RTBF : s’adapter ou disparaître ? (Carte blanche)
Dans le monde médiatique ultra-concurrentiel d'aujourd'hui, la RTBF doit faire preuve de davantage de pluralisme et de flexibilité sous peine de disparaître. Une carte blanche de Xavier Corman, entrepreneur dans la fintech.
Publié par Contribution Externe
Résumé de l'article
"Un média public ne disparaît pas quand l’argent manque : il disparaît quand sa légitimité s’évapore." Une carte blanche de Xavier Corman, entrepreneur dans la fintech.
La question du pluralisme à la RTBF reste entière parce qu’elle n’a jamais été traitée. Elle persiste depuis des années, nourrie par des biais idéologiques désormais trop fréquents, trop prévisibles et trop visibles pour être camouflés derrière des discours de neutralité. Certains courants d’idées n’ont pas seulement moins de place : ils sont systématiquement relégués, caricaturés ou ignorés. Certains récits deviennent des réflexes pavloviens, et des pans entiers du débat public semblent triés avant même d’être présentés au public. Quand un média financé par plus de 300 millions d’euros d’argent public reproduit obstinément les mêmes angles, il ne s’agit plus d’un glissement involontaire mais d’un choix éditorial verrouillé.
Injecter chaque année plus de 300 millions d’euros dans un modèle éditorial figé revient à financer l’immobilisme.
Dans le secteur privé, une telle déconnexion entre contenu et attentes du public provoquerait une sanction immédiate. Une plateforme qui s’égare ajuste sa ligne. Un produit qui se trompe de cible est retiré. Le marché impose la lucidité. Le service public, lui, est dispensé de cette épreuve, et s’en accommode trop bien. La dotation garantit la tranquillité. L’absence de concurrence réelle nourrit une forme de suffisance. Quand tout est payé d’avance par le contribuable, la tentation de ne plus écouter le public devient réelle.
La RTBF réagit alors comme un organisme incapable de supporter la moindre contradiction. La critique n’est pas analysée : elle est neutralisée. Le dissensus n’est pas entendu : il est disqualifié. Ce réflexe pavlovien d’auto-défense vise moins à protéger la mission qu’à protéger l’institution elle-même. Un média public enfermé dans sa propre logique doctrinale cesse d’être un service : il devient un appareil.
Quelle légitimité dans le paysage médiatique du XXIe siècle ?
Les conséquences ne se mesurent pas à un effondrement des audiences - la RTBF bénéficie encore d’une forte portée - mais à un signal plus inquiétant : la désaffiliation. Le paysage médiatique évolue, les usages explosent, les contenus se multiplient. Dans ce nouvel environnement, un acteur protégé de tout risque financier peut continuer de faire du surplace pendant que le public, lui, exerce sa sanction silencieuse. Il picore ailleurs, il diversifie ses sources, il se détourne quand il ne se reconnaît plus dans le récit proposé. Ce n’est pas la quantité qui diminue : c’est la centralité qui s’effrite. Et une institution qui perd son centre perd son sens.
Le vrai danger est là : la perte d’utilité démocratique. Un média public peut continuer d’exister sous perfusion sans plus jouer aucun rôle structurant. Il peut fonctionner, diffuser, émettre, tout en devenant secondaire. Une part du public décroche pour de bon, la défiance se mue en indifférence, et l’indifférence finit par être irréversible. La confiance se perd lentement, mais elle ne se reconquiert jamais gratuitement.
À cela s’ajoute un paradoxe budgétaire difficile à justifier. Injecter chaque année plus de 300 millions d’euros dans un modèle éditorial figé revient à financer l’immobilisme. Cet argent pourrait nourrir un écosystème pluraliste, soutenir de nouvelles voix, encourager l’innovation, diversifier les formats. Continuer à entretenir un modèle endogène, lourd et politiquement confortable relève moins d’une vision culturelle que d’un réflexe de rente.
Faire bouger le mammouth
Il faut donc poser la question frontalement : une RTBF figée dans ses biais, rétive à toute autocritique et maintenue à flot par une dotation colossale, sert-elle encore sa mission ? Ou sert-elle surtout son propre appareil interne ? La question n’est pas iconoclaste : elle est nécessaire. D’autres modèles existent, moins lourds, moins coûteux, moins endogènes, plus proches du public réel et non du public imaginaire auquel s’adresse l’institution.
S’adapter n’est plus un slogan, ni une précaution oratoire. C’est l’alternative au déclin. Un média public ne disparaît pas quand l’argent manque : il disparaît quand sa légitimité s’évapore. La RTBF peut choisir de se réformer et de redevenir un acteur pluraliste, ou persister dans un confort idéologique qui finira par la rendre inutile. S’adapter ou disparaître : ce n’est plus un avertissement. C’est le point de bascule.