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Trump, le Venezuela et le mirage du pétrole facile

par Harrison du Bus
Photo Belgaimage

Donald Trump a revendiqué l’ambition de faire entrer de très grandes compagnies pétrolières américaines au Venezuela, remettre sur pied une industrie en ruines, relancer une production effondrée, et, au passage, « récupérer » ce que le président américain présente comme des actifs injustement arrachés aux États-Unis. Sur le papier, la promesse flatte un vieux tropisme washingtonien, celui d’une puissance qui convertirait un succès politico-militaire en dividende économique. Dans les faits, l’équation est autrement plus lourde. Elle n’est pas seulement technique ou financière. Elle est juridique, contractuelle, institutionnelle, géopolitique et, surtout, suspendue à une question préalable : qui gouverne, et sur quelle base de légitimité durable, dans un pays dont l’économie a été dévastée et dont l’appareil pétrolier a été vidé de ses compétences, de ses capitaux et de ses garde-fous ?

Le président américain n’a pas cherché à envelopper longtemps son intention. Quelques heures après l’opération, il a expliqué vouloir faire investir massivement des majors américaines pour réparer des infrastructures « gravement dégradées » et refaire « gagner de l’argent au pays ». Il a également endossé une logique de revanche à l’égard de Caracas, en rappelant que le Venezuela avait nationalisé son industrie pétrolière et en affirmant que le pays aurait pris du pétrole et des actifs américains illégalement, qu’il faudrait désormais récupérer.

Au Venezuela, rappelle un économiste cité par la chaîne australienne ABC, le sous-sol a toujours relevé d’un principe de propriété étatique. Le parallèle avec le régime texan, où l’exploitation peut être intimement liée à la propriété privée du sol, n’est pas opérant. La nationalisation de 1976 a bien entraîné des pertes d’actifs pour des compagnies étrangères, avec des compensations partielles. La seconde grande bascule, au milieu des années 2000, est passée par une renégociation des contrats, imposant des joint-ventures où la compagnie nationale devenait l’axe dominant et les partenaires privés des minoritaires. Certains groupes ont accepté, d’autres ont refusé et ont obtenu après arbitrage des indemnisations de plusieurs milliards. Une partie des paiements a ensuite été perturbée par le durcissement des sanctions qui a contribué à assécher les flux pétroliers et financiers.

Un géant de réserves, un nain de production

Le paradoxe vénézuélien est connu et est aujourd’hui massif. Le pays dispose de réserves colossales, autour de 300 milliards de barils selon plusieurs évaluations reprises dans la presse anglo-saxonne, ce qui le place au tout premier rang mondial. Mais sa production actuelle est faible au regard de ce potentiel et très inférieure à ses niveaux passés. Sur ce point, les chiffres varient selon les périodes et les méthodes, mais convergent sur l’essentiel. L’ordre de grandeur tourne autour d’un million de barils/jour, parfois moins selon les mois, là où le Venezuela a déjà produit plusieurs millions de barils quotidiens.

La cause n’est pas un manque de pétrole. Elle tient au fait que l’appareil productif a été dégradé par des décennies de sous-investissement, de mauvaise gestion et de détournements, que les infrastructures ont vieilli sans maintenance suffisante, et que l’industrie a perdu une part décisive de ses compétences. La presse économique décrit une structure progressivement transformée en instrument politique et budgétaire, au détriment de l’outil industriel. À cette dynamique s’est ajoutée l’isolement financier et technologique lié aux sanctions. Résultat, l’industrie s’est contractée, non seulement en volume, mais en qualité opérationnelle, en sécurité et en capacité de planification.

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