"Non, je ne me tairai pas": Marcela Gori dénonce des dérives au Foyer anderlechtois
« Ce n’est pas politiquement correct… parce que je parle. » Face à un audit pointant des dysfonctionnements majeurs au Foyer anderlechtois, la vice-présidente Marcela Gori (MR) sort du silence et dénonce un système qu’elle refuse de cautionner. Gouvernance fragile, contrôle interne insuffisant, dérives dans les achats : des constats lourds qui alimentent une forte tension politique dans la majorité anderlechtoise.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Un audit interne pointe des failles majeures : gouvernance fragile, contrôle interne insuffisant et dérives dans les achats
- Marcela Gori dénonce publiquement un « système » et refuse de « se taire » face à des pratiques qu’elle juge inacceptables
- 46 recommandations ont été formulées, mais leur mise en œuvre suscite des doutes dans un climat de tensions internes
Le ton est direct, assumé, et tranche avec la communication habituellement feutrée des institutions publiques. « Alors non, je ne me tairai pas », écrit Marcela Gori (MR), vice-présidente du Foyer anderlechtois, dans un message sur les réseaux sociaux. .
À l’origine de cetteréaction de l'élue libérale, l'audit organisationnel commandé par la Société du Logement de la Région de Bruxelles-Capitale (SLRB), qui met en lumière une série de dysfonctionnements importants au sein de la société de logements sociaux. "Dans la presse on parle d'un audit qui confirme des dysfonctionnements importants : gouvernance fragile, contrôle interne insuffisant, gestion des achats problématique. Et malgré cela, certains continuent à minimiser", dénonce-t-elle
“Je n’ai jamais promis de me taire”
Arrivée au Foyer anderlechtois en juin 2025, Marcela Gori explique avoir d’abord adopté une posture constructive. Mais face aux constats posés par l’audit, elle dit ne plus pouvoir rester silencieuse. "Quand j’ai battu le pavé, quand j’ai fait du porte-à-porte pendant la campagne électorale, je n’ai jamais promis de me taire. Je n’ai jamais promis d’accepter des irrégularités. J’ai promis une chose : une gestion rigoureuse et une gouvernance exemplaire." Elle affirme aujourd’hui faire face à des critiques au sein de l'institution pour ses prises de position : "Ce n’est pas politiquement correct. C’est ce qu’on me dit parce que je parle. "
Les dysfonctionnements structurels pointés par l’audit
Le rapport d’audit confirme en effet plusieurs failles structurelles. La gouvernance est jugée fragile, notamment en raison d’une confusion entre les rôles stratégiques et opérationnels, avec une implication directe de la présidence dans la gestion quotidienne . Le fonctionnement interne apparaît peu structuré, marqué par une gestion dans l’urgence et un manque de coordination.
Le contrôle interne, lui, est encore insuffisamment développé. Les missions ne sont pas clairement définies, les contrôles restent partiels et il n’existe pas de véritable dispositif structuré de gestion des risques . Mais c’est surtout la gestion des achats qui cristallise les critiques. Une large majorité des dépenses analysées n’a pas fait l’objet d’une mise en concurrence, et de nombreuses commandes sont passées sans respect des procédures, parfois même après la réalisation des prestations .
“Fermer les yeux ou refuser le système”
Face à ces constats, Marcela Gori pose une alternative claire. « Deux options : fermer les yeux ou refuser de participer à un système qui ne respecte pas pleinement les règles. Pour moi, le choix est évident. » Elle insiste sur le fait que son combat dépasse les enjeux partisans : « Ce combat n’est pas politique. Il est institutionnel. Il concerne le respect de principes fondamentaux : la légalité, la transparence, l’impartialité. »
Un “déni” dénoncé en interne
La vice-présidente pointe également une forme de déni au sein de l’institution. "Ce que je constate aujourd’hui, c’est aussi une forme de déni et, parfois, de mise en scène. Certains découvriraient soudainement des problèmes qui sont connus depuis des années, eux aussi ils sont là depuis des années." Elle met en cause la responsabilité collective des décideurs : "Toutes les personnes qui siègent ou ont siégé au Foyer sont des adultes responsables. » Et souligne la gravité des pratiques mises au jour : « Dans le privé, de telles pratiques ne seraient pas tolérées."
Des pertes financières et une gestion défaillante
L’audit met également en évidence des défaillances dans la gestion locative et financière. Aucun rappel de loyers n’a été envoyé en 2024 et certaines créances n’ont fait l’objet d’aucune procédure de recouvrement, entraînant des pertes importantes . Des interventions ne sont pas systématiquement refacturées aux locataires, ce qui aggrave encore la situation financière de la société.
“Il n’y aura pas de solution sans vérité”
Malgré la virulence de son propos, Marcela Gori assure ne pas chercher le conflit. "Je ne cherche pas le conflit. Je cherche des solutions. Mais il n’y aura jamais de solution sans vérité." Avant de conclure, dans un message qui résonne comme un avertissement : " À titre personnel, j’en ai assez. Assez de voir une institution publique gérée sans le niveau d’exigence qu’elle mérite. […] Alors non, je ne me tairai pas".
Un plan d’action sous pression
L’audit formule 46 recommandations pour améliorer la gouvernance et les procédures internes. Un plan d’action a été établi, mais sa mise en œuvre sera scrutée de près.
Car au-delà des constats techniques, c’est bien une crise de gouvernance qui se joue aujourd’hui au Foyer anderlechtois, désormais exposée sur la place publique.