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Venezuela : anatomie d’un effondrement socialiste

par Harrison du Bus
PEDRO PARDO / AFP

L’arrestation de Nicolás Maduro n’a pas seulement mis un terme brutal à un règne autoritaire, elle a rouvert une interrogation plus vaste que les Vénézuéliens portent depuis des années : comment un pays longtemps considéré comme l’un des plus prospères d’Amérique latine a-t-il pu sombrer dans une telle déliquescence économique, sociale et institutionnelle ? L’événement agit comme un révélateur, ramenant au premier plan une trajectoire politique entamée à la fin des années 1990 et poursuivie sans rupture majeure jusqu’à aujourd’hui.

Lorsqu’Hugo Chávez accède au pouvoir en 1999, le Venezuela n’est ni un État failli ni une dictature. Le pays souffre d’inégalités profondes, d’une corruption endémique et d’un système politique essoufflé, mais il reste riche, relativement stable et doté d’institutions fonctionnelles. Chávez incarne alors une promesse de renouveau. Il se présente comme un réformateur, critique du néolibéralisme, mais sans afficher d’emblée un projet de transformation radicale de l’économie. Cette ambiguïté initiale contribue largement à son succès électoral.

Très vite pourtant, le discours se durcit et la pratique du pouvoir s’éloigne de la simple réforme. Sous l’effet conjugué de la confrontation avec l’opposition, de l’ascendant idéologique de Cuba et d’une lecture de plus en plus manichéenne de la vie politique, le chavisme s’oriente vers un socialisme revendiqué, conçu comme une refonte complète de l’État, de l’économie et de la société.

PDVSA, cœur stratégique sacrifié

Le premier chantier de cette révolution concerne le secteur pétrolier. Le Venezuela possède des réserves parmi les plus importantes au monde, sans doute même la première, et tire l’essentiel de ses revenus de cette manne. La compagnie nationale PDVSA, créée dans les années 1970, s’est longtemps distinguée par son professionnalisme et son autonomie relative. Chávez décide d’en reprendre le contrôle politique. Des purges massives frappent cadres, ingénieurs et techniciens, accusés de déloyauté. Des dizaines de milliers d’employés sont licenciés et remplacés par des affidés au régime.

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