« Passer de 35 à 37 heures, ce n'est pas un sacrifice ! » : Pascal Perri s'emporte contre les Français réfractaires aux efforts
Sur LCI, l'économiste Pascal Perri a vivement dénoncé l'emploi du mot « sacrifices » pour qualifier les efforts demandés aux Français, notamment aux retraités. Face aux difficultés de financement du modèle social, il juge disproportionnées les protestations suscitées par la perspective de travailler davantage ou de contribuer à l'effort collectif.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Sur LCI, Pascal Perri s'emporte contre les Français qui parlent de « sacrifices » lorsqu'il est question de travailler davantage ou de financer les retraites.
Il y a des mots qui finissent par exaspérer Pascal Perri. Celui de « sacrifices », régulièrement employé dans le débat public pour évoquer les efforts demandés aux Français, semble particulièrement l'irriter. Sur le plateau de LCI, l'économiste s'est livré à une charge vigoureuse contre ce qu'il considère comme une tendance nationale à dramatiser toute remise en question des acquis sociaux.
Interrogé sur les sacrifices que les retraités seraient appelés à consentir par Éric Brunet, il a vivement contesté les termes mêmes de la question.
« On va aller leur offrir un billet d'avion pour faire le tour d'Europe », a-t-il lancé, invitant les journalistes à observer les conditions de vie et de retraite dans d'autres pays avant d'employer un tel vocabulaire.
🔴 "En France, on a le système de protection le plus complet du monde. On travaille 35h/semaine avec 5 semaines de congés payés, on est à la retraite à 60-62 ans, et on vient parler de sacrifice?! Mais le sacrifice, c’est celui du sang, c’est pas passer de 35 à 37h!" @pascalperri pic.twitter.com/XtXkSsbZnm
— news pol (@Actu_NP) October 14, 2026
« En France, nom d'un chien, on a le système de protection le plus complet du monde »
Pour illustrer son propos, Pascal Perri a notamment cité le Maroc, où une partie importante de la population ne bénéficie pas d'une couverture vieillesse comparable à celle des salariés français. « Les gens se débrouillent. Ils travaillent jusqu'à 65-70 ans tant qu'ils peuvent travailler », a-t-il souligné.
L'économiste a ensuite dressé l'inventaire des avantages dont bénéficient les Français, de la protection sociale à la durée légale du travail, en passant par les congés payés et les pensions de retraite.
« En France, nom d'un chien, on a le système de protection le plus complet du monde, du berceau jusqu'au cercueil pratiquement. On travaille 35 heures par semaine, on a cinq semaines de congés payés, on est à la retraite à 60 ou 62 ans, et on vient nous parler de sacrifices. »
« Le sacrifice, c'est celui du sang »
Pascal Perri a ensuite poussé plus loin sa critique, contestant l'utilisation d'un terme historiquement associé à des épreuves autrement plus graves. « Mais le sacrifice, c'est celui du sang. C'est Ernest Renan, c'est ça les sacrifices dans l'histoire de France. C'est pas aujourd'hui passer de 35 à 37 heures, bon sang de bonsoir. »
En invoquant Ernest Renan et les sacrifices consentis au cours de l'histoire nationale, l'économiste entend souligner ce qu'il perçoit comme une perte du sens des proportions. L'idée de travailler deux heures supplémentaires par semaine ne saurait être placée sur le même plan que les épreuves auxquelles les générations précédentes ont été confrontées.
Un modèle social généreux confronté à la question de son financement
Derrière la vigueur de la formule se trouve une question économique bien réelle : celle du financement à long terme du modèle social français.
Le vieillissement démographique, l'évolution du rapport entre actifs et retraités et les tensions persistantes sur les finances publiques imposent des arbitrages. Maintenir un niveau élevé de pensions et de prestations sociales suppose de disposer de recettes suffisantes, de maîtriser les dépenses ou d'adapter les règles du système.
Les modalités de cet ajustement restent naturellement discutées. Recul de l'âge de départ, hausse des cotisations, modification des prestations ou augmentation de la durée du travail ne produisent pas les mêmes effets et ne répartissent pas l'effort de manière identique.
Mais c'est précisément la difficulté à accepter le principe même de ces arbitrages que Pascal Perri entend dénoncer. À ses yeux, qualifier systématiquement de « sacrifices » les efforts envisagés revient à entretenir l'idée qu'un système social particulièrement protecteur pourrait être préservé sans contreparties.
Son coup de colère résume ainsi une tension récurrente du débat français : comment continuer à financer des protections collectives auxquelles la population demeure profondément attachée, lorsque toute perspective de contribution supplémentaire provoque une levée de boucliers ?