Salaire ou proximité ? Ce qui pousse les Belges à rester (ou pas) chez leur employeur
Les trajets domicile-travail comptent davantage que le salaire dans la fidélité à un employeur, selon une étude de Partena Professional. Un facteur particulièrement important pour les femmes, alors que le budget mobilité reste encore peu accessible en Belgique.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- 38,1 % des travailleurs citent le trajet domicile-travail comme raison de rester chez leur employeur, contre 35,1 % pour le salaire brut.
- Les employeurs sous-estiment ce facteur : seuls 21,5 % le considèrent comme déterminant pour fidéliser leurs collaborateurs.
- Les femmes y sont plus sensibles : 41,8 % citent les trajets, contre 34,6 % des hommes, mais elles disposent moins souvent d’options de mobilité.
La proximité du lieu de travail compterait davantage que le salaire dans la décision des Belges de rester chez leur employeur. C’est l’un des enseignements d’une étude réalisée par Partena Professional auprès de 1.000 travailleurs et 250 employeurs belges, avec le soutien de l’économiste du travail Stijn Baert.
Invités à choisir, parmi treize facteurs, ceux qui les incitent à rester chez leur employeur actuel, les travailleurs placent en tête la sécurité d’emploi (58 %), devant l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée (49,5 %) et le contenu du travail (44,7 %).
Le trajet domicile-travail arrive en quatrième position, cité par 38,1 % des répondants. Il devance ainsi le salaire brut (35,1 %) et les avantages extralégaux (33,6 %). Le télétravail est, lui, mentionné par 23,8 % des travailleurs.
Un décalage avec la perception des employeurs
L’étude met surtout en évidence une différence de perception entre travailleurs et employeurs. Ces derniers placent le salaire brut au deuxième rang des facteurs de fidélisation, avec 42,8 %, tandis que le trajet domicile-travail n’arrive que onzième, avec 21,5 %.
« Ces chiffres concordent avec les conclusions de notre étude UGent@Work d’il y a trois ans concernant ce que les travailleurs privilégient, de manière générale, dans leur emploi : le salaire est loin d’être le facteur le plus important », commente Stijn Baert.
Pour l’économiste, « si vous voulez fidéliser vos collaborateurs, l’augmentation salariale n’est pas le seul levier à votre disposition ».
L’enquête relève par ailleurs que 12,2 % des travailleurs interrogés disposent d’une voiture de société. « Cet avantage n’existe tout simplement pas pour la majorité des travailleurs », souligne Mieke Hendrickx, Managing Partner chez Partena Professional. « Tant que la mobilité reste synonyme de voiture de société, on parle d’un avantage auquel sept travailleurs sur huit n’ont pas accès. »
Une importance plus marquée chez les femmes
La place accordée aux déplacements varie relativement peu selon le statut professionnel, le régime de travail ou la présence d’enfants. « Les déplacements domicile-travail font partie des rares éléments auxquels pratiquement tout le monde accorde la même importance : jeunes ou moins jeunes, ouvriers ou employés, avec ou sans enfant », observe Mieke Hendrickx.
Une différence apparaît toutefois entre les sexes. 41,8 % des femmes citent les trajets domicile-travail parmi les raisons de rester chez leur employeur, contre 34,6 % des hommes. À l'inverse, le salaire brut est cité par 41,3 % des hommes contre 28,6 % des femmes. Les femmes accordent également davantage d’importance à la flexibilité des horaires et au télétravail.
« Il semble que tout ce qui touche au temps et aux déplacements ait plus d’importance pour les femmes que pour les hommes », estime Mieke Hendrickx.
« Cela n’a rien de surprenant », ajoute Stijn Baert. Selon lui, « les études montrent systématiquement que les femmes qui travaillent à temps plein travaillent plus d’heures par semaine au total, si l’on additionne les tâches professionnelles et domestiques. Elles ont donc, à cet égard, encore moins de temps à perdre dans les trajets domicile-travail. »
Le budget mobilité encore très peu répandu
L'étude pointe parallèlement le faible accès aux dispositifs de flexibilité. Seuls 8,4 % des travailleurs interrogés peuvent troquer leur voiture de société contre un budget mobilité, tandis que 79,5 % déclarent ne bénéficier d’aucune option de flexibilité salariale.
Les différences entre hommes et femmes sont également marquées : 85,9 % des femmes ne disposent d’aucune forme de flexibilité salariale, contre 73,4 % des hommes. Seules 5,2 % des femmes se voient proposer la possibilité d’échanger une voiture de société contre un budget mobilité, contre 11,3 % des hommes. Enfin, 8,7 % des femmes bénéficient d’une voiture de société, contre 15,7 % des hommes.
L’enquête a été menée par iVOX entre le 31 juillet et le 19 août 2026 auprès d’un échantillon présenté comme représentatif de 1.000 travailleurs et 250 employeurs belges. La marge d’erreur maximale annoncée est de 3,02 % pour les travailleurs et de 6,16 % pour les employeurs.