« Je ne les ai même pas pensés » : Bardella dément les écrits antisémites que lui attribue Mediapart
Mediapart attribue à Jordan Bardella des écrits antisémites remontant à 2013. Le président du RN oppose un démenti catégorique, dénonce des « faux grossiers » et annonce une plainte en diffamation. Ce mardi, il accuse le média de chercher à « l’assassiner politiquement » à quelques mois de la présidentielle.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Accusé par Mediapart d’avoir écrit des propos antisémites en 2013, Jordan Bardella dément catégoriquement, dénonce des « faux grossiers » et une tentative de « l’assassiner politiquement », et engage une procédure en diffamation.
« Ces propos ne sont pas les miens. » Jordan Bardella a choisi la contre-attaque après la publication, lundi, d’une enquête de Mediapart lui attribuant des écrits antisémites et complotistes datant de ses premières années au Front national. Le président du RN conteste catégoriquement leur authenticité et a annoncé engager une procédure en diffamation contre le site d’investigation.
Les propos que m'attribue à tort Mediapart sont délirants et ne sont pas les miens.
— Jordan Bardella (@J_Bardella) September 28, 2026
Je les conteste, j'ai évidemment missionné mon avocat pour déposer plainte.
Depuis que j'ai commencé mon engagement politique, je n'ai jamais eu aucune ambiguïté sur le sujet de la lutte contre… pic.twitter.com/WJwcKImX31
Ce mardi matin, devant la presse, il a encore durci sa riposte : « On veut m’assassiner politiquement », a-t-il lancé. Il accuse Mediapart de mener une opération destinée à l’atteindre à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.
L’affaire repose pour l’instant sur deux versions radicalement contradictoires. Mediapart affirme avoir retrouvé des conversations privées datant notamment de l’été 2013 et dit les avoir authentifiées au terme d’une enquête de plusieurs mois. Jordan Bardella assure, lui, n’avoir jamais écrit les messages qui lui sont attribués et les qualifie de « faux grossiers ».
Des propos antisémites particulièrement lourds
Les messages publiés par Mediapart sont d’une extrême gravité. Le média attribue notamment au jeune Bardella des affirmations selon lesquelles les banques seraient détenues par des Juifs et évoquant un prétendu projet de domination mondiale d’Israël. D’autres passages associeraient responsables politiques, intérêts bancaires et Israël dans un discours ouvertement complotiste.
Jordan Bardella avait entre 17 et 18 ans au début de la période concernée. Il était alors adhérent du Front national et allait devenir, l’année suivante, responsable du parti en Seine-Saint-Denis.
Mais l’intéressé récuse la prémisse même de l’affaire : il affirme ne pas être l’auteur de ces textes.
« Je conteste formellement les accusations portées à mon endroit par Mediapart, me prêtant des propos délirants et antisémites que j’aurais prétendument tenus alors que j’étais mineur, a-t-il réagi. Il s’agit évidemment de faux grossiers. »
Mediapart maintient au contraire son enquête. Edwy Plenel affirme que celle-ci repose sur « des dizaines de conversations écrites » et sur un travail de recoupement et d’authentification.
À ce stade, aucune décision judiciaire n’a donc établi laquelle de ces deux versions est exacte.
« Une opération de barbouzerie »
Pour Jordan Bardella, le calendrier de la publication n’a rien d’anodin. « Au moment où la victoire de nos idées n’a jamais été aussi proche, une certaine presse militante est prête à monter des opérations de barbouzerie, pour déstabiliser la campagne présidentielle et attenter à mon honneur », accuse-t-il.
Sur CNews, le président du RN a développé deux hypothèses : soit Mediapart serait directement à l’origine d’une opération qui, selon lui, « ne repose sur rien », soit le média aurait été trompé par des personnes cherchant à déstabiliser sa campagne.
Bardella invoque également son positionnement public des dernières années. « Depuis que j’ai commencé mon engagement politique, je n’ai jamais eu aucune ambiguïté sur le sujet de la lutte contre l’antisémitisme », assure-t-il, rappelant ses relations avec les autorités israéliennes. Il s’était notamment rendu à Jérusalem et avait rencontré Benjamin Netanyahou, ainsi que visité Yad Vashem.
Le RN fait bloc autour de son président
Marine Le Pen a immédiatement pris sa défense, affirmant ne pas pouvoir « croire à cette dinguerie » et évoquant elle aussi une « barbouzerie ».
Plusieurs cadres du RN ont embrayé mardi matin. Sébastien Chenu a dénoncé une « barbouzerie » et assuré que « tout est faux ». Laurent Jacobelli parle d’une « opération militante » et d’une « machine à fabriquer des boules puantes de début de campagne ». Jean-Philippe Tanguy dénonce de son côté une « salissure » destinée, selon lui, à enrayer la dynamique électorale du parti.
À l’extérieur du RN, les réactions sont beaucoup plus sévères mais restent pour certaines conditionnées à l’établissement de l’authenticité des messages. Jean-François Copé a ainsi résumé l’enjeu : soit Mediapart est incapable de prouver l’attribution des écrits, soit le média apporte les éléments permettant de l’établir. Manuel Bompard a jugé les propos rapportés « absolument révoltants » s’ils sont authentiques.
La confrontation va désormais se déplacer sur le terrain judiciaire. Et c’est là que se situe le cœur de l’affaire : non pas la nature des messages publiés, dont le caractère antisémite ne fait guère de doute, mais leur attribution à Jordan Bardella, que le président du RN nie désormais jusque devant la justice.