Industrie, voitures, matières premières… et maintenant tourisme : l’Europe face à l’aspirateur chinois
Après avoir inondé les marchés occidentaux de produits manufacturés, Pékin veut faire de la Chine une « puissance touristique ». Exemptions de visas, hôtels de luxe, investissements et soft power : les Européens sont désormais invités non seulement à acheter chinois chez eux, mais à venir dépenser leur argent en Chine.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Pékin veut faire du tourisme un nouveau moteur de son économie. Après l’industrie et les matières premières, la Chine cherche désormais à attirer massivement les consommateurs européens sur son propre territoire.
Pendant plusieurs décennies, le rapport économique entre la Chine et l’Europe paraissait relativement simple : la Chine produisait, l’Europe achetait.
Puis la Chine s’est mise à produire des voitures, des batteries, des panneaux solaires, des équipements électroniques et quantité de biens qui constituaient autrefois des spécialités industrielles européennes. Elle a parallèlement consolidé une position dominante sur plusieurs matières premières indispensables à la transition énergétique.
Voici désormais l’étape suivante : faire venir le consommateur européen en Chine. Pékin veut faire du pays une « puissance touristique ». L’objectif figure dans son nouveau plan quinquennal et, derrière l’apparente banalité de la formule, apparaît une évolution assez remarquable du modèle chinois : il ne s’agit plus seulement d’exporter davantage vers l’Occident. Il s’agit aussi d’importer sa consommation.
Selon Morgan Stanley, les recettes chinoises du tourisme et des voyages pourraient atteindre 1.800 milliards de dollars en 2030, contre environ 1.000 milliards l’an dernier, et représenter 6,7 % du PIB chinois contre 4,8 % en 2024.
Après les marchandises, les consommateurs
Le tourisme possède pour Pékin une qualité presque idéale. Lorsqu’un Européen achète une voiture ou un panneau solaire chinois, cette exportation vient grossir un excédent commercial qui provoque désormais des tensions politiques croissantes avec Bruxelles.
Lorsqu’un Allemand prend l’avion pour Shanghai, réserve un hôtel à Guilin, mange au restaurant et dépense son argent dans le pays, le résultat économique est pourtant assez voisin : des devises étrangères entrent en Chine.
Mais l’opération est politiquement beaucoup moins conflictuelle. Le Wall Street Journal résume très bien cette particularité : les dépenses effectuées en Chine par des visiteurs étrangers peuvent économiquement être assimilées à des exportations de services, sans susciter les mêmes accusations de surcapacités ou de dumping que les voitures électriques et les produits manufacturés.
Pékin déroule donc le tapis rouge. La Chine a considérablement élargi les exemptions de visas ces dernières années, notamment pour plusieurs nationalités européennes. Près de 23 millions d’étrangers sont entrés dans le pays au premier semestre 2026, soit 20 % de plus qu’un an auparavant ; plus des trois quarts bénéficiaient d’une exemption de visa.
Et cela commence à fonctionner. Dans un hôtel haut de gamme de Yangshuo interrogé par le WSJ, les étrangers représentaient 37 % de la clientèle cette année jusqu’en juillet, contre 21 % un an auparavant.
Une touriste allemande interrogée sur place explique très simplement ce qui l’a décidée à effectuer son premier voyage en Chine : l’exemption de visa.
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