« Profondément déçu » : l’ambassadeur américain reçu par Prévot après la fuite de la note anti-Trump
Après la fuite d’une note interne très critique envers l’Amérique de Donald Trump, l’ambassadeur Bill White rencontre Maxime Prévot ce lundi. « Profondément déçu », il invite les auteurs du document à venir honorer vendredi trois vétérans américains ayant participé à la libération de l’Europe.
Publié par Rédaction
Résumé de l'article
Après la fuite d’une note belge critique envers les États-Unis de Trump, Bill White rencontre Maxime Prévot et invite ses auteurs à honorer trois vétérans américains au cimetière d’Henri-Chapelle.
La réponse américaine ne manque pas de symbole. Quelques jours après la révélation d’une note interne des Affaires étrangères belges extrêmement critique envers les États-Unis de Donald Trump, l’ambassadeur américain Bill White doit rencontrer ce lundi à 14h30 le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot.
Objectif officiellement affiché : « réaffirmer la solidité et l’importance durable des relations belgo-américaines ».
Mais l’ambassadeur ne cache pas son irritation. Dans un communiqué diffusé lundi, il se dit « profondément déçu » qu’une personne travaillant aux Affaires étrangères belges puisse exprimer les opinions contenues dans le document ou envisager la mise en œuvre de la stratégie qui y était proposée.
Une note qui avait embarrassé le gouvernement
Révélé la semaine dernière par le Financial Times, le document avait été rédigé fin 2025 par le service Amériques et Caraïbes des Affaires étrangères.
« Il est désormais clair que le partenaire américain n’est plus l’allié qu’il était par le passé », pouvait-on notamment y lire. La note préconisait une « réévaluation approfondie » des relations avec Washington et recommandait à la diplomatie belge de développer ses contacts au-delà de l’administration Trump, notamment auprès du Congrès, d’États républicains et démocrates, de grandes villes et de l’opposition.
Le document suggérait également d’identifier une « nouvelle génération d’élites bipartisanes » susceptibles d’occuper à l’avenir des positions importantes aux États-Unis.
La fuite avait embarrassé l’Arizona. Le cabinet de Maxime Prévot avait rapidement insisté sur le caractère purement interne du texte : une « note de réflexion » élaborée au niveau administratif, qui n’avait jamais fait l’objet d’un accord politique définitif et ne constituait donc pas la stratégie du gouvernement belge envers les États-Unis. Une distinction dont Washington prend désormais officiellement acte.
« Profondément déçu »
L’ambassade américaine indique que les autorités belges lui ont clairement assuré que le document « avait été élaboré au niveau technique il y a plus d’un an », qu’il « n’avait jamais été validé ni adopté » et qu’il ne reflétait pas la position du gouvernement belge.
Bill White n’en reste pas là. L’ambassadeur adresse une invitation aux auteurs de la note, ainsi qu’à « tout autre fonctionnaire des Affaires étrangères qui douterait de la solidité de notre relation bilatérale unique ».
Il leur propose d’assister vendredi à une cérémonie privée au cimetière et mémorial américain d’Henri-Chapelle. Le symbole est difficile à manquer. En présence du roi Philippe, Bill White doit y rendre hommage à trois vétérans américains centenaires de la Seconde Guerre mondiale, Frank Stellar, Truman Christian et Russell Sattazahn, pour « leur service et leur sacrifice lors de la libération de l’Europe ».
Une manière particulièrement américaine de répondre à ceux qui, au sein de l’administration belge, s’interrogent désormais sur la fiabilité de l’allié historique : les inviter devant les tombes de ceux qui ont combattu en Europe.
Près de 100 milliards de dollars de relations économiques
L’ambassade cherche néanmoins manifestement à empêcher que l'affaire ne se transforme en crise diplomatique. « Cet épisode regrettable ne remet pas en cause l’engagement envers l’alliance durable entre les États-Unis et la Belgique », assure-t-elle.
Washington met également en avant l’épaisseur des liens économiques et stratégiques entre les deux pays : près de 100 milliards de dollars d’investissements et de coopération seraient actuellement engagés dans l’énergie, la défense, les forces de l’ordre et la construction du nouveau complexe de l’ambassade américaine à Bruxelles.
La rencontre entre Maxime Prévot et Bill White doit précisément permettre aux deux hommes de refermer l’incident.
Reste une situation diplomatique pour le moins inhabituelle : quelques jours après avoir découvert qu’une partie de l’administration belge envisageait en interne de prendre ses distances avec l’Amérique de Donald Trump et de cultiver davantage ses relations avec ses opposants, l’ambassadeur américain recevra les assurances du ministre belge que cette réflexion n’engageait nullement son gouvernement.
Et vendredi, les fonctionnaires qui le souhaitent pourront entendre la réponse de Washington dans un lieu où elle prendra une dimension autrement plus concrète : parmi les milliers de tombes américaines d’Henri-Chapelle.