Gilles Babinet : « L’intelligence artificielle n’annonce pas la fin du travail, mais la faillite de nos élites si elles ne se hissent pas au niveau »
Publié par Harrison du Bus
• Mis à jour le
Alors que l’IA générative s’invite dans tous les métiers, l’entrepreneur et essayiste français Gilles Babinet, ancien vice-président du Conseil national du numérique en France, prépare un nouveau livre consacré aux bouleversements à venir. Optimiste de tempérament, il n’en reste pas moins préoccupé par le retard européen, les bulles financières et le décalage croissant entre la vitesse technologique et la compréhension des élites politiques. Entretien.
21News : D’instinct, êtes-vous plutôt optimiste ou pessimiste sur les bouleversements que l’IA va provoquer dans nos sociétés ?
Gilles Babinet : Par nature, je suis plutôt optimiste. Maintenant, il va y avoir des enjeux très complexes à traiter — c’est même le sujet de mon prochain livre. Ce ne sont pas les technologies qui m’inquiètent, plutôt la régulation des techniques. On manque moins d’innovation que de cadres, de gouvernance et de capacité à accompagner ces mutations, alors que c’est fondamental.
21News : On entend beaucoup circuler l’idée catastrophiste que l’IA pourrait supprimer des millions d’emplois. Partagez-vous ce constat ?
G.B. : Non, on a beau le crier je ne crois pas à la disparition massive de l’emploi. Tous les métiers vont évoluer, oui, parfois très fortement, mais l’histoire économique nous a enseigné que productivité et emploi peuvent parfaitement coexister. Dans les années 60, par exemple, on avait 5 % de croissance de productivité par an, et pourtant une période de plein emploi.
À mes yeux, le sujet n’est pas la disparition du travail, mais la disparition… des travailleurs. Avec le vieillissement démographique, la vraie question est : qui va faire le travail ? Si l’IA augmente la productivité, ce n’est pas une menace, au contraire c’est une bonne nouvelle.
« L’enjeu, ce n’est pas la technologie : c’est la capacité des sociétés à l’encadrer. »
21News : Vous évoquez souvent la rivalité États-Unis-Chine-Europe. L’Europe est-elle en train de rater sa révolution numérique ?
G.B. : Aujourd’hui, oui. On est très en retard. Et il ne s’agit pas seulement d’IA : on est à la traîne sur l’innovation en général. Les États-Unis investissent 3,5 % du PIB en R&D, la France 2,1 %. Et la population américaine est bien supérieure à la nôtre ; l’écart est donc colossal.
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