La réforme du précompte immobilier, si elle passe à Bruxelles, sera une nouvelle attaque de la classe moyenne (carte blanche)
Une réforme du précompte immobilier à Bruxelles pourrait alourdir la facture de familles avec enfants, au détriment de la classe moyenne, estime André Marchand, consultant.
Publié par Contribution Externe
Résumé de l'article
Le consultant André Marchand critique la réforme envisagée du précompte immobilier à Bruxelles, qui remplacerait la réduction proportionnelle accordée aux familles par un forfait. Elle interroge aussi le rôle du MR au sein du gouvernement bruxellois.
Il y a des réformes qui en disent long sur les priorités d’un gouvernement. Celle du précompte immobilier à Bruxelles est de celles-là. Elle est passée inaperçue, mais elle va faire très mal et sera une nouvelle facture pour une grande partie de la classe moyenne bruxelloise. Mais elle pose aussi une question politique fondamentale : qu’est venu faire le MR dans ce gouvernement si c’est pour laisser passer des mesures qui contredisent les engagements pris devant les électeurs ?
Le projet est pourtant limpide dans ses conséquences potentielles. Aujourd’hui, les familles bruxelloises bénéficient d’une réduction proportionnelle de leur précompte immobilier : 10 % par enfant à charge, dès le deuxième enfant. Demain, si la réforme est adoptée, cette réduction serait remplacée par un forfait, dont le montant évoqué est de 125 euros par enfant à partir du deuxième.
Sur le papier, cela peut sembler anodin. Dans la réalité, le calcul est brutal : pour une famille de deux enfants, le système actuel représente une réduction de 20 % du précompte immobilier. Avec les forfaits envisagés, l’avantage serait de 250 euros. Dès lors, lorsque le précompte dépasse 1 250 euros, cette famille aurait tout à perdre avec le nouveau système.
Ce n’est pas une hypothèse marginale. C’est précisément le cœur du problème soulevé par la Ligue des familles dans son étude publiée le 1er octobre.
Les communes les plus aisées davantage exposées
Le problème est d’autant plus préoccupant que cette réforme risque de toucher particulièrement les communes bruxelloises où la classe moyenne est fortement présente et contribue beaucoup aux impôts bruxellois. Pourquoi ? Parce que le précompte immobilier dépend du revenu cadastral du bien et de la fiscalité locale. Dans les communes où les logements ont une valeur immobilière élevée, les familles peuvent plus facilement se retrouver avec un précompte supérieur au seuil de 1 250 euros.
Des couples qui travaillent tous les deux, remboursent un crédit hypothécaire, élèvent deux ou trois enfants et tentent de préserver un niveau de vie décent. Posséder une maison ne signifie pas disposer d’un compte en banque sans fond.
Mais où sont les victoires du MR ?
C’est ici que le débat devient politique. Le MR a fait campagne sur le pouvoir d’achat, la défense de ceux qui travaillent, la réduction de la pression fiscale et le soutien aux classes moyennes ou sur la fin de Good Move. Ces engagements ont contribué à porter son projet politique. Ses électeurs sont donc en droit d’attendre que ces priorités se retrouvent dans les décisions du gouvernement bruxellois.
Comment expliquer, dès lors, qu’une réforme susceptible d’augmenter la facture de familles avec deux enfants puisse être portée par un exécutif auquel les libéraux participent ?
Bien sûr, une coalition implique des compromis. Personne ne prétend qu’un parti puisse appliquer seul l’intégralité de son programme lorsqu’il gouverne avec d’autres formations. Mais le compromis ne peut pas devenir une justification universelle. À force de renoncer sur les sujets essentiels, que reste-t-il du projet initial ?
Le MR peut mettre en avant certaines décisions, comme le doublement annoncé de la prime Be Home pour les propriétaires occupants. Cette mesure constitue un élément concret de son bilan gouvernemental. Mais cela ne répond pas à toutes les questions que pose cette réforme du précompte immobilier.
Le PS peut-il rêver meilleur partenaire ?
Pendant ce temps, le PS n’a guère besoin de monter au créneau. Il lui suffit presque de regarder le match depuis les tribunes et de compter les buts. Sur la mobilité comme sur la fiscalité, le décalage entre certaines décisions du gouvernement et les engagements traditionnellement défendus par le MR offre à ses partenaires socialistes une position confortable. Les libéraux peuvent difficilement revendiquer une victoire politique lorsque les mesures adoptées donnent le sentiment inverse à une partie de leur électorat. Annoncer une fin de Good Move, mais sans exécution réelle, ne trompe personne ; annoncer des réouvertures de tunnels à deux voies en 2029, mais pourquoi si tard ?
Le contraste est saisissant : le MR entend défendre les automobilistes, les travailleurs et les classes moyennes, mais doit ensuite expliquer pourquoi des décisions gouvernementales sont susceptibles d’alourdir la facture de certaines familles ou de compliquer leur quotidien.
À quoi sert de gagner une élection si, une fois au pouvoir, on donne le sentiment de laisser ses partenaires fixer l’essentiel de l’agenda ?
Si le MR ne renonce pas à cette réforme du précompte, il risque bien de recevoir lui aussi une lourde facture en 2029, qui sera, elle, dans les urnes.