Pétrole à 105 dollars, plus haut taux depuis 2007 : la guerre en Iran menace l’économie mondiale
Le Brent a dépassé 105 dollars et les taux américains à 30 ans ont atteint leur plus haut niveau depuis 2007. La guerre en Iran ne secoue plus seulement le marché pétrolier : elle ravive l’inflation, pousse les banques centrales à maintenir des taux élevés et commence à contaminer obligations et actions.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Le Brent dépasse 105 dollars tandis que les taux américains à 30 ans atteignent leur plus haut niveau depuis 2007. Inflation, crédit, dette et croissance : la guerre en Iran commence à transmettre son choc pétrolier à l’ensemble de l’économie mondiale.
Sommaire
La guerre au Moyen-Orient est en train de changer de nature pour l’économie mondiale. Jusqu’ici, les marchés avaient relativement bien absorbé le choc grâce aux stocks disponibles, aux routes alternatives et à l’espoir qu’un accord permettrait de rétablir progressivement les flux pétroliers. Jeudi, plusieurs de ces digues ont commencé à céder simultanément.
Le Brent a bondi de plus de 4 %, jusqu’à 105,82 dollars le baril, tandis que le pétrole américain WTI a franchi les 100 dollars pour la première fois depuis mai. Mais le signal le plus préoccupant est venu du marché obligataire : le rendement des bons du Trésor américain à trente ans a atteint 5,35 %, son niveau le plus élevé depuis 2007. Au Royaume-Uni, les taux à dix ans ont grimpé à 5,34 %, également au plus haut depuis près de vingt ans, tandis que le Bund allemand à dix ans atteignait 3,48 %.
Le mécanisme qui inquiète désormais les investisseurs est simple : une guerre qui dure maintient le pétrole cher ; le pétrole cher entretient l’inflation ; l’inflation oblige les banques centrales à conserver des taux élevés ; et des taux durablement élevés renchérissent le coût du crédit pour les États, les entreprises et les ménages.
Le marché pétrolier perd ses amortisseurs
Le Brent a désormais gagné plus de 30 % depuis son point bas du début du mois d’août. L’explication n’est plus seulement la traditionnelle « prime géopolitique » ajoutée au prix du baril lorsqu'une région productrice devient instable. Les perturbations commencent à toucher physiquement l’offre.
L’Arabie saoudite a indiqué à l’OPEP avoir produit 6,2 millions de barils par jour en août, son niveau mensuel le plus faible de 2026 et 23 % de moins qu’en juillet. Dans l’ensemble, la production de l’OPEP aurait diminué de 640.000 barils par jour en août, selon une enquête de Reuters. Le blocus américain réduit parallèlement les livraisons iraniennes et le trafic dans le détroit d’Ormuz reste très inférieur à son niveau d’avant-guerre.
La géographie du conflit aggrave encore le problème. L’Iran affirme avoir attaqué dix navires près d’Ormuz en représailles à la destruction par les États-Unis de cinq pétroliers iraniens. Les Houthis ont parallèlement frappé des installations saoudiennes et pris le contrôle du port yéménite de Mocha, ajoutant une nouvelle menace sur la mer Rouge.
Deux des grandes artères énergétiques mondiales, le détroit d’Ormuz et l'axe mer Rouge-Bab el-Mandeb, sont ainsi simultanément exposées aux conséquences d’un même conflit.
Les réserves et itinéraires alternatifs qui avaient permis au marché d’absorber les premières perturbations commencent en outre à s’amenuiser. Rystad Energy estime que les stocks et les volumes mobilisés pour compenser le choc initial sont progressivement épuisés. Le marché devient donc plus sensible à chaque nouvelle attaque contre un pétrolier, un port ou une infrastructure énergétique.
Le scénario d’une crise brève s’éloigne
C’est probablement le changement le plus important de ces derniers jours. Les marchés ne semblent plus considérer la flambée pétrolière comme une anomalie appelée à disparaître rapidement avec la fin des combats.
S&P Global Energy estime désormais que le pétrole entre dans une « nouvelle normalité » caractérisée par des prix plus élevés, un conflit non résolu et un risque maritime persistant. Pour la première fois depuis le début de la guerre américano-iranienne, le groupe ne prévoit plus que la production pétrolière du Moyen-Orient retrouve son niveau d’avant-guerre d’ici à la fin de 2027.
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