Rapatriement des Belges de Dubaï : un devoir inconditionnel, pas une simple bonne action ! (Chronique)
Des leçons devront être tirées de l'opération de rapatriement des Belges coincés par la guerre dans les pays du Golfe persique. Une chronique de Pascal Lefèvre.
Publié par Pascal Lefevre
Résumé de l'article
Un État a le devoir moral de rapatrier ses ressortissants. (Chronique)
Le rapatriement des Belges des Émirats arabes unis – et en particulier de Dubaï – a suscité, et provoque encore, moult débats et déclarations dans tous les sens. Les réseaux sociaux s’en sont également donné à cœur joie.
La première impression qui s’en dégage est que si nos compatriotes s’étaient trouvés dans une autre zone de guerre – pour appeler un chat un chat, « moins bling-bling » –, par exemple en Jordanie ou à Oman, les propos et les échanges auraient été moins vifs, voire inexistants.
Un rapatriement selon quels critères ?
Comme s’il fallait opérer une distinction entre « bons » et « mauvais » touristes belges, et que les premiers auraient droit à un rapatriement en bonne et due forme, tandis que les seconds seraient, d’une certaine manière, sanctionnés pour avoir choisi de séjourner ou de transiter dans un lieu voué à toutes les critiques. Sauf qu’à travers ce prisme-là, et avec un rapatriement « à géométrie variable », il faudrait adapter la solidarité de l’État belge envers ses ressortissants non pas en fonction des circonstances objectives et factuelles – en l’occurrence, l’éclatement d’un conflit –, mais au regard de la nature du pays dans lequel se trouvent les personnes à aider.
En d’autres termes, s’ils devaient être en vacances ou de passage dans une zone de guerre en Grèce, au Maroc ou en Finlande, pas de souci, pas de critiques ni de paroles désobligeantes. En revanche, il est fortement recommandé aux Belges de ne pas se retrouver dans une telle situation à Monaco, Acapulco ou Miami, au risque de n’avoir à s’en prendre qu’à eux-mêmes et de ne bénéficier, le cas échéant, que d’une assistance limitée ou réduite. L’État belge n’étant pas une « agence de voyage », pour reprendre cette comparaison en vogue chez certains concernant le rapatriement des Belges de Dubaï.
Des leçons à tirer
Et c’est là que le bât blesse ! L’État belge a un devoir inconditionnel d’assistance et de protection à l’égard de ses ressortissants, où qu’ils se trouvent sur la planète. Le seul élément déterminant est la question de savoir si le rapatriement se justifie ou non : guerre, catastrophe naturelle, événement imprévisible… Et, dans ce contexte, les Belges à l’étranger ont le droit d’exiger, ou à tout le moins d’espérer, un rapatriement rapide et efficace jusqu’en Belgique – et non pas plus tardif que celui organisé par les pays voisins (Royaume-Uni, Allemagne, France, Pays-Bas, Luxembourg), les premiers retours vers notre pays n’ayant eu lieu qu’une semaine après le début des hostilités, où seulement – via Oman – jusqu’à Hurghada en Égypte, comme initialement proposé, sans, de surcroît, jouir d’un soutien sur place.
Heureusement, la Belgique a corrigé le tir par la suite, mais il y aura des leçons à tirer de la gestion de cette crise et de la manière de l’aborder.