Pékin et les nouvelles routes de la soie : La Chine au cœur des inquiétudes américaines
Le transport maritime dépend de la liberté de circulation. Situé entre les océans Atlantique et Pacifique, le canal du Panama attise les appétits géopolitiques de Washington et de Pékin. Les Etats-Unis voulant garder leur pré-carré et la Chine y établir une nouvelle étape sur route de la soie. Reportage au Panama de Philippe Lamair.
Publié par Philippe Lamair
Résumé de l'article
Le canal réduit les distances maritimes entre l’Asie, la côte est des États-Unis et l’Europe.
Le canal constitue pour le Panama une véritable rente dont les recettes financent une partie importante du budget national.
Sommaire
- Une artère essentielle du commerce mondial
- Au cœur d’une nature redevenue souveraine
- Le défi stratégique de l’eau
- Maersk, l’acteur incontournable
- Une rente nationale au cœur des rivalités mondiales
- Trump, la Chine et le retour de la pression américaine
- Une traversée qui s’achève, un canal qui reste au centre du monde
Il est 6h30 du matin. La nuit s’efface devant le jour. Tout au bout de la Calzada de Amador de Panama City, des touristes attendent de monter dans le Pacific Queen.
Une fois par mois, ce bateau emmène des voyageurs de l’océan Pacifique à l’Atlantique. Un périple de 9h à la découverte de cette voie maritime artificielle qui partage le continent américain en deux. Rêvé par les Espagnols, commencé par les Français en 1881 et arrêté en 1889 à cause des maladies, des difficultés techniques et de la faillite du projet, les travaux sont repris en 1904 par les Américains. En 1903, prudent et afin d’obtenir le contrôle de la future zone du canal, le président Theodore Roosevelt soutient l’indépendance du Panama face à la Colombie. Après 10 ans de travaux, le canal est inauguré le 15 août 1914.
Son inauguration passe presque inaperçue en Europe alors confrontée depuis quelques semaines aux débuts de la Première Guerre mondiale. C’est pourtant un fait politique et économique majeur. Il permet d’éviter de contourner l’Amérique du Sud par le cap Horn et surtout réduit les distances maritimes entre l’Asie, la côte est des États-Unis et l’Europe.
Une artère essentielle du commerce mondial
Aujourd’hui, son importance économique n’est plus à démontrer : 5 % du commerce mondial y transite. Autour de nous, des dizaines de navires au mouillage. Ils attendent l’autorisation de franchir le canal. Chargé de touristes, le Pacific Queen se met dans le sillage de l’Aquila. Enregistré à Monrovia, battant pavillon libérien, il transporte du LPG. À sa traîne, nous traversons les 82 kilomètres qui séparent les deux océans.
Nous empruntons la route classique avec ses trois complexes d’écluses. Au total, il y en a six que nous franchissons en compagnie de l’Aquila.
Bien qu’imposant, notre navire-pilote utilise les anciennes installations. Le passage est étroit avec, de chaque côté, moins de 30 centimètres d’espace. Ce travail millimétré est confié à un pilote panaméen. Pendant toutes les manœuvres, l’Aquila est sanglé par des câbles. Attachés à des véhicules électriques de part et d’autre de l’écluse, ils contrôlent la traction. Toute erreur engendrerait des conséquences désastreuses sur le trafic avec le risque de paralyser le canal.
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