« Sword of Salomon » : faire reculer l’impunité antisémite sur les réseaux sociaux
Derrière un pseudonyme, le juriste français « Sword of Salomon » documente des propos antisémites, identifie leurs auteurs et interpelle employeurs et autorités. Ses signalements, parfois suivis de sanctions, donnent une portée concrète à la lutte contre la haine antijuive. Une méthode offensive dont la force repose sur la précision des preuves.
Publié par A.G.
Résumé de l'article
Sous pseudonyme, Sword of Salomon traque méthodiquement les auteurs de propos antisémites sur les réseaux sociaux, documente et archive leurs publications avant d’alerter employeurs et autorités, obtenant parfois des sanctions concrètes, au prix d’une méthode offensive qui suscite aussi des critiques sur les risques d’exposition publique et d’amalgame.
Il ne montre pas son visage et ne révèle pas son nom. Présenté comme un juriste français, celui qui communique sous le pseudonyme de Sword of Salomon (L'Epée de Salomon) a fait de la lutte contre l’antisémitisme en ligne son terrain d’action depuis le 7 octobre 2023. Son objectif dépasse la dénonciation : il entend obtenir des conséquences réelles pour les auteurs d’insultes, de menaces ou d’appels à la haine.
Captures d’écran, recoupement de photographies, anciens comptes, profils professionnels : il exploite les traces numériques à travers des techniques de renseignement en sources ouvertes, ou OSINT. Les éléments réunis sont ensuite transmis ou signalés aux entreprises, établissements, organisations professionnelles et autorités concernés.
Cette stratégie repose sur une idée simple : un pseudonyme ne doit pas constituer un bouclier permettant de menacer les Juifs sans jamais devoir répondre de ses propos.
Des signalements qui permettent d’agir
Les publications examinées montrent une démarche structurée. Sword of Salomon précise les faits reprochés, reproduit des propos, identifie les interlocuteurs compétents et suit les suites données à ses interventions. Il propose aussi, dans certains dossiers, de transmettre les éléments d’identification et les adresses archivées des publications.
Dans son signalement du 10 septembre 2026 concernant un incident présumé à Roissy, il rapporte qu’une passagère comprenant l’arabe aurait entendu une agente de sûreté prononcer une insulte antijuive à l’encontre de voyageurs. Le compte fournit une date, une heure et une localisation précise. Il demande à l’employeur d’enquêter, à l’exploitant de l’aéroport de préserver les vidéos et à Air France de se saisir du dossier. Autant d’indications susceptibles de faciliter les vérifications.
Dans le dossier concernant un salarié d’APL, le signalement - et la désignation de l'intéressé par son nom et sa photo - porte notamment sur un message appelant à tuer l’ancien député Meyer Habib ("ce porc"), photographié dans un train. Sword of Salomon indique disposer des éléments reliant le compte à son auteur ainsi que des publications archivées. APL a ensuite confirmé le licenciement après une enquête interne mais à l'origine de laquelle on trouve Sword of Salomon.
Une utilité que les critiques elles-mêmes reconnaissent
L’un des apports de Sword of Salomon consiste à rendre visibles des contenus qui pourraient rester dispersés, être supprimés ou ne jamais parvenir aux institutions capables d’agir.
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