Invitée sur LCI, une journaliste du régime chinois a persisté à nier l'évidence des crimes de Mao
Interrogée par Darius Rochebin sur les millions de morts du maoïsme, Shanhui Zhang, journaliste de la chaîne chinoise CGTN, a préféré invoquer le colonialisme, la souveraineté nationale et les exploits technologiques de Pékin. Une défense embarrassée de Mao qui en dit long sur les limites du discours officiel chinois.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Sur LCI, Shanhui Zhang esquive les questions de Darius Rochebin sur les crimes de Mao et invoque le colonialisme, la souveraineté et les satellites.
Il est des questions auxquelles on peut répondre de mille manières, mais dont on ne saurait raisonnablement éluder le fond. Celle posée par Darius Rochebin à Shanhui Zhang, mardi soir sur LCI, en fait partie : que faire des dizaines de millions de morts imputables au régime de Mao Zedong ?
La journaliste chinoise, passée notamment par la télévision publique CGTN et l'agence d'État Xinhua, avait visiblement d'autres sujets en tête. « La France à l'époque, pour avoir son indépendance, est-ce qu'il n'y avait pas eu des morts ? », réplique-t-elle, avant d'invoquer les luttes contre le fascisme et le colonialisme.
Darius Rochebin lui oppose une distinction pourtant élémentaire : « Mais pas ses propres citoyens, c'est quand même différent de tuer ses propres citoyens, madame ? » La réponse ne viendra pas.
📺🇫🇷 Sur #LCI, Shanhui Zhang, journaliste de CGTN Français passée notamment par l’agence d’État Xinhua, nous sert Mao en version restaurée : père fondateur, libérateur, héros national. @DariusRochebin remet les dizaines de millions de morts sur la table et tout de suite il faut… pic.twitter.com/lGmG03HCjS
— Ryo (@iamlouay) October 28, 2026
Des millions de morts ? Parlons plutôt de satellites
Shanhui Zhang préfère alors rappeler que Mao est considéré en Chine comme un père fondateur, symbole de la souveraineté retrouvée après les humiliations étrangères.
Elle énumère les réalisations technologiques accomplies sous son règne : la première bombe atomique chinoise, la bombe à hydrogène, les missiles, le premier satellite artificiel. Tout cela est historiquement réel. Mais quel rapport avec la question posée ?
La Chine a développé l'arme nucléaire sous Mao. Elle a également connu, sous son autorité, l'une des famines les plus meurtrières de l'histoire humaine. La première réalité n'efface pas la seconde. À entendre cette défense, on pourrait presque croire que la conquête de l'indépendance nationale dispense un régime de rendre des comptes sur le sort réservé à sa propre population.
La journaliste ne nie pas explicitement les crimes du maoïsme. Sa méthode est plus insidieuse : elle les contourne, les replace dans un récit héroïque et déplace constamment la discussion vers les fautes des autres. Un procédé bien connu : lorsque les faits deviennent trop encombrants, on change de sujet.
Une singulière conception du « respect »
Ses publications sur X prolongent cette argumentation. Dans l'une d'elles, Shanhui Zhang rappelle que la Chine maoïste a soutenu les mouvements indépendantistes algérien et camerounais. Cette solidarité anticoloniale, estime-t-elle, « fait aussi partie de l'héritage de Mao et mérite d'être connue ».
Personne ne lui conteste le droit d'évoquer cet héritage. Mais pourquoi faudrait-il le brandir chaque fois que sont rappelées les victimes du maoïsme ?
Dans d'autres messages, elle défend les sanctions commerciales prises contre Kylian Mbappé après sa plaisanterie sur un photomontage de Mao. Elle considère ses excuses comme « un premier pas » et invite les célébrités étrangères à mieux comprendre l'histoire et les sensibilités chinoises.
Elle va jusqu'à saluer les excuses du président de la Liga, Javier Tebas, et à rappeler que les marques chinoises sont libres de rompre leurs contrats.
Le raisonnement est commode : les Européens devraient apprendre à respecter la mémoire chinoise, mais les victimes chinoises de Mao semblent étrangement absentes de cette mémoire qu'on leur demande de respecter.
Car il ne s'agit pas ici de nier l'importance historique de Mao dans la fondation de la République populaire. Il s'agit de refuser qu'une figure nationale soit soustraite à la critique au seul motif qu'elle demeure politiquement vénérée.
L'histoire n'est pas une affaire de susceptibilité nationale
Mao Zedong fut un dictateur. Son régime a provoqué des dizaines de millions de morts, notamment lors du Grand Bond en avant, et conduit des campagnes de répression politique massives. Ces réalités ne deviennent pas moins vraies parce qu'elles déplaisent à certains responsables chinois, pas davantage parce que Mao a soutenu des mouvements anticoloniaux ou fait construire des missiles.
Shanhui Zhang revendique le droit des Chinois à défendre leur histoire. Ce droit est parfaitement légitime. Mais il n'emporte aucun droit d'exiger du reste du monde qu'il renonce à la vérité historique. Ce qui frappe finalement dans cet entretien, ce n'est pas tant la défense de Mao que l'incapacité à répondre franchement à une question sur ses victimes.
À Darius Rochebin qui parle de millions de morts, on répond indépendance, colonialisme et satellites. Il fallait oser présenter cela comme une leçon d'histoire.