« J'en avais marre d'eux » : les aveux racistes du suspect de Trappes, désormais soumis à une expertise psychiatrique
Soupçonné d'avoir tué un homme et blessé cinq personnes dans les Yvelines, Kevin T. aurait reconnu avoir délibérément visé des Noirs et des Arabes. Alors que des analyses ont révélé la présence de cannabis et de cocaïne dans son sang, sa garde à vue a été suspendue pour une observation psychiatrique.
Publié par Harrison du Bus
Les premières déclarations du suspect de l'attentat de Trappes apportent un éclairage particulièrement inquiétant sur ses motivations. Selon des informations du Monde, Kevin T., 39 ans, aurait spontanément reconnu être l'auteur de la fusillade raciste qui a fait un mort et cinq blessés vendredi 23 octobre dans les Yvelines.
Mais l'enquête connaît désormais un nouveau développement : le suspect a été transféré à l'Infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris, où il doit faire l'objet d'une période d'observation pouvant durer 48 heures.
Sa garde à vue a donc été suspendue, une décision qui provoque l'indignation de l'avocat de la famille de la victime.
« J'en avais marre d'eux » : des motivations racistes revendiquées
Interpellé quelques minutes après son périple meurtrier, Kevin T. aurait immédiatement reconnu les faits devant les policiers.
Décrit comme « stoïque » et « très calme » au moment de son arrestation, il aurait expliqué avoir volontairement ciblé des « Noirs et des Arabes » parce qu'il en avait « marre d'eux ». Il aurait également affirmé vouloir « venger les commerçants » victimes des pillages survenus lors des émeutes du week-end précédent.
Vendredi matin, le suspect avait ouvert le feu à plusieurs reprises depuis son véhicule, à Trappes puis dans la commune voisine de La Verrière.
L'attaque a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi, 26 ans, présenté comme un espoir français du MMA. Cinq autres personnes ont été blessées, dont une fillette de 12 ans, grièvement touchée par huit projectiles.
Emmanuel Macron avait rapidement qualifié les faits d'« acte terroriste raciste ». Les perquisitions réalisées au domicile du suspect ont renforcé les interrogations sur son éventuelle radicalisation idéologique.
Les enquêteurs y ont notamment découvert un exemplaire de Mein Kampf, l'ouvrage d'Adolf Hitler, ainsi qu'une Bible et un Coran. Ils ont également mis au jour un dispositif de piégeage constitué de trois bouteilles de gaz et de fils électriques reliés à un minuteur, selon le Parquet national antiterroriste (Pnat).
Une garde à vue suspendue pour une observation psychiatrique
Dimanche matin, Le Parisien a révélé que la garde à vue de Kevin T. avait été suspendue samedi soir, à la suite d'un examen psychiatrique. L'information a été confirmée par le Pnat.
Le suspect a été transféré à l'Infirmerie psychiatrique de la préfecture de police afin d'y subir une période d'observation pouvant durer 48 heures. Selon le parquet, cette mesure doit permettre de déterminer si son état de santé est compatible avec la poursuite des auditions. Il ne s'agit donc pas, à ce stade, d'une reconnaissance d'irresponsabilité pénale.
Les enquêteurs cherchent également à établir le rôle éventuel de substances stupéfiantes dans le comportement du suspect. Des analyses toxicologiques ont en effet révélé la présence de cannabis et de cocaïne dans son sang, a confirmé le Pnat.
Ces résultats ne permettent toutefois pas, à eux seuls, de déterminer son état d'intoxication au moment de l'attaque.
L'avocat de la famille dénonce un traitement différent des attentats islamistes
La décision de suspendre la garde à vue pour motif psychiatrique suscite une vive réaction de Me Yassine Bouzrou, avocat de la famille de Pengo Bossio Wangi.
Interrogé par Le Parisien, il estime que de telles mesures sont particulièrement rares et s'inquiète de la rapidité avec laquelle la question psychiatrique a été soulevée. L'avocat dénonce ce qu'il considère comme une différence de traitement selon les motivations idéologiques des auteurs d'attentats.
« Lorsque l'attentat émane de l'extrême droite, la question psychiatrique s'impose très vite — l'auteur serait forcément un déséquilibré. Cette question, en revanche, ne se pose pratiquement jamais avec la même insistance lorsque l'attentat est de motivation islamiste », affirme-t-il.
Me Bouzrou évoque une « récurrence préoccupante » et demande que l'expertise psychiatrique ne serve jamais à écarter la dimension idéologique des crimes racistes.
Cette critique intervient alors que les premiers propos attribués au suspect semblent précisément confirmer une volonté de s'en prendre à des victimes en raison de leur origine.
Un homme solitaire, déjà condamné à plusieurs reprises
Selon les témoignages recueillis par Le Parisien dans son voisinage, Kevin T. vivait seul dans un appartement de Plaisir, dans les Yvelines. Ses voisins décrivent un homme discret, solitaire, dont ils connaissaient peu les activités.
Le suspect aurait déjà fait l'objet de quatre condamnations, notamment pour vol et conduite en état d'ivresse. Les enquêteurs ont saisi ses supports électroniques afin de rechercher d'éventuels éléments permettant de retracer son parcours et de comprendre la formation de ses convictions.
Parallèlement, quatre membres de son entourage familial et amical, dont ses parents, ont été placés en garde à vue. Leurs auditions se poursuivaient dimanche, selon le parquet antiterroriste.
L'enquête devra désormais déterminer dans quelle mesure les motivations racistes revendiquées par le suspect, son éventuel état psychiatrique et sa consommation de stupéfiants ont pu intervenir dans le passage à l'acte.