Maintien de l’ordre : face aux émeutes et aux violences, faut-il élargir les possibilités de renfort ? (chronique)
Les récentes émeutes lors de manifestations étudiantes posent la question des renforts face aux violences. Quels moyens pour protéger la population et soutenir les policiers ? Une chronique d’Alain Schenkels.
Publié par Alain Schenkels
Résumé de l'article
Dans cette chronique, l’auteur examine les moyens de renforcer la police face aux émeutes. Il interroge la répartition des missions, la préparation des renforts et leur disponibilité, en plaçant la protection des habitants et le respect des libertés au centre de la réflexion.
Une émeute ne s’achève pas pour tout le monde au départ des casseurs : le commerçant retrouve une vitrine brisée ; le propriétaire d’une voiture incendiée doit chercher comment aller travailler et les habitants gardent le souvenir des affrontements sous leurs fenêtres. Pour eux, la sécurité se mesure à la protection reçue lorsque les violences éclatent.
Le droit de manifester ne donne aucun droit de frapper un policier ou de détruire les biens d’autrui. La cause défendue ne change rien à cette distinction. Protéger une manifestation pacifique implique aussi d’empêcher que des groupes violents imposent leurs violences aux participants et aux riverains.
Les policiers affrontent alors plusieurs urgences simultanées. Ils doivent protéger les personnes, contenir les violences, sécuriser des accès et procéder aux interpellations. Pendant ce temps, les appels et les interventions continuent ailleurs. La question des renforts concerne donc aussi ceux qui ont besoin de la police loin des affrontements.
Répartir les missions pour renforcer l’action
Augmenter les effectifs policiers, les former et les équiper constitue une réponse essentielle. Mais une crise peut concentrer les besoins en quelques heures. Prévoir des appuis permettrait de mieux répartir les tâches. La surveillance de bâtiments ou la protection de certains accès mobilisent des hommes qui pourraient intervenir ailleurs.
La coopération avec la Défense apporte déjà une réponse à une partie de ces besoins. Sur proposition de Bernard Quintin et de Theo Francken, le gouvernement a approuvé un projet de protocole le 18 septembre. Il prévoit des patrouilles mixtes et la sécurisation de périmètres lors d’opérations policières ponctuelles à Bruxelles. Le dispositif annoncé comprend un déploiement continu de 45 militaires pour les patrouilles mixtes.
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Cette coopération permet de poser une question supplémentaire. Lors d’émeutes graves, des unités militaires préparées pourraient-elles soutenir plus directement les policiers ? Leur présence pourrait contribuer à protéger des personnes menacées et à faire cesser les violences. Cette piste mérite sa place parmi les moyens de renfort.
Un tel élargissement dépasserait les missions annoncées en septembre. Il demanderait un cadre spécifique, précisant les compétences et les conditions d’intervention. La gravité des violences et les besoins policiers guideraient la décision.
Quelle préparation pour les militaires en soutien de la police ?
Un soldat formé au combat ne possède pas automatiquement les compétences nécessaires au maintien de l’ordre. Dans une foule, il faut distinguer les auteurs de violences des personnes qui les subissent. La maîtrise de la force, les équipements et la coordination avec les policiers deviennent déterminants.
Des unités identifiées pourraient recevoir cette formation et participer à des exercices communs. Elles connaîtraient leurs missions, leurs limites et la chaîne de commandement avant toute intervention. Les autorités civiles conserveraient la maîtrise des décisions et la préparation donnerait aux policiers un renfort sur lequel compter.
La présence de militaires peut contribuer à protéger les libertés en renforçant la sécurité des personnes. Cette contribution suppose des missions clairement définies et un contrôle de leur action. La protection des habitants, des commerçants et des manifestants pacifiques entre également dans cette appréciation. Écarter cette possibilité par principe laisserait entière la question des moyens supplémentaires.
Des renforts disponibles au bon moment
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Lors d’une émeute, l’utilité d’un renfort dépend de sa rapidité d’intervention. Quels hommes peuvent rejoindre les policiers, dans quels délais et pour quelles tâches ? Ces questions déterminent l’intérêt d’un éventuel appui militaire.
La protection de bâtiments ou la sécurisation d’accès pourraient constituer de premières missions. Elles permettraient de dégager des policiers pour les secteurs où les violences se concentrent. Un soutien direct face aux émeutiers demanderait une préparation spécifique, organisée avant les troubles.
Cette disponibilité doit tenir compte des autres engagements de la Défense. Il faudrait identifier les unités mobilisables, prévoir leur relève et définir les conditions de leur déploiement. La coopération engagée à Bruxelles fournit une base pour examiner ces possibilités.
La question porte donc sur ce qu’un renfort militaire apporterait concrètement à une intervention. Pour les habitants exposés aux violences comme pour les policiers, son intérêt se mesurerait à sa capacité de protéger les personnes. Il se mesurerait aussi à sa contribution au rétablissement de la sécurité.
La présence de militaires pourrait aussi avoir un effet dissuasif. Face à des hommes équipés et préparés, certains émeutiers pourraient hésiter davantage à passer à l’acte. Cette autorité constituerait un atout supplémentaire pour prévenir les violences et soutenir l’action des policiers.