Olivier Rafowicz : « Cette guerre, Israël est dans l'obligation de la mener et de la gagner »
Dans une intervention sans détour, Olivier Rafowicz a résumé la logique qui guide Israël depuis le 7 octobre 2023. Une vision fondée sur la mémoire du massacre, le refus de la vulnérabilité et la conviction que seule la force peut neutraliser une menace jugée existentielle.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
À travers une formule forte, Olivier Rafowicz résume la psychologie israélienne depuis le 7 octobre 2023 : empêcher à tout prix qu’un nouveau massacre de civils juifs puisse se reproduire.
« Le sang juif ne peut pas et ne peut plus couler impunément. » Prononcée sur TikTok par le colonel Olivier Rafowicz, porte-parole francophone de Tsahal, cette phrase résume probablement mieux que n'importe quel communiqué diplomatique l'état d'esprit qui domine aujourd'hui en Israël.
Car pour comprendre la guerre menée à Gaza depuis près de trois ans, il faut d'abord comprendre ce que le 7 octobre 2023 a représenté pour une immense partie de la société israélienne.
Un traumatisme qui dépasse le cadre militaire
Lorsque Rafowicz évoque « une meute d'assassins assoiffés de sang juif » ayant franchi la frontière pour massacrer des civils, il ne parle pas seulement d'une opération terroriste.
Dans l'esprit de nombreux Israéliens, le 7-Octobre a ravivé quelque chose de beaucoup plus profond : la conviction qu'un massacre de masse de Juifs demeure possible au XXIe siècle.
Les images des kibboutz attaqués, des familles assassinées dans leurs maisons, des festivaliers exécutés lors de la rave Nova ou des otages emmenés à Gaza ont profondément marqué l'opinion israélienne.
Pour beaucoup, il ne s'agissait pas simplement d'un attentat de grande ampleur mais d'une rupture historique.
Pourquoi le mot « existentiel » revient sans cesse
« Cette guerre, nous sommes dans l'obligation de la mener et de la gagner », affirme Rafowicz.
Cette formule peut sembler excessive à certains observateurs occidentaux. Après tout, le Hamas ne possède ni armée conventionnelle ni capacité réelle d'envahir et de conquérir Israël. Mais la notion de menace existentielle ne renvoie pas uniquement à la disparition physique d'un État.
Pour une partie importante des Israéliens, elle renvoie à une question plus simple : peut-on accepter qu'une organisation ayant démontré sa volonté de massacrer des civils juifs conserve ses capacités militaires et politiques ?
À partir du moment où la réponse est non, l'objectif devient naturellement la neutralisation complète de cette menace. C'est ce qui explique la difficulté persistante des discussions autour d'un cessez-le-feu durable.
Le fossé entre Israël et l'Europe
Depuis le début du conflit, une partie des gouvernements européens insiste sur les impératifs humanitaires et sur la nécessité d'interrompre les combats.
Israël raisonne souvent différemment. Dans la perception israélienne dominante, un cessez-le-feu qui laisserait intactes les capacités du Hamas ne constituerait pas une solution mais un simple report du problème.
Autrement dit, beaucoup d'Israéliens considèrent que le véritable risque humanitaire est celui d'un futur 7-Otobre.
C'est ce décalage fondamental qui explique une partie de l'incompréhension croissante entre Jérusalem et plusieurs capitales occidentales.
La force comme langage de dissuasion
Le passage le plus controversé de l'intervention de Rafowicz concerne sans doute son affirmation selon laquelle « nous sommes au Moyen-Orient » et que seule la force permet d'être entendu.
Nous sommes au Moyen-Orient. Au Moyen-Orient, les Arabes comprennent la force, eh bien nous allons utiliser le langage qu'ils comprennent, c'est la force.
Olivier Rafowicz
Cette idée n'est pourtant pas nouvelle dans la pensée stratégique israélienne. Depuis des décennies, une partie des responsables sécuritaires considère que la survie du pays repose avant tout sur sa capacité de dissuasion.
Dans cette logique, une faiblesse perçue ou une réponse insuffisante encouragerait de nouvelles agressions. À l'inverse, une démonstration de force massive est censée décourager les adversaires futurs.
La fin d'une certitude
Au fond, le 7-Octobre a détruit une conviction qui semblait acquise depuis plusieurs générations. Beaucoup d'Israéliens pensaient que la création de l'État hébreu avait définitivement mis fin à l'époque où les Juifs pouvaient être massacrés parce qu'ils étaient juifs sans pouvoir se défendre.
Le choc du 7-Octobre a remis en cause cette certitude. C'est pourquoi la phrase d'Olivier Rafowicz résonne avec autant de force en Israël. « Le sang juif ne peut plus couler impunément. »
Au-delà de la formule, elle résume une doctrine entière : celle d'un pays qui considère désormais que sa sécurité ne peut être garantie que par sa propre capacité à empêcher qu'un tel massacre puisse se reproduire.