Taïwan : Xi Jinping exploite les doutes sur Trump pour avancer ses pions
Une enquête du Wall Street Journal révèle comment Pékin a préparé en coulisses la visite en Chine de la dirigeante du Kuomintang. Xi Jinping voit dans les incertitudes de Donald Trump une occasion rare de convaincre les Taïwanais que Washington pourrait un jour les abandonner.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Pékin intensifie son rapprochement avec le Kuomintang et exploite les doutes sur Donald Trump pour peser sur l’opinion taïwanaise. Une enquête du Wall Street Journal révèle comment la visite de Cheng Li-wun en Chine a été préparée en coulisses.
Sommaire
- Une visite minutieusement préparée avec Pékin
- Trump, la « fenêtre » que Pékin espérait
- Convaincre Taïwan qu’une confrontation serait perdue d’avance
- Cheng Li-wun, interlocutrice idéale de Xi ?
- Une opinion taïwanaise toujours très éloignée de l’unification
- Xi devrait remettre Taïwan au centre de sa rencontre avec Trump
En avril dernier, Cheng Li-wun avait eu droit à tous les égards. La présidente du Kuomintang (KMT), principal parti d’opposition taïwanais, avait passé six jours en Chine continentale, visité Shanghai et Nankin, découvert des fleurons technologiques chinois et finalement rencontré Xi Jinping à Pékin. Première visite d’un dirigeant du KMT sur le continent depuis une décennie, le déplacement avait été présenté comme une « visite de paix ». Pékin en avait fait un événement.
Ce que l’on ignorait jusque-là, selon une enquête publiée par le Wall Street Journal, c’est à quel point cette visite avait été préparée avec les autorités chinoises. Des représentants de Pékin et du KMT auraient négocié plusieurs mois auparavant les formulations politiques que Cheng utiliserait pendant son séjour. La dirigeante aurait même transmis à l’avance certains de ses discours, notamment ceux dans lesquels elle devait réaffirmer son opposition à l’indépendance de Taïwan.
L’épisode s’inscrit dans une stratégie chinoise plus large. Sans renoncer à la pression militaire autour de l’île, Pékin tente également d’agir directement sur la politique taïwanaise : rapprochement avec l’opposition, campagnes d’influence sur les réseaux sociaux et multiplication des messages présentant les États-Unis comme un allié susceptible d’abandonner Taïwan au moment décisif.
L’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche aurait offert, selon les autorités taïwanaises citées par le quotidien américain, une « fenêtre d’opportunité » particulièrement rare à Xi Jinping.
Une visite minutieusement préparée avec Pékin
Le déplacement de Cheng Li-wun n’avait rien d’une initiative clandestine. L’invitation provenait officiellement du Comité central du Parti communiste chinois et de Xi Jinping lui-même. Quelques jours avant son arrivée, Pékin avait publiquement expliqué vouloir renforcer les échanges avec les partis taïwanais acceptant le « consensus de 1992 » et rejetant l’indépendance formelle de l’île.
Lors de leur rencontre du 10 avril à Pékin, Xi Jinping avait déclaré que les populations des deux rives appartenaient à une même nation chinoise et appelé le KMT et le Parti communiste à approfondir leurs relations. Cheng avait de son côté affirmé que les habitants des deux rives étaient « une seule famille » et réitéré l’adhésion de son parti au consensus de 1992 ainsi que son opposition à l’indépendance de Taïwan.
Le KMT soutient que cette politique n’équivaut nullement à un alignement sur Pékin. Cheng présente sa démarche comme une tentative de réduire le risque de guerre et affirme vouloir préserver simultanément la démocratie taïwanaise, de bonnes relations avec les États-Unis et un dialogue avec la Chine continentale. Son parti assure que son objectif demeure « la paix et la stabilité à travers le détroit » ainsi que la protection du mode de vie démocratique de Taïwan.
Mais le WSJ révèle une dimension jusqu’ici inconnue : les autorités chinoises auraient participé en amont à la préparation politique de la visite. Plusieurs formulations utilisées par Cheng auraient été discutées avec Pékin avant même son départ. De quoi nourrir les inquiétudes du gouvernement taïwanais.
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