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Trump, le Groenland, l’OTAN, l’Union européenne, le Congrès et la Bourse (carte blanche)

par Contribution Externe
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En n’excluant pas — et de manière réitérée — de porter atteinte par la force à la souveraineté territoriale d’un allié, de surcroît traditionnellement pro-américain, le Danemark, Donald Trump tient des propos qui, à eux seuls, justifieraient le rappel des ambassadeurs de tous les vingt-sept États membres de l’Union européenne et au-delà (Norvège, Islande, Royaume-Uni…) ainsi que la convocation, pour mise au point, du Conseil de l’Atlantique Nord, principal organe de décision politique de l’OTAN.

Pire encore, si les menaces militaires du président des États-Unis devaient se concrétiser, elles seraient potentiellement lourdes de conséquences.

Tout d’abord — et la plupart des commentateurs s’accordent sur ce point —, cela signifierait la fin de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), initiée en 1949. On ne peut en effet imaginer un seul instant que cette alliance survive à l’annexion par la force, par l’un de ses membres — les États-Unis —, d’un territoire appartenant à un autre de ses membres — le Royaume du Danemark. La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, l’a d’ailleurs rappelé à plusieurs reprises. 

Ensuite, le Danemark, qui assume formellement la défense et la sécurité du territoire autonome du Groenland, activerait probablement la « clause de défense mutuelle » de l’article 42, paragraphe 7, du traité sur l’Union européenne, lequel dispose explicitement qu’« au cas où un État membre serait l’objet d’une agression armée sur son territoire, les autres États membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir, conformément à l’article 51 de la Charte des Nations unies ».

À défaut d’une réponse satisfaisante, une telle situation engendrerait, selon nous, la fin de l’Union européenne, d’autant que le Danemark ne serait certainement pas isolé dans cette démarche et bénéficierait du soutien d’autres pays nordiques, notamment la Suède et la Finlande.

Admettre, en outre, qu’un territoire d’un État membre puisse être annexé sans une solidarité maximale, effective et concrète de la part des autres États membres — au-delà d’une simple, mais indispensable, désapprobation et rupture des relations diplomatiques — ouvrirait inévitablement la voie à une annexion par la Russie poutinienne des États baltes — l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie.

Au vu du comportement irrationnel, imprévisible et unilatéral de l’actuel occupant de la Maison-Blanche, nous ne faisons pas partie de celles et ceux qui estiment qu’une intervention militaire des États-Unis au Groenland soit exclue.

L’éventuelle dislocation de l’OTAN, et plus encore celle de l’Union européenne, ne représenterait pas nécessairement un frein décisif à la mégalomanie ambiante qui règne actuellement à Washington.

Deux seuls facteurs seraient, selon nous, de nature à véritablement dissuader le président américain de recourir à la contrainte en cas d’échec : la perspective d’un veto du Congrès et la crainte d’un krach boursier.

En effet, une annexion armée du Groenland constituerait une déclaration de guerre à l’encontre du Danemark et, de facto, de l’Union européenne, nécessitant le feu vert du Congrès (article I, section 8, de la Constitution des États-Unis). Et il est fort probable que — le cas échéant — un certain nombre d’élus républicains se joignent aux démocrates pour s’y opposer.

Par ailleurs, une attaque du Groenland provoquerait immanquablement de fortes turbulences sur les marchés financiers internationaux, pouvant aller jusqu’à un krach boursier — un scénario qui se traduirait assurément par une défaite politique pour Donald Trump lors des élections de mi-mandat, ainsi que par un lâchage du monde des affaires.

De quoi — espérons-le — tempérer les ardeurs du Chef de l’État de la première puissance mondiale et des tenants de la « Doctrine Donroe » ou de la « Destinée Manifeste », permettant aux États-Unis, comme l’a exposé Donald Trump lors de son investiture à la Maison-Blanche le 20 janvier 2025, de se considérer « à nouveau comme une nation en pleine croissance, une nation qui accroît sa richesse, étend son territoire, construit ses villes, élève ses attentes et porte son drapeau vers de nouveaux et magnifiques horizons ».

Pascal Lefèvre, chroniqueur politique indépendant

(Photo Belgaimage)

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