dit aussi que l'évaluation annuelle du personnel, prévue par la même réforme au lieu de l'actuel cycle de deux ans, serait une pression insupportable. Dans l'immense majorité des entreprises de ce pays, l'entretien annuel est la règle. Personne n'en fait un motif de grève.
Les syndicats brandissent enfin les consultants et le gel des recrutements. C'est habile, mais c'est une diversion. Le débat porte ici sur le temps de travail de l'ensemble du personnel, pas sur une ligne budgétaire. Et parlons-en, du gel : selon le ministre, l'administration bruxelloise a engagé plus de 3 500 agents au cours des cinq dernières années. On ne parle pas d'une administration exsangue. On ne défend pas le service public en défendant d'abord ses congés.
L'égalité, pour tout le monde
La Région sort de plus de 600 jours de blocage politique. Ses finances sont dans l'état que chacun connaît. Le ministre De Smedt l'a dit sobrement : ce régime est « difficile à défendre face au reste de la société ». Je vais plus loin : il est impossible à défendre face à ceux qui le paient.
Beaucoup de fonctionnaires font un travail remarquable, souvent dans des conditions difficiles. Ce n'est pas eux que je mets en cause. C'est un système qui accorde un mois de congé de plus sans jamais dire pourquoi, et des syndicats prêts à bloquer la capitale pour en défendre chaque jour. Si les syndicats veulent parler d'égalité, parlons-en vraiment. Pour tout le monde.