Salaires, bonus, chèques-repas : voici comment évoluent les rémunérations en Belgique
Les salaires belges ont progressé de 2,93 % sur un an, mais de seulement 0,89 % hors indexation, selon Randstad. Plus de 38 % des salariés n’ont obtenu aucune hausse supplémentaire, tandis que bonus, warrants et chèques-repas gagnent du terrain.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Plus de 38 % des salariés n’ont reçu aucune augmentation au-delà de l’indexation.
- La hausse médiane des salaires atteint 2,93 % indexation comprise, mais seulement 0,89 % hors indexation.
- 24 % des entreprises étudiées accordent désormais des chèques-repas de 10 euros.
La progression des salaires hors indexation continue de ralentir en Belgique. Selon la dernière enquête sur les rémunérations publiée par Randstad, la hausse médiane réelle n’atteint plus que 0,89 % cette année. Plus de 38 % des salariés n’ont même bénéficié d’aucune augmentation individuelle en dehors de l’indexation. Face à des marges réduites, les entreprises privilégient davantage les bonus, warrants et chèques-repas.
Les salaires continuent d’augmenter en Belgique, mais cette progression provient essentiellement de l’indexation. C’est l’un des principaux enseignements de la 33e édition de la Hudson Reward Survey publiée par Randstad. L'étude repose sur plus de 375.000 enveloppes salariales, couvrant plus de 400 fonctions dans 1.121 organisations.
Selon cette enquête, l’augmentation médiane des salaires atteint 2,93 % sur un an lorsque l’indexation est prise en compte. Hors indexation, elle se limite en revanche à 0,89 %.
Plus de 38 % des salariés étudiés n’ont ainsi reçu aucune augmentation individuelle supplémentaire. Les fortes augmentations deviennent également moins fréquentes : 16 % des travailleurs ont obtenu une hausse supérieure à 4 % en plus de l’indexation, contre 21 % un an auparavant.
Une progression réelle qui ralentit
Randstad relève une tendance qui s’inscrit dans la durée. En 2022, l’augmentation salariale individuelle médiane hors indexation atteignait encore 1,5 %. Elle tourne désormais autour de 0,9 %. Sur les dix dernières années, seule la période 2020-2021 avait enregistré une progression plus faible, à 0,8 %, selon l'étude.
Ces chiffres doivent aussi être replacés dans le cadre de la modération salariale belge. Pour la période 2025-2026, la norme salariale fixe à 0 % la marge maximale d'augmentation des coûts salariaux, tandis que les indexations et les augmentations barémiques restent garanties.
« L’indexation automatique protège le pouvoir d’achat des salariés belges contre l’inflation, mais nous voyons que la marge de manœuvre pour une croissance réelle des salaires est fortement mise sous pression », estime Paul-Etienne Siegrist, Senior Reward Manager et expert en rémunérations chez Randstad.
Pour lui, les entreprises restent prudentes face à la conjoncture économique. « Le fait que plus de 38 % des travailleurs ne touchent aucune augmentation individuelle en plus de l’indexation et que la hausse réelle des salaires chute à 0,89 % prouve que la marge de manœuvre pour une augmentation de salaire individuelle est devenue très étroite. »
Warrants et bonus collectifs progressent
Cette prudence se traduit aussi dans la composition des rémunérations. Randstad ne constate pas de progression significative de la rémunération variable pour le salarié moyen. Les employeurs semblent en revanche recourir davantage à certains mécanismes alternatifs.
La proportion de salariés bénéficiant d’avantages non pécuniaires ou de warrants atteint ainsi 11 %, contre 6 % en 2025. Ces mécanismes restent surtout présents parmi le management, mais progressent également chez les employés et les cadres.
Même évolution pour les bonus collectifs liés aux résultats : 42 % des employés couverts par l'enquête ont perçu un bonus CCT 90 au cours de l’année écoulée, soit cinq points de pourcentage de plus qu’un an auparavant.
« Aujourd’hui, les employeurs traduisent essentiellement ces budgets RH restreints par des leviers alternatifs et plus variables, comme le bonus CCT et les warrants, afin de récompenser les performances sans alourdir structurellement la masse salariale fixe », explique Paul-Etienne Siegrist.
Les chèques-repas à 10 euros gagnent du terrain
Autre évolution mise en évidence par l'enquête : la hausse des chèques-repas. Depuis 2026, la réglementation permet de porter leur valeur à 10 euros, avec une intervention patronale maximale de 8,91 euros.
Selon Randstad, 24 % des organisations interrogées accordent déjà le montant maximal de 10 euros par jour. Quelque 10 % se situent entre l’ancien plafond de 8 euros et le nouveau maximum. Près de la moitié, 48 %, restent à 8 euros et 19 % accordent un montant inférieur.
Pour Randstad, le succès de cet instrument tient notamment à son caractère largement accessible. « Contrairement à de nombreux autres instruments de rémunération, les chèques-repas sont utilisés universellement, tous niveaux de fonction et toutes tailles d’entreprise confondus », souligne Paul-Etienne Siegrist.
Le spécialiste y voit également « l’un des moyens les plus efficaces d’augmenter directement le pouvoir d’achat net des salariés sans alourdir à l’excès la charge salariale fixe pour l’employeur ».
L'enquête dessine ainsi un marché salarial où l'indexation continue de soutenir les rémunérations, tandis que les augmentations individuelles hors indexation deviennent plus limitées et que les entreprises recourent davantage à des formes de rémunération complémentaires.