En difficulté financière, Ouest-France va supprimer 156 postes dont 116 dans ses rédactions
Touché par la baisse des ventes papier et des recettes publicitaires, Ouest-France prévoit la suppression de 156 postes, dont 116 dans ses rédactions. Déficitaire depuis cinq ans, le premier quotidien français par les ventes veut réduire ses charges de 15 millions d’euros par an.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Ouest-France prévoit de supprimer 156 postes, dont 116 dans ses rédactions. Déficitaire depuis cinq ans, le premier quotidien français par les ventes veut réduire sa masse salariale de 10 % et économiser 15 millions d’euros par an.
Même le premier quotidien français par les ventes n'échappe pas à la crise de la presse écrite. Ouest-France prévoit de supprimer 156 postes, dont 116 au sein de ses rédactions, dans le cadre d'un vaste plan d'économies destiné à ramener le journal à l'équilibre financier d'ici 2028.
Le projet a été présenté le 17 septembre aux représentants du personnel lors d'un comité social et économique (CSE), selon les informations de l'AFP. La procédure d'information-consultation doit se poursuivre jusqu'au 17 novembre.
Aucun licenciement n'est toutefois envisagé. Les suppressions de postes doivent essentiellement passer par des départs naturels, notamment des départs à la retraite qui ne seront pas remplacés, ainsi que par la disparition de certains contrats à durée déterminée.
Une perte de 8,9 millions d'euros en 2025
Les comptes du quotidien rennais sont déficitaires depuis cinq ans. Ouest-France a encore enregistré une perte nette de 8,9 millions d'euros en 2025 et s'est fortement endetté ces dernières années.
La direction avait engagé dès l'automne dernier un nouveau programme d'économies, baptisé « Efficience 2 », sans avoir jusqu'ici précisé l'ampleur des réductions d'effectifs envisagées.
L'objectif est désormais de diminuer d'environ 10 % la masse salariale afin de réduire les charges annuelles de 15 millions d'euros. Des réorganisations internes et le recours à l'intelligence artificielle doivent également permettre à l'entreprise de réaliser des gains de productivité.
La situation est d'autant plus symbolique qu'Ouest-France reste le quotidien le plus vendu en France. Implanté principalement en Bretagne, dans les Pays de la Loire et en Normandie, le titre a écoulé près de 600.000 exemplaires par jour en moyenne en 2025, ventes numériques comprises, soit davantage que Le Monde ou Le Figaro.
Les ventes papier reculent de 5 à 6 % par an
Cette puissance commerciale ne suffit cependant plus à compenser les transformations du marché. Les ventes papier d'Ouest-France diminuent actuellement de 5 à 6 % par an et la progression des abonnements numériques ne permet pas encore de combler ce recul.
Le quotidien est également confronté à l'affaiblissement du marché publicitaire et dénonce, comme une grande partie de la presse européenne, l'utilisation de ses contenus par les grandes plateformes numériques sans rémunération jugée suffisante.
Pour la première fois, les journalistes seront directement concernés par un plan d'économies de cette ampleur. Sur les 156 postes appelés à disparaître, 116 se trouvent dans les rédactions.
Les syndicats redoutent notamment la disparition de plus de 20 % des postes de secrétaires de rédaction et de plus d'un tiers de ceux des assistants de rédaction, avec pour conséquence une dégradation des conditions de travail pour les salariés restant en poste.
« Un plan social inacceptable qui ne dit pas son nom »
L'intersyndicale CFDT, CGT, FO et SNJ dénonce ainsi « un plan social inacceptable qui ne dit pas son nom » et appelle les salariés à se réunir en assemblées générales.
« Les gens sont assez choqués. C'est la première fois qu'il y a un tel plan dans le journal », a déclaré à l'AFP Vanessa Ripoche, journaliste et déléguée syndicale SNJ à Ouest-France.
La direction, contactée par l'agence, n'a pas souhaité commenter publiquement le projet pendant la procédure de consultation. Elle affirme néanmoins vouloir tout mettre en œuvre pour « protéger les emplois permanents » et éviter les licenciements.
Le cas d'Ouest-France illustre ainsi les difficultés qui gagnent désormais jusqu'aux poids lourds de la presse française. D'autres groupes, parmi lesquels Centre France, éditeur notamment de La Montagne, ou Prisma Media, propriétaire de titres comme Capital et Geo, ont eux aussi annoncé des restructurations.
Pour Ouest-France, le pari consiste désormais à retrouver l'équilibre d'ici 2028 tout en poursuivant sa transition vers le numérique — avec une rédaction qui devrait, elle, compter 116 postes de moins.