Hub.brussels : l’Agence bruxelloise pour l’entrepreneuriat applique ses propres conseils… au point d’oublier qui paie (carte blanche)
Bénéfices, réserves, voyages d’affaires et contrôles : les comptes 2025 de hub.brussels, certifiés avec réserve par la Cour des comptes, interrogent la gestion de l’Agence bruxelloise pour l’entrepreneuriat. Carte blanche d'André marchand, consultant.
Publié par Contribution Externe
Résumé de l'article
Les comptes 2025 de hub.brussels font apparaître un bénéfice de 3,9 millions d’euros, tandis que l’agence reste financée à 96 % par la Région. La Cour des comptes a certifié les comptes avec réserve et relève plusieurs irrégularités.
Il faut le reconnaître : à Bruxelles, au moins une institution publique a parfaitement compris l’esprit d’entreprise. Elle s’appelle hub.brussels, elle est chargée d’aider les entrepreneurs à se lancer, et elle prêche par l’exemple. En 2025, l’Agence bruxelloise pour l’entrepreneuriat a dégagé un bénéfice de 3,9 millions d’euros. L’année précédente, 3,3 millions. Une croissance que bien des start-up accompagnées par l’agence lui envieraient.
Le bilan, certifié le 14 octobre par la Cour des comptes, a de quoi faire rêver n’importe quel business angel. Au départ, la mise est modeste : un capital de 61 500 euros, réparti en dix titres, détenus à 100 % par un actionnaire unique, la Région de Bruxelles-Capitale. À l’arrivée, des fonds propres de 23,7 millions d’euros. Soit à peu près 385 fois la mise. Warren Buffett peut aller se rhabiller.
Il y a juste un détail. Ce n’est pas l’actionnaire qui profite de la performance. Aucun dividende, aucune restitution. L’actionnaire, lui, continue de verser chaque année plus de 43 millions d’euros de dotation, qui représentent 96 % des recettes de l’agence. Dans le privé, on appellerait cela un modèle d’affaires remarquable. Du point de vue de l’actionnaire, qui est aussi le contribuable bruxellois, on appellerait plutôt cela un placement à fonds perdus, avec un léger goût de déjà-vu au moment où la Région cherche désespérément à boucler son budget.
Le plus savoureux se cache dans l’actif. Sur 26,2 millions d’euros, 18,5 millions sont des créances… sur la Région elle-même. Autrement dit, la principale richesse de l’agence est l’argent que lui doit son propre actionnaire. Un argent dont, à en juger par l’excédent, elle n’avait pas vraiment besoin. On tient là un concept financier assez neuf : l’entreprise qui s’enrichit en accumulant des reconnaissances de dette de celui qui la finance.
Comme toute entreprise qui se respecte, hub.brussels a aussi une vocation internationale affirmée. En 2025, année d’affaires courantes et de moratoire sur les recrutements, les frais de déplacement à l’étranger ont progressé de 65 %, pour atteindre 266 653 euros. Japon, États-Unis, Inde, Brésil : l’austérité a manifestement un passeport diplomatique. Les bureaux à l’étranger coûtent près de 3 millions d’euros de fonctionnement. Et l’agence a enregistré 128 773 euros de pertes de change sur des avoirs en dollars, alors que son bilan n’affiche aucun compte en devises. Même les traders les plus audacieux n’avaient pas pensé à perdre de l’argent sur un compte qui n’existe pas.
Côté résultats, justement, la Cour des comptes est moins enthousiaste que le bilan. Elle certifie les comptes avec réserve. Elle relève 2,7 millions d’euros de droits et d’engagements absents du hors-bilan, dont plus de 1,3 million de subsides que l’agence pourrait devoir rembourser. Elle note que les dépenses passées par la régie d’avances ne sont pas comptabilisées et qu’aucune n’est visée par le contrôleur. Elle ajoute que les enveloppes de paiement peuvent être modifiées avant leur traitement. Pour une agence qui forme les entrepreneurs à la gestion, l’exemple est moins inspirant.
Reste la question de l’objet social. hub.brussels existe pour soutenir les entreprises bruxelloises. Sur 42,8 millions d’euros dépensés, 37,4 millions servent à financer son propre fonctionnement. Le programme destiné aux entreprises n’est exécuté qu’aux deux tiers, et une enveloppe de 2,5 millions n’a pas été touchée. Les subventions versées directement à des entreprises s’élèvent à 136 937 euros. C’est 0,3 % du budget. L’agence a le sens de l’entreprise ; c’est surtout le sien qu’elle soigne.
Le compte général réserve encore quelques perles aux lecteurs attentifs : des cellules « #DIV/0! » dans un document officiel, un million d’euros d’« écritures non relevantes » dans la réconciliation budgétaire sans autre détail, un administrateur qui n’a assisté à aucune réunion de l’année, et un rapport de transparence qui oublie l’inventaire des marchés publics exigé par la loi, mais pas les numéros de registre national des administrateurs.
Plusieurs questions restent donc sans réponse. Quand l’actionnaire récupérera-t-il ses 23,7 millions d’euros ? Combien d’argent est sorti de la régie d’avances sans contrôle, et sur quelle autorisation ? Que recouvrent ces écritures « non relevantes » ? Pourquoi les voyages augmentent-ils quand les recrutements sont gelés ? Et pourquoi 2,5 millions d’euros destinés aux entreprises n’ont-ils pas trouvé preneur, alors que les indépendants bruxellois.