« On va te pourrir la réunion » : Mélenchon provoque Lecornu avant le sommet sur les violences à Matignon
Invité jeudi à Matignon pour une réunion des partis politiques après les émeutes du 17 octobre, Jean-Luc Mélenchon a promis de perturber les discussions. Le dirigeant insoumis refuse de souscrire à l'appel du Premier ministre contre la violence politique et désigne Benyamin Netanyahou comme une menace pour la présidentielle française.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Après les émeutes du 17 octobre, Jean-Luc Mélenchon promet de « pourrir » la réunion organisée par Sébastien Lecornu à Matignon sur les violences politiques.
Alors que la France peine encore à mesurer l'ampleur des destructions provoquées par les émeutes du week-end, Jean-Luc Mélenchon a choisi la confrontation avec le Premier ministre.
Mardi soir, devant ses sympathisants, le dirigeant de La France insoumise a annoncé que son mouvement participerait à la réunion organisée jeudi à Matignon par Sébastien Lecornu. Mais pas dans un esprit d'apaisement. « On va y aller, on va te pourrir la réunion », a-t-il lancé à l'adresse du chef du gouvernement.
Une déclaration qui donne le ton de ce rendez-vous, organisé précisément pour tenter de dégager une position commune des formations politiques face aux violences qui ont secoué le pays le 17 octobre.
Une invitation à condamner la violence accueillie par la provocation
Mardi, Sébastien Lecornu avait adressé un courrier aux différentes formations politiques pour expliquer les objectifs de cette réunion.
Le Premier ministre y rappelait un principe qu'il souhaitait voir partagé par l'ensemble des responsables politiques : « La République tient par cette conviction commune qu'aucun désaccord, aucune colère, aucune ambition politique ne peut justifier le recours à la violence. »
Une formulation à laquelle Jean-Luc Mélenchon a répondu par la dérision. « Tu vas nous faire signer un certificat ? C'est ça que tu veux ? Tu crois vraiment qu'on va le faire ? Bien sûr que non ! », s'est-il exclamé, après avoir qualifié l'invitation de « réunion très étrange ».
Le contraste est saisissant. Au moment où le gouvernement cherche à réunir les partis autour d'un refus de la violence, le dirigeant insoumis annonce qu'il entend malmener la rencontre.
Cette attitude s'inscrit dans un climat d'affrontement entre l'exécutif et LFI, chacun accusant l'autre de porter une part de responsabilité dans l'escalade des tensions qui a précédé les émeutes.
Pour Mélenchon, la menace viendrait pas de l'ultragauche mais de… Netanyahou
L'autre séquence marquante de son intervention concerne la sécurité de l'élection présidentielle de 2027, également inscrite à l'ordre du jour de la réunion.
Jean-Luc Mélenchon a rejeté l'idée d'en discuter dans les termes proposés par Matignon. « Les risques de l'élection présidentielle, on peut les lui raconter à l'avance : c'est pas les groupuscules de l'ultragauche, c'est monsieur Netanyahou qui pèse sur les élections à Marseille, à Toulouse, à Roubaix et à Paris », a-t-il affirmé.
Une accusation particulièrement grave, par laquelle le dirigeant insoumis déplace le débat des violences intérieures vers les ingérences étrangères.
Cette déclaration s'inscrit dans un contexte précis : selon les autorités françaises, plusieurs candidats LFI avaient été visés, lors des élections municipales de 2026, par des opérations d'ingérence provenant d'une entreprise liée à un ancien membre des renseignements israéliens.
Ces éléments ne suffisent pas à établir une implication personnelle du Premier ministre israélien dans les élections françaises ni à démontrer les risques qu'évoque Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle de 2027.
Une réunion déjà contestée par plusieurs partis
Jean-Luc Mélenchon n'est pas le seul responsable politique à critiquer l'initiative de Sébastien Lecornu. Sur BFMTV, Jordan Bardella a comparé la rencontre à un « conseil de classe », avec un Premier ministre jouant le rôle de proviseur venu rappeler les partis à leurs obligations.
Le président du Rassemblement national estime néanmoins que son mouvement, comme Renaissance ou Les Républicains, ne nourrit aucune ambiguïté sur la condamnation des violences, contrairement à La France insoumise.
Marine Le Pen et Jordan Bardella ont annoncé qu'ils se feraient représenter à Matignon. De son côté, Marine Tondelier, candidate écologiste à la présidentielle, a confirmé sa présence tout en reprochant à la lettre du Premier ministre de ne proposer aucune perspective de sortie de crise sociale. « Moi j'irai à Matignon pour parler des solutions politiques de sortie de crise », a-t-elle expliqué. La réunion s'annonce donc conflictuelle avant même son ouverture.
Le refus de l'apaisement
Reste une interrogation : que peut produire une réunion consacrée aux violences politiques lorsque l'un de ses principaux invités annonce publiquement son intention d'en perturber le déroulement ?
Jean-Luc Mélenchon n'a pas précisé qui représenterait effectivement LFI jeudi à Matignon. Mais sa déclaration ne laisse guère de doute sur la ligne politique qu'il entend défendre.
Après un week-end marqué par des destructions considérables et de vives tensions entre manifestants et forces de l'ordre, le dirigeant insoumis privilégie une nouvelle épreuve de force verbale avec le gouvernement.
Sébastien Lecornu souhaitait réunir les partis autour d'un principe commun de refus de la violence. Jean-Luc Mélenchon lui promet déjà une réunion mouvementée.